ARCE ROSS, German, « Psychopathologie de l’avortement », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse, PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2024

Psychopathologie de l’avortement 

Pouvons-nous parler d’une psychopathologie de l’avortement ?

À partir de plusieurs cas de jeunes femmes ayant traversé des événements d’avortement difficiles ou de jeunes hommes dont les compagnes ont été bouleversées par ces techniques médicales, ainsi que d’une série de vidéos sur le sujet, nous allons tenter d’établir une telle psychopathologie.

Il se trouve que, de par le monde, on trouve des travaux de psychologues, psychothérapeutes, psychiatres, psychanalystes, gynécologues et autres médecins chercheurs montrant les troubles psychiques associés à ces expériences. Nous allons faire ici également un rapide survol de quelques articles composant cette littérature.

Plusieurs questions se posent. Quelles seraient les traces psychiques que l’arrêt volontaire d’une grossesse peut produire chez une femme ? Dans quels contextes pouvons-nous parler de ruines psychiques concernant le processus de maternité ? Existe-t-il un traumatisme psychique de l’avortement ? Si oui, comment il se présente et quels sont les troubles psychiques qui le composent ? Quelles seraient les causes de la crise de la natalité en France ? Comment comprendre l’angoisse profonde que la maternité produit chez les jeunes femmes occidentales ?

Photo: Lightspring / Shutterstock

Intentions et fondements

Vu les réactions hyper sensitives et agressives que cela peut produire chez certains, il me semble utile de préciser mon intention personnelle ainsi que les sources et les fondements empiriques de cette recherche.

En tant que clinicien et chercheur qui pratique et enseigne la psychanalyse depuis des nombreuses années, dont vingt ans à l’université, l’objet de mes études est toujours le même : le savoir en psychanalyse à partir du réel de la clinique, quel qu’il soit ; un réel qui se trouve aussi bien dans la plainte du symptôme que dans la demande d’analyse.

Comme tout le monde, je peux avoir une prédilection pour quelques objets de recherche, comme par exemple l’amour dans les psychoses (thème de mon premier doctorat) ou les états maniaco-dépressifs (sujet de mon deuxième doctorat). Cependant, depuis la fin des années 1990, la plupart de mes objets d’étude s’imposent non pas par ma prédilection personnelle mais parce qu’ils proviennent, d’un côté, du vécu de mes analysants, et, d’un autre côté, des tendances actuelles (comme la psychopathologie du phénomène identitaire, thème de mon troisième livre). Certains de ces objets d’étude peuvent être surprenants pour moi, car je n’aurai jamais pensé que je pouvais m’y intéresser à ce point. C’est le cas de la psychopathologie de l’avortement. 

Je n’avais pas de doctrine préconçue à ce sujet. Pendant longtemps, c’est bien l’insistance ou la fréquence de plusieurs cas d’analysants, aussi bien que plein d’autres cas chez d’autres cliniciens, qui m’ont mis sur cette voie d’interrogation sans que pourtant cela se transforme en objet de recherche. Jusqu’à ce que — comme le font d’autres étudiants à l’université et quelques journalistes —, vienne vers moi cette jeune étudiante à La Sorbonne pour me demander mon opinion sur son expérience personnelle en vue d’un travail universitaire. Et le résultat a été une série de huit vidéos.

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Si je tiens à préciser cela, c’est que je trouve curieux et au fond drôle que certains réagissent à ma recherche sur l’avortement comme si j’avais une idéologie anti-avortement. Eh bien — est-ce vraiment utile que je le dise ? —, je ne prône aucune idéologie anti-avortement ni pro-avortement. Plus précisément, je ne cherche pas non plus à empêcher qui que ce soit d’avorter. Chacun fait le chemin de sa vie comme il l’entend. Le problème est ailleurs que dans cette antinomie. En tout cas, ma position personnelle n’est ni de défendre la doctrine des anti-avortement ni de cautionner l’idéologie des pro-avortement. Je ne cherche à appuyer aucune morale ni à combattre l’opposée, car il s’agit bien de deux morales : la morale anti-avortement et la morale pro-avortement. 

Cela dit, c’est impressionnant que les tendances hyper idéologisées d’aujourd’hui cherchent à vous coller un qualificatif selon certaines coordonnées morales et non pas selon ce que vous dites ou ce que vous faites. On veut savoir si vous « êtes » : c’est-à-dire, si vous vous rangez sous la bannière des pro-x ou des anti-x. On veut savoir si vous appartenez à une communauté idéologique, et laquelle. C’est toujours comme ça. On ne peut pas concevoir que vous pouvez ne vous ranger sous aucune bannière. On ne peut pas concevoir que vous n’adhériez à aucune communauté idéologique. Et on ne peut pas non plus concevoir que si vous vous rangez sous la bannière opposée, vous avez quand-même des choses à dire, à enseigner. Le cas échéant, on ne vous écoute plus. Vous devenez, ipso facto, un ennemi à qui il faut insulter, punir, faire taire, discriminer, censurer, si on ne peut pas vous coopter pour que vous adhériez finalement à la « doctrine correcte ».

