ARCE ROSS, German, « Lacan antigenre », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse, PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2026
Lacan antigenre
Dans ce texte, nous allons présenter et commenter dans leur contexte les références de Jacques Lacan qui nous permettront de saisir de manière très claire sa ferme opposition au genrisme (ou idéologie du genre) et aux prétendues thérapies de conversion appliquées aux transsexes.
Pour cela, nous diviserons notre présentation selon les quatre points constitutifs de l’opposition de Lacan au genrisme. À savoir, premièrement, la polarité du sexe réel et le non-rapport sexuel d’où il se déduit que, pour Lacan et contrairement au genrisme, le sexe réel est forcément binaire.
Deuxièmement, nous nous référeront à la critique nette de Lacan envers le féminisme des années 1970, période durant laquelle le féminisme était lamentablement contaminé par l’idéologie genriste et commençait à devenir extrémiste. À l’imposture théorique et à la haine de la différence des sexes qui se dégage de ces deux extrémismes, Lacan opposera ses formules classiques, telles que La femme n’existe pas et le besoin pour le sujet d’être dupe de la différence des sexes.
Troisièmement, pour aller à contresens du genrisme, Lacan situe les difficultés des sujets homosexuels d’accéder à une hétérosexualité accomplie, enfermés, selon lui, dans le drame passionnel d’une père-version que cette idéologie cherche à normaliser. Lacan ne pouvait mieux prévoir les questions sexidentitaires qui agitent la société aujourd’hui où tout devient normal et où, en même temps, la psychopathologie envahit dangereusement le réel de la civilisation.
Quatrièmement, pour se charger de recentrer la psychopathologie des transsexes, Lacan s’opposera à ce qui à l’époque était appelé le transsexualisme, c’est-à-dire l’objet privilégié du genrisme en tant que jouissance sociétale du faire semblant. Toujours pendant les années 1970, époque du règne idéologique du genrisme à la suite de Mai 68, Lacan situera au contraire, d’une part, le fait que l’on ne peut pas s’autoriser à ne plus être sexué et il définira, d’autre part, les rapports du transsexualisme comme lien entre psychose et perversion notamment à partir d’un cas de transsexualisme fétichiste lors de l’une de ses présentations de malades à Sainte-Anne.
À ce propos, rappelons ici la mise en garde de Lacan, dans son Discours de Rome, aux psychanalystes qui dérivent avec naïveté vers les croyances de la psychologie, de la philosophie ou de l’idéologie du moment. Selon les termes de Lacan, il s’agit « d’un nouvel obscurantisme quand tout le mouvement présent de la psychanalyse se rue dans un retour aux croyances liées à ce que nous avons appelé le présupposé de la psychologie » (Lacan, 1956, p. 209).
Aujourd’hui, surtout depuis la deuxième moitié du XXème siècle, le nouvel obscurantisme s’appelle le genrisme que d’autres appellent wokisme et qui, entre autres, véhicule une affirmation, une justification et une apologie de la jouissance transidentitaire.

Binarité lacanienne du sexe réel
Non-rapport sexuel et polarité du sexe réel
En 1966, dans son Petit discours à l’ORTF, en parlant de ses Écrits, Lacan évoque les fondements de sa thèse sur le fait qu’il n’y a pas de rapport sexuel entre un homme et une femme. Prenons l’extrait en question que j’ai bien voulu retranscrire pour montrer comment Lacan conçoit les différences entre ce qui appartient au sexe, ce réel influençant la pratique sexuelle de l’être parlant, d’un côté, et ce qui a à voir avec le prétendu rapport sexuel, d’un autre côté.
Dans cet extrait, selon Lacan, « Freud montre que les effets de cisaillage [du maniement des pulsions dans la pratique psychanalytique] sont majeurs dans ce que l’on doit appeler la pratique sexuelle de l’être parlant, ceci n’implique aucune découverte concernant la biologie du sexe, et tous ceux qui ont fait faire quelque pas à ce chapitre de la biologie, le plus difficile, rient des bafouillages auxquels la psychanalyse, jusqu’à ce jour, donne crédit dans le public. Une logomachie qui traite des rapports entre l’homme et la femme — à partir d’une harmonie analogique qui s’originerait de ceux du spermatozoïde et de l’ovule — paraît simplement grotesque à ceux qui savent tout ce qui s’étage de fonctions complexes et de questions irrésolues entre ces deux niveaux d’une polarité, la polarité du sexe dans le vivant qui représente en elle-même peut-être l’échec du langage » (Lacan, 1966, 2001, pp. 224-225).
D’abord, Lacan critique fortement une psychanalyse qui confond les connaissances de la biologie avec une certaine psychologie du moi qui prône la maturation, l’harmonie nécessaire ou une capacité à l’adaptation normative du sexuel, comme si ces données étaient naturelles et donc réelles. Ensuite, il tient aussi à dire que l’apport freudien ne doit pas être pris pour une science biologique ou naturaliste du sexe. Cela ne signifie pas que la psychanalyse se pose comme une ennemie du biologique, mais qu’elle n’a aucune vocation à devenir une science du vivant. Une telle position serait même ridicule à faire rire les biologistes. Enfin, Lacan tient à souligner la polarité complexe qui existe entre les sexes contre laquelle, d’ailleurs, se heurte le langage en constituant son échec.
Nous soulignons que, pour Lacan, il n’y aucune « harmonie analogique » entre ce qui fait biologiquement un homme et une femme, à savoir un spermatozoïde et un ovule. La polarité du sexe se situe déjà là, c’est-à-dire dans le fait qu’il y ait un pôle sexuel qui produit des spermatozoïdes et un autre pôle qui génère des ovules, un pôle sexuel que l’on appelle homme et à l’autre, femme. Entre les deux, aucune harmonie, aucune analogie, aucune équivalence, aucune commune mesure.
Ni le langage ni la psychanalyse, en tant que science du langage sous sa version inconsciente, n’ont aucune latitude pour intervenir dans la polarité ou dans la binarité du sexe. Homme et femme sont, de fait, des données réelles d’origine — même si elles n’appartiennent pas seulement à des sources strictement biologiques — que le langage ne peut pas altérer.
Et Lacan d’enfoncer le clou. « Une telle psychanalyse met la notion la plus confuse d’une maturation instinctuelle au service d’une obscure prêcherie sur le don, qui impose ses effets au patient par la suggestion la plus grossière, celle qui résulte de ce consentement confus qui prend ici le nom de morale. La seule chose qui reste sans explication dans cet obscurantisme sans précédent…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Pour Lacan, le sexe réel est binaire
Comme nous l’avons déjà souligné plus haut sur le réel du sexe, voici ce que Lacan dit concernant la question de la différence des sexes et de sa répartition binaire. « Que le sexe, ce soit réel, ne fait pas le moindre doute. Et sa structure même, c’est le duel, le nombre deux . Quoi qu’on en pense, il n’y en a que deux, les hommes et les femmes. On s’obstine à y ajouter les Auvergnats. C’est une erreur. Au niveau du réel, il n’y a pas d’Auvergnats. Ce dont il s’agit quand il s’agit de sexe, c’est de l’autre sexe, même quand on lui préfère le même » (Lacan, 1971-1972a, pp. 154-155).
Ici, Lacan affirme clairement la répartition binaire des sexes. En outre, il souligne, par sa boutade sur les Auvergnats, que dans et par le langage on peut dire ce que l’on veut, on peut s’identifier à ce que l’on veut, mais le réel du sexe ne reconnaît que deux versions. Et Lacan insiste en disant que même si un sujet est homosexuel, il est quand même confronté à l’Autre sexe et donc à l’hétérosexualité. Parce que l’Autre sexe, c’est évidemment l’hétérosexualité et il n’y a pas d’Autre de l’Autre. D’ailleurs, dans la mesure où toute sexualité est, par définition et par sa réduction au réel, une hétérosexualité, c’est d’ailleurs pour cela aussi que le rapport homosexuel n’existe pas (Arce Ross, 2013).
Certains lecteurs trop pressés ou ingénus, croyant comprendre Lacan avant l’heure, se sont engouffrés dans une citation de son séminaire qui semblait se trouver en accord avec la théorie genriste. Cependant, si on sait la lire à la lumière de l’enseignement lacanien et dans le contexte de la leçon d’où elle est extraite, on peut alors avoir une tout autre compréhension des propos de Lacan à ce sujet. Voici la citation en question. « Ce que j’ai tout à l’heure rappelé de la castration […] n’a rien d’anecdotique. [À savoir] qu’elle est rigoureusement fondamentale dans ce qui, non pas instaure, mais rend impossible l’énoncé de la bipolarité sexuelle comme telle » (Lacan, 1971-1972a, p. 42). Pourquoi ? Parce qu’il y aurait plus de deux sexes ? Eh bien, non, pas du tout, c’est même tout à fait le contraire.
La castration symbolique rend impossible l’énoncé de la bipolarité sexuelle parce que, selon Lacan, il n’y a qu’un seul (double) sexe…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]

Lacan contre le féminisme
Tentative genriste de faire exister La femme qui n’existe pas
En traitant des directions possibles du développement de la féminité, Freud avait déjà évoqué depuis longtemps l’écueil du complexe de masculinité chez la femme que les féministes refusent d’admettre et qui peut devenir une pathologie. Voici ce que Freud en dit.
« Les féministes n’aiment pas entendre signaler les répercussions de ce facteur sur le caractère féminin moyen » (Freud, 1933, p. 213). De quel facteur parle Freud ? Il s’agit bien du complexe de masculinité. Et il reprend son explication. « La fille se refuse en quelque sorte à reconnaître ce fait désagréable, que dans une révolte pleine de défi elle exagère encore la masculinité qui était jusqu’ici la sienne, qu’elle reste attachée à son activité clitoridienne et cherche refuge dans une identification avec la mère phallique ou avec le père » (Freud, 1933, p. 213).
N’oublions pas que le complexe de masculinité des féministes peut également se combiner avec un autre facteur pathologique, l’angoisse de la maternité de chair ou la froideur dans la maternité de cœur. En effet, selon Freud, « l’acte de se détourner de la mère se produit sous le signe de l’hostilité, la liaison à la mère débouche dans de la haine » (Freud, 1933, pp. 204-205). Et ce facteur peut se déplacer dans la relation avec les hommes…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Être dupe de la différence des sexes
Contrairement aux dogmes panféministes et genristes, pour Lacan, les sexes ne se confondent pas. L’un des présupposés de la non-existence d’harmonie, de complémentarité, de convergence ou d’unité entre homme et femme est de venir à être dupe de la différence des sexes. Voici ce qu’il dit.
« La bonne dupe, celle qui n’erre pas, il faut qu’il y ait quelque part un réel dont elle soit dupe » (Lacan, 1973-1974, séance du 11 décembre 1973). Et à quel réel fait référence Lacan ici ? En partie, au réel de la différence des sexes ou, en d’autres termes, au réel de la sexuation. Pourquoi ? Parce que, dans la séance suivante, Lacan affirme « quand je vous dis qu’il n’y a pas de rapport sexuel, je n’ai pas dit que les sexes se confondent, bien loin de là ! » (Lacan, 1973-1974, séance du 18 décembre 1973).
Une autre condition qui nous montre l’évidence que le rapport sexuel ne peut pas s’écrire est la non-équivalence homme et femme. À cet égard, Lacan considère que l’un des équilibres vitaux qu’il s’agit en permanence de rétablir et de renforcer est bien la non-équivalence entre désir et jouissance, entre demande et satisfaction, entre plaisir et douleur, entre désir et amour, mais également entre homme et femme et ainsi de suite. Voici ce que dit Lacan en 1976, c’est-à-dire lors de ce que l’on peut appeler la période de son dernier enseignement.
« Dans la mesure où il y a sinthome, il n’y a pas équivalence sexuelle, c’est-à-dire il y a rapport. En effet, si le non-rapport sexuel relève de l’équivalence, c’est dans la mesure où il n’y a pas équivalence que se structure le rapport. Il y a donc à la fois rapport sexuel et il n’y a pas rapport…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]

Homosexualité et perversion selon Lacan
Pour aller à contresens du genrisme qui tente de dépathologiser cette condition de jouissance sexidentitaire, Lacan situe les difficultés des sujets homosexuels à accéder à une hétérosexualité accomplie dans leur drame passionnel d’une père-version qui cherchait, déjà à son époque, à devenir normalisée. Il ne pouvait mieux prévoir les questions sexidentitaires qui agitent la société d’aujourd’hui, où tout devient normal et où, en contrepartie, la psychopathologie envahit dangereusement le réel de la civilisation.
Difficultés de l’homosexuel à accéder à une hétérosexualité accomplie
Lacan semble avoir bien anticipé le fait que l’homosexualité allait devenir l’un des symptômes de la profonde déliquescence des complexes familiaux, du déclin de l’autorité paternelle et de l’inversion des valeurs dans la différence sexuelle. En le devenant, l’homosexualité s’est transformée pour se configurer, non pas en tant que structure clinique, mais plutôt comme un symptôme composite et transstructurel dont les traits se présentent dans d’autres structures psychopathologiques. Sans doute, nous sommes aujourd’hui confrontés à un grave problème de la fonction du père et cela a une incidence directe dans la fonction normativante de l’hétérosexualité. C’est d’ailleurs en ces termes que Lacan nous parle de l’hétérosexualité aussi bien que de la difficulté des homosexuels pour accéder à une hétérosexualité accomplie.
« Si la théorie analytique assigne à l’Œdipe une fonction normativante, rappelons-nous que notre expérience nous apprend qu’il ne suffit pas qu’elle conduise le sujet à un choix objectal, mais qu’il faut encore que ce choix objectal soit hétérosexuel. Notre expérience nous apprend aussi qu’il ne suffit pas d’être hétérosexuel pour l’être suivant les règles, et qu’il y a toutes sortes de formes d’hétérosexualité apparente. La relation franchement hétérosexuelle peut receler à l’occasion une atypie positionnelle, que l’investigation analytique nous montrera dérivée par exemple d’une position franchement homosexualisée. Il ne suffit donc pas que le sujet après l’Œdipe aboutisse à l’hétérosexualité, il faut que le sujet, fille ou garçon, y aboutisse d’une façon telle qu’il se situe correctement par rapport à la fonction du père. Voilà le centre de toute la problématique de l’Œdipe » (Lacan, 1956-1957, p. 201).
Dans cet extrait de son Séminaire, Lacan nous montre que, grâce à une fonction du père bien dosée et bien placée, le sujet ne dérive pas vers une position homosexuelle où il risque de prendre le phallus comme un fétiche et l’Autre sexe comme un objet phobique. Évidemment, dans le chemin d’intégration qui mène vers l’accomplissement d’une hétérosexualité typique et bien positionnée, le processus de confrontation avec la fonction paternelle est beaucoup plus simple pour la fille que pour le garçon. Pourquoi ? Parce que, selon Lacan, « l’Œdipe est essentiellement androcentrique ou patrocentrique »…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Perversion et drame passionnel de l’homosexualité
En 1953, lors du début de son enseignement, matérialisé par le séminaire sur les Écrits techniques de Freud, Lacan situe clairement l’homosexualité dans la structure perverse comme l’avait déjà fait Freud en son temps.
Pour Lacan, la perversion « n’est pas simplement aberrance par rapport à des critères sociaux, anomalie contraire aux bonnes mœurs, bien que ce registre ne soit pas absent, ou atypie par rapport à des critères naturels […]. La perversion est une expérience qui permet d’approfondir ce qu’on peut appeler au sens plein la passion humaine » (Lacan, 1953-1954, p. 246). Voilà, une définition très lacanienne de la perversion : non seulement aberration, anomalie ou atypie, mais surtout un drame passionnel. En tant que passion, dans la perversion, il s’agit d’un processus variable, « toujours fragile, à la merci d’un renversement, d’une subversion », à savoir que cette « incertitude fondamentale » peut la transformer en des versions multiples. Est-ce que l’on peut y voir un aperçu de Lacan sur la plasticité et la réversibilité de l’homosexualité que l’on observe dans la clinique ?
En tout cas, c’est justement là où Lacan situe « le drame de l’homosexualité » (Lacan, 1953-1954, p. 246) comme ayant une face dans la relation perverse. Il s’agit donc dans l’homosexualité, selon Lacan, d’un drame tout à fait passionnel, imaginaire et incertain « qui ne trouve à s’établir dans aucune action satisfaisante » (Lacan, 1953-1954, p. 246). Très probablement, pour Lacan à ce stade de sa recherche, l’homosexualité pourrait être comprise comme une problématique imaginaire et passionnelle envers le personnage du père, ce père dont le sujet ne peut incarner la fonction. Il ne fait que reproduire un « miroir aux alouettes », comme dans le cas de l’homosexualité d’Albertine Simonet, décrit par Proust. Dans ce drame homosexuel de jalousie passionnelle, « le sujet s’épuise à poursuivre le désir de l’autre, qu’il ne pourra jamais saisir comme son désir propre, parce que son désir propre est le désir de l’autre…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Père-version des homosexuelles
Voici ce que dit Lacan en 1957 sur la relation excessive et passionnelle des homosexuelles avec leur père et leur complexe masculin vis-à-vis de la maternité. « Les homosexuelles en effet, contrairement à ce qu’on pourrait croire, mais comme l’analyse l’a fait voir, sont des sujets qui ont fait à un moment une très forte fixation paternelle » (Lacan, 1956-1957, p. 109). Cela les mène au point malheureux de s’identifier au père et de croire qu’elles peuvent se passer du masculin…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Critique de la normalisation sociétale de l’homosexualité
Pour Lacan, l’homosexualité est une perversion
Par opposition à la normalité naturelle de l’hétérosexualité — où se situent d’ailleurs forcément les homosexuels —, l’idéologie genriste a développé la notion identitaire et communautariste de ce que j’appelle une normalité sociétale. La normalité naturelle n’est en rien un principe moral comme veulent le faire entendre les genristes. La normalité naturelle est la façon habituelle, réelle et adaptée à leur fonction qu’une chose, un événement ou un être vivant présentent. En revanche, la normalité sociétale est une manière politique et idéologique d’accorder une valeur de normalité naturelle à un phénomène purement identitaire, donc antinaturel. L’homosexualité ou la transexualité le sont, mais il se trouve que le genrisme veut homologuer ces phénomènes comme des traits d’identité sociale et des modes d’être en société tout en minimisant ou en niant leur drame psychopathologique.
Il semblerait que Lacan — lors de la période considérée comme le début de son dernier enseignement, c’est-à-dire l’année 1971-1972 — s’est aperçu ou, d’une certaine façon, a anticipé le risque de ce mouvement que je considère genriste et sexidentitaire. Déjà, au début des années 1970, on observait les effets de l’idéologie du genre ayant officiellement commencé vingt ans plus tôt, bien que l’on trouve, comme nous l’avons montré plus haut, les premières manifestations du genrisme dans la société national-socialiste entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Voici donc la critique émise par Lacan en 1972 sur la normalisation sociétale de l’homosexualité par le genrisme identitaire.
« Pour que quelque chose ait du sens, dans l’état actuel des pensées, c’est triste à dire, mais il faut que ça se pose comme normal. C’est bien pour ça qu’André Gide voulait que l’homosexualité fût normale. Et comme vous pouvez peut-être en avoir des échos, dans ce sens il y a foule. En moins de deux, ça, ça va tomber sous la cloche du normal, à tel point qu’on aura de nouveaux clients en psychanalyse qui viendront nous dire — “Je viens vous trouver parce que je ne pédale pas normalement”. Ça va devenir un embouteillage » (Lacan, 1971-1972a, p. 71).
Notons que Lacan évoque ici très clairement le sens de l’état actuel des pensées. On y est là sous les effets de la pensée de Mai 68 et, dans le domaine de la sexualité, sous la domination, déjà, du genrisme cette fois-ci américain. Il considère que le sens de ces pensées, à l’époque, était vraiment triste parce qu’il y avait la tendance à normaliser les sexualités périphériques, les déviances sexuelles, les anomalies multiples et les perversions. Ensuite, il situe clairement l’origine de cette tendance à la normalisation, que l’on peut appeler aujourd’hui sociétale, dans l’enseignement universitaire (Lacan, 1971-1972a, p. 72), ce qui est tout à fait une évidence de nos jours, tant le discours identitaire gangrène les universités aux États-Unis et en Europe. Voilà pour le contexte idéologique. Mais il y a aussi les tendances que Lacan semblait entr’apercevoir déjà il y a cinquante ans.
Lacan ironise sans ambages les velléités d’André Gide — celui qui s’autoproclamait « pédéraste » (Gide, 1911, 1924) et qui avouait ses actes pédophiles (Gide, 1887-1925, Vol. I, 1977, pp. 1070-1071) — pour rendre l’homosexualité normale. Et Lacan, du même coup, de s’apercevoir aussi que, de normalité forcée, ce qui adviendra, ce sera un symptôme de la jouissance identitaire : la norme sociétale et sexidentitaire fait de ces sujets ne plus pouvoir pédaler normalement.
Il est vrai que cette dernière vingtaine, ou peut-être plus, de nombreux psychanalystes dont moi-même avons reçu des patients homosexuels se plaignant autant de vivre des multiples perversions que de leur incapacité à soutenir une vie sexuelle épanouie lorsqu’ils se trouvent en couple : éjaculations précoces, impuissances, infidélités effrénées, jalousies passionnelles, agressions et grandes violences, absence de l’intimité depuis parfois des décennies, tentatives de suicide, abus sexuels, etc. De toute évidence, fabriquer une normalité identitaire et artificielle, que ce soit par le fait de mimer le couple hétérosexuel ou par celui de mimer le mariage homme-femme, ne leur réussit pas.
Pour Lacan, ce que l’on appelle l’amour grec, l’amour des hommes pour les garçons, « reste une perversion, toute sublimation qu’elle soit…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Selon Lacan, le mariage est toujours homme-femme
Il est clair que, pour Lacan, le genrisme n’apporte rien d’autre qu’une confusion des termes connus depuis toujours et, en outre, il prévoit (inconsciemment peut-être) ce qui adviendra du mariage identitaire puisqu’il tient, en 1971, à affirmer son point de vue sur le fait que le mariage ne peut exister qu’entre un homme et une femme. Voici ce qu’il en dit. « L’identité de genre n’est rien d’autre que ce que je viens d’exprimer par ces termes, l’homme et la femme…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]

Lacan sur la psychopathologie du transsexualisme
On ne peut pas s’autoriser à ne plus être sexué
Je souligne ici l’un des arguments par lesquels Lacan s’oppose à toute ingérence du genrisme ou idéologie du genre dans la psychanalyse, malgré la très mauvaise interprétation que font certains psychanalystes sur le sujet. En effet, dans le but de satisfaire leurs intérêts de marketing politique, quelques psychanalystes sexidentitaires, particulièrement des postlacaniens syncrétiques, ont cru trouver des justifications pour leur projet dans une relecture erronée et idéologique du dernier enseignement de Lacan.
Ils ont par exemple repris une citation de Lacan sur l’être sexué et son autorisation qu’ils ont pourtant complètement retiré de son contexte d’origine. Je veux montrer ici, au contraire, qu’en suivant Lacan, il n’y a pas de place dans la psychanalyse pour des idéologies prônant l’existence de plus de deux sexes ni la transformation volontaire de l’un en l’autre. Voici la citation en question et son contexte.
Il se trouve que, dans son excellent séminaire sur Les Non-dupes errent, Lacan constate le phénomène du transsexualisme qui prenait corps déjà comme contagion sociétale à l’époque et il affirme à ce propos que « l’être sexué ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres » (Lacan, 1973-1974, séance du 9 avril 1974). Ces psychanalystes ont cru trop rapidement que Lacan faisait référence à un supposé embarras du choix concernant l’être sexué. Ils ont cru comprendre que, selon Lacan, on pouvait choisir non seulement son objet sexuel, non seulement son orientation sexuelle, mais également l’être sexué en soi. Cependant, cette lecture est malheureusement erronée, ingénue ou malhonnête.
La vérité est que, dans la même séance, Lacan reprend cette question et affirme ce qui suit. « M’autoriser, ça peut encore aller, hein, mais l’être, c’est une autre affaire. C’est là qu’évidemment se forge ce que j’ai énoncé du verbe “désêtre”…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Un cas de transsexualisme fétichiste selon Lacan
Lors de la période de son dernier enseignement, plus précisément au mois de février 1976, Lacan reçoit à la présentation de malades, à la demande de Marcel Czermak, Monsieur H., de 22 ans, un patient transsexes. Cet homme, qui voulait transformer son corps avec le but d’avoir une apparence féminine, était accueilli à l’Hôpital Sainte-Anne pour avoir commis une tentative de suicide.
Fétichisation de l’apparence féminine
Depuis tout petit, Monsieur H. revêtait en cachette les vêtements de ses sœurs pour lesquelles il éprouvait une immense jalousie. Il caressait dans la salle des bains les vêtements féminins de ses sœurs, principalement les combinaisons et le nylon mais son obsession absolue ne se cantonnait pas au travestissement. Par le déguisement en femme, il voulait absolument se sentir femme et en devenir une. Il voulait plutôt devenir une femme habillée en femme, non pas forcément pour être aimé par un homme, mais pour satisfaire le personnage féminin qu’il s’était construit comme nouvelle identité. Et si ce nouveau personnage était féminin, c’est parce qu’il était habillé en femme, parce qu’il en avait l’apparence.
C’est ainsi que l’apparence, le semblant, l’image, représentés par les étoffes douces et délicates des femmes, constituaient pour cet homme haïssant son être masculin la véritable essence d’une femme. À cet égard, le sujet ne semblait pas délirant, ni dissocié ni halluciné, sur rien d’autre que deux points précis : la négation ou le rejet radical d’être un homme et l’envie obtuse de devenir femme. […]
Remarquons que Catherine Millot évoque les interventions appuyées de Lacan lors de cette même présentation de malades. « À un transsexuel qui revendiquait sa place de femme, [Lacan] ne cessa de rappeler au cours de l’entretien qu’il était un homme, qu’il le veuille ou non, et qu’aucune opération ne ferait de lui une femme. Et pour finir, il l’appela “mon pauvre vieux” » (Millot, 2016, p. 50). En effet, dans cet entretien, Lacan lance à Monsieur H., « Écoutez, mon vieux ; vous avez quand même de la barbe au menton, vous n’y pouvez rien » (Lacan, 1976, p. 4).
Si le fait d’être transsexes ne l’a pas empêché de vivre en couple avec une femme pendant un an, M. H., toujours travesti à la maison, accomplissait toutefois l’acte sexuel habillé en femme comme quand, petit, il se déguisait avec les vêtements de ses sœurs.
« M. H. — Je faisais des travaux, des bricoles à la maison. Je ne travaillais pas. On a eu quelques rapports par la suite avec elle, et lors des rapports…
LACAN — Qu’est-ce que vous appelez des rapports
M. H — Par la suite, on a eu des rapports sexuels.
LACAN — Qu’est-ce que c’est qu’un rapport sexuel ?
M. H. — La pénétration. J’étais habillé en femme toujours, même lors de la pénétration, et je me sentais femme lors du rapport sexuel.
LACAN — Expliquez ce que vous appelez vous sentir femme…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Devenir Corinne
Le personnage Corinne, une femme blonde, douce et angélique, revient dans ses rêveries, ses rêves et ses cauchemars. Elle y revient tantôt comme femme gentille, tantôt comme destructrice mais toujours comme nouvelle identité s’opposant avec vigueur contre son être sexué d’homme. La femme qu’il veut devenir semble être une suppléance pathologique à l’objet de son rejet, son identité d’homme, même si cela lui est arrivé de fonctionner comme tel avec trois femmes.
Avec l’une d’entre elles, il a même vécu en concubinage pendant un an. Ils avaient des relations sexuelles où il ne manquait pas de la pénétrer, bien que toujours habillé en femme. Selon lui, ils étaient ensemble « comme deux gouines », comme si la femme avec qui il sortait couchait avec Corinne.
Le personnage Corinne provient de cauchemars récurrents qu’il aurait eu étant petit, à l’époque où il dormait dans le lit de ses parents.
« LACAN — Qu’est-ce que c’était que ce cauchemar ?
M. H. — Quand j’étais petit, c’est une femme qui dans mon cauchemar venait faire du mal à ma famille. Elle coupait des jambes, il y avait du sang dans ce cauchemar-là. Son visage m’est un peu revenu dans mes pensées.
LACAN — Ça vous est arrivé, après tout, de vous couper vous-même. Cela ne vous paraît pas avoir un rapport avec ce rêve ?…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Recherche de la division du sujet
Très explicitement et fermement, Lacan tente de pousser ce patient à accepter l’ensemble de ses troubles comme une maladie métaphorique, anomalie psychique ou psychopathologie. Une telle acceptation est nécessaire pour qu’une plainte, une adresse à la psychanalyse s’établisse.
Ensuite, Lacan lui lance que le patient lui-même sait très bien qu’il ne peut pas devenir une femme, que c’est impossible car de l’ordre du réel et qu’il ne s’agit pas d’une défaillance de son corps. Le problème est ailleurs. Chez lui. Mais pas dans son sexe.
Après, alors qu’ils discutaient sur la manière originale du patient lorsqu’il a des rapports sexuels avec une femme ou lorsqu’il se masturbe, Lacan intervient encore pour que le sujet formule une véritable plainte permettant peut-être le développement d’une demande psychanalytique. Voici comment il s’y prend.
« LACAN — Alors, qu’est-ce que vous demandez, maintenant ?
M. H. — À devenir une femme. Vu le problème, d’une autre manière, devenir une femme en servant de cobaye ; devenir une femme si mon état de santé le nécessite. J’ai envisagé plein de choses.
LACAN — Si vous n’êtes pas en bonne santé, si vous êtes malade…
M. H. — Actuellement, là ?
LACAN — Oui. Qu’est-ce que vous en pensez de cette hypothèse que tout ça ne soit que maladie ?…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Thérapie de conversion transsexuelle et suicide transidentitaire
Dans les états les plus radicaux des transsexes, on observe l’alternative thérapie de conversion versus suicide, à savoir que ces patients posent au fond la transsexion avec une valeur de suicide, ce en quoi ils ont tout à fait raison. Opérer une thérapie de conversion transsexuelle est non seulement une via crucis, mais également une véritable rampe pour le suicide identitaire.
« LACAN – Comment envisagez-vous d’aller n’importe où ?
M. H. — Au Maroc.
LACAN — Au Maroc, ce n’est quand-même pas n’importe où.
M. H. — Non, ce n’est pas n’importe où ; c’est dans le but de pouvoir travailler. Travailler, puis pouvoir…
LACAN — Pouvoir quoi ?
M. H. — Me faire opérer.
LACAN — C’est cela qui vous oriente vers le Maroc, parce que vous croyez qu’au Maroc on vous opérera ?
M. H. — Bien sûr.
LACAN — Comment savez-vous ça ?
M. H. — Je l’ai lu sur des bouquins.
LACAN — Vous faire opérer c’est quoi ? C’est essentiellement vous faire couper la queue…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Un sinthome qui rate
Le manque d’espoir de l’époque tient au fait que la pente du suicide transidentitaire n’était pas encore conceptualisée, même si Lacan se rend compte de la terrible tendance dans laquelle le sujet est lancé. Selon notre point de vue, le suicide transidentitaire débute lorsque le patient décide d’entamer une thérapie de conversion transsexuelle. C’est-à-dire que la transsexion, même celle apparemment réussie, implique une substitution impossible à assumer sur le long terme entre une identité transidentitaire écrasante et l’identité sexuée réelle. Bien que cette dernière soit écrasée par l’identité transidentitaire, elle se fait rappeler au sujet par mille et un effets des plus discrets aux plus criants jusqu’à établir un état très grave de transschizoïdentité (Arce Ross, 2020a, pp. 260-263).…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]

Synthèse des propos de Lacan contre le genrisme transidentitaire
Selon Lacan, le transsexualisme a une face psychotique
En 1971, Lacan ne se retient pas de critiquer de manière très claire et nette l’idéologie du genre, notamment lorsqu’il prend le livre de Stoller, Sex and Gender, dont il note sans détours « le caractère complètement inopérant de l’appareil dialectique avec lequel l’auteur de ce livre traite ces questions » (Lacan, 1971, p. 31).
À cette occasion, Lacan tient à faire remarquer les grandes difficultés que rencontre Robert Stoller…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Lacan sur la jouissance identitaire
Souvent, quelques psychanalystes sexidentitaires s’appuient sur l’idée que les transsexes et les autres sujets des sexualités périphériques ont le droit de s’autoriser de leur jouissance pour réclamer une légitimité que la société leur dénierait. Ces psychanalystes devraient suivre ce que dit Lacan au sujet de s’autoriser de la jouissance. « S’il y a quelque part quelque chose qui s’autorise de la jouissance, c’est justement de faire semblant » (Lacan, 1971-1972a, p. 226). Ici, Lacan utilise le mot faire semblant comme aujourd’hui on pourrait plutôt utiliser le terme identitaire, transidentitaire ou jouissance transidentitaire. Car la jouissance transidentitaire est bien cela : le fait de fabriquer une existence sur une base jouissive (bonheur pathologique ou euphorie de souffrance) qui fait semblant de structure et qui se pose sur une équivalence factice entre les sexes, comme si le rapport sexuel pouvait s’écrire. Et se traduire.
Par ailleurs, contrairement à la théorie genriste de Stoller, Lacan fait référence au drame passionnel où se trouve enfermé le sujet transsexes, à savoir que son tort serait que ce qu’il nie de lui-même l’est en tant que signifiant. « C’est en tant que signifiant que le transsexualiste n’en veut plus, et non pas en tant qu’organe…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Chacun appartient à un sexe, sans pouvoir le changer
Pour Lacan, on appartient exclusivement toujours à un sexe en ce sens qu’être homme ou être femme ne s’invente pas, ne se fabrique pas, ne s’échange pas, ne se modifie pas car c’est du réel. « Nous ne savons rien de réel sur ces hommes et femmes comme tels, car c’est de ça qu’il s’agit ; il ne s’agit pas de chiens et de chiennes. Il s’agit de ce que c’est réellement que ceux qui appartiennent à chacun des sexes à partir de l’être parlant. Il n’y a pas là une ombre de psychologie. Des hommes et des femmes, c’est réel » (Lacan, 1971-1972b, conférence du 2 décembre 1971).…
[… On pourra lire la suite de cet extrait dans le livre que l’on trouvera ici : Genrisme et jouissance transidentitaire]
Cependant, déjà dans son texte sur la Question préliminaire à tout traitement possible de la psychose de 1959, Lacan tient à signaler expressément que la « pratique transsexualiste » n’est « nullement indigne d’être rapprochée de la “perversion” » (Lacan, 1959, 1966, p. 568). Et c’est donc dans cette connexion entre psychose et perversion que se trouve la possibilité d’une théorisation, plus tardive, sur la suppléance avec traits pervers qui viendrait tenter de stabiliser la tendance psychotique. D’où les développements plus récents de Lacan sur le sinthome et le ravage comme suppléances qui ratent à propos de ces cas que l’on ne peut pas tout à fait situer dans la psychose.
Nous allons justement terminer notre travail par une courte étude sur le statut des négations transsexes dans la psychopathologie psychanalytique classique, à la lumière de la jouissance transidentitaire que nous sommes en train d’isoler et de formaliser.
La suite de ces extraits in: ARCE ROSS, German, Genrisme et jouissance transidentitaire, Séries, Livre IV, Huit intérieur publications, Paris, 2024

Lacan Against Gender
In this text, we will present and contextualize Jacques Lacan’s references, which will enable us to clearly grasp his firm opposition to genderism (or gender ideology) and to so-called conversion therapies applied to transsexes.
To this end, we will structure our presentation around the four key points of Lacan’s opposition to genderism. Namely, first, the polarity of real sex and the non-sexual relationship, from which it follows that, for Lacan and contrary to genderism, real sex is necessarily binary.
Secondly, we will refer to Lacan’s sharp critique of 1970s feminism, a period during which feminism was woefully tainted by gender ideology and was beginning to take an extremist turn. Against the theoretical imposture and the hatred of sexual difference that emanates from these two extremes, Lacan will oppose his classic formulations, such as “The Woman does not exist” and the subject’s need to be deceived by sexual difference.
Thirdly, to counter gender theory, Lacan locates the difficulties of homosexual subjects in accessing a fulfilled heterosexuality, trapped, in his view, in the passionate drama of a “father-version” [père-version ou perversion] that this ideology seeks to normalize. Lacan could not have better anticipated the sexdentitarian issues that are shaking society today, where everything is becoming normal and where, at the same time, psychopathology is dangerously invading the real of civilization.
Fourthly, in order to refocus the psychopathology of transsexes, Lacan opposed what was then called transsexualism —that is, the primary object of genderism as a societal form of jouissance derived from pretense. Still during the 1970s, a time of genderism’s ideological reign following May ’68, Lacan, on the contrary, will, on the one hand, assert that one cannot permit oneself to cease being sexed, and on the other hand, define the relationships of transsexualism as a link between psychosis and perversion, notably based on a case of fetishistic transsexualism during one of his patient presentations at Sainte-Anne.
In this regard, let us recall here Lacan’s warning, in his Rome Lecture, to psychoanalysts who naively drift toward the prevailing beliefs of psychology, philosophy, or ideology. In Lacan’s words, this constitutes “a new obscurantism when the entire current movement of psychoanalysis rushes into a return to the beliefs linked to what we have called the presupposition of psychology” (Lacan, 1956, p. 209).
Today, especially since the second half of the 20th century, this new obscurantism is called genderism —which others call wokism— and which, among other things, conveys an affirmation, a justification, and an apology for transidentitarian jouissance.
The rest of these excerpts can be found in: ARCE ROSS, German, Genderism, and Transidentitarian Jouissance, Series, Book IV, Huit intérieur publications, Paris, 2024

Lacan antigénero
En este texto, presentaremos y comentaremos en su contexto las referencias de Jacques Lacan que nos permitirán comprender con claridad su firme oposición al generismo (o ideología de género) y a las supuestas terapias de conversión aplicadas a las personas transexos.
Para ello, dividiremos nuestra presentación según los cuatro puntos constitutivos de la oposición de Lacan al generismo. Es decir, en primer lugar, la polaridad del sexo real y la no relación sexual, de donde se deduce que, para Lacan y contrariamente al generismo, el sexo real es necesariamente binario.
En segundo lugar, nos referiremos a la clara crítica de Lacan al feminismo de los años 1970, período durante el cual el feminismo estaba lamentablemente contaminado por la ideología de género y comenzaba a volverse extremista. A la impostura teórica y al odio a la diferencia de sexos que emana de estos dos extremismos, Lacan opondrá sus fórmulas clásicas, tales como “La Mujer no existe” y la necesidad de que el sujeto sea engañado por la diferencia de sexos.
En tercer lugar, para ir en contra del generismo, Lacan sitúa las dificultades de los sujetos homosexuales para acceder a una heterosexualidad plena, encerrados que están, según él, en el drama pasional de una “pater-versión” [fonéticamente hablando, père-version o perversión] que esta ideología busca normalizar. Lacan no podría haber previsto mejor las cuestiones sexidentitarias que agitan a la sociedad hoy en día, donde todo se vuelve normal y donde, al mismo tiempo, la psicopatología invade peligrosamente lo real de la civilización.
En cuarto lugar, para encargarse de reorientar la psicopatología de los transexos, Lacan se opondrá a lo que en aquella época se denominaba “transsexualismo”, es decir, el objeto privilegiado del “generismo” como goce social del “hacer como si”. Siempre durante los años 1970, época del reinado ideológico del generismo tras Mayo del 68, Lacan situará, por el contrario, por un lado, el hecho de que uno no puede permitirse dejar de ser sexuado y definirá, por otro lado, las relaciones del transsexualismo como vínculo entre psicosis y perversión, en particular a partir de un caso de transsexualismo fetichista durante una de sus presentaciones de pacientes en Sainte-Anne.
A este respecto, recordemos aquí la advertencia de Lacan, en su Discurso de Roma, a los psicoanalistas que se desvían con ingenuidad hacia las creencias de la psicología, la filosofía o la ideología del momento. Según los términos de Lacan, se trata de “un nuevo oscurantismo cuando todo el movimiento actual del psicoanálisis se precipita hacia un retorno a las creencias ligadas a lo que hemos llamado el supuesto de la psicología” (Lacan, 1956, p. 209).
Hoy en día, sobre todo desde la segunda mitad del siglo XX, el nuevo oscurantismo se llama « generismo » —lo que otros denominan « wokismo »— y que, entre otras cosas, promueve una afirmación, una justificación y una apología del goce transidentitario.
El resto de estos extractos se encuentra en: ARCE ROSS, German, Generismo y goce transidentitario, Séries, Libro IV, Huit intérieur publications, París, 2024









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