De façon générale, je trouve qu’être pro-avortement est aussi respectable, et pourtant sans aucun intérêt pour la recherche en psychopathologie, qu’être anti-avortement. Les deux se valent, selon les cas. Si elles ne deviennent pas extrêmes, il s’agit de deux positions morales opposées, mais toutes les deux sont à écouter. Elles dépendent de l’expérience de vie de quelqu’un et des principes qui guident chaque trajectoire. Et elles peuvent, en plus, évoluer, changer, s’adoucir et pas seulement devenir extrêmes ou fanatiques. En tout cas, à mon sens, elles ne constituent pas un argument valable pour déconsidérer ni une femme qui avorte, ni une femme qui préfère ne pas avorter, ni encore un chercheur qui choisi d’étudier la psychopathologie de l’avortement.

Il me semble qu’en tant qu’opération médicale, l’avortement a son utilité dans bien de situations difficiles de la vie sexuée et est anodine dans la plupart des cas qui s’y sont confrontés. Sauf que cela n’empêche pas qu’il y ait des cas où l’on observe des troubles psychologiques. Et ça, je ne l’ai pas inventé. Plusieurs patientes en parlent spontanément. Et c’est cela que je tiens à étudier, non pas par un choix personnel préalable mais parce que la clinique me l’a mis sous les yeux. Mes vidéos sur l’avortement parlent ainsi de faits cliniques et non pas d’un point de vue anti-avortement ou pro-avortement. Plusieurs obstétriciens, médecins généralistes, psychiatres, psychothérapeutes et psychanalystes ont également, comme moi, reçu des jeunes patientes se plaignant des séquelles psychiques liées à l’avortement. 

On peut être pro-avortement dans certaines situations et anti-avortement dans d’autres, sans que la position psychothérapeutique devienne extrême dans aucun des deux cas, car il faut évaluer les expériences et les nouvelles problématiques qui se présentent pour chaque sujet, à chaque période de sa vie. Par exemple, si une jeune fille est malheureusement tombée enceinte dans une relation amoureuse à un âge trop précoce ou dans une situation qui risque de devenir compliquée pour elle, il me semble possible et justifiable le recours à l’avortement. Mais si une jeune femme entretient toujours des relations instables et fait souvent recours à l’avortement comme une négation de son désir inconscient de tomber enceinte et, par ce moyen, elle risque de rater ainsi sa vie, une simple posture pro-avortement me semble irresponsable. Dans ce cas, la répétition de cette succession d’événements destructeurs à laquelle elle se trouve fixée, mérite d’être élaboré pour que cela l’empêche de tomber toujours dans le même biais. Sauf que la présente recherche ne s’occupe pas de ces questions.

Ces précautions éthiques n’empêchent pas le fait irréductible que — quoi que l’on veuille affirmer ou nier — il y a bien des troubles psychiques dont quelques patientes se plaignent après un avortement. Malgré le fait que certains intolérants aspirent toujours à faire taire les chercheurs indépendants et les libre-penseurs qui ne confortent pas leurs doctrines, ou leurs intérêts, nous voilà donc devant un objet d’étude prenant ses sources dans le vécu le plus intime de la féminité.

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Maternité naturelle et perte psychique volontairement provoquée

Comme la croissance jusqu’aux 24 ans ou comme les autres métamorphoses du corps humain tout le long de la vie, le début de la maternité est un processus essentiellement naturel. C’est à cet événement considéré normalement heureux, positif, constructif que le psychisme réagit, en général sans interposer d’obstacles et l’accueille à bras ouverts d’une manière cohérente et adéquate. La fécondation permet à une femme d’avoir un enfant, de devenir mère, de faire un homme devenir père et, ainsi, de fonder ou de continuer à construire une famille. Comme on le sait, beaucoup de couples de par le monde souffrent de ne pas pouvoir enfanter et recourent à des techniques médicales poussées pour y réussir. La maternité est un processus très souvent désiré et valorisé par les femmes et, quand il a lieu, elles se trouvent élevées à un état psychique euphorisant et insoupçonné.

Le début de la maternité produit des métamorphoses impressionnantes et cela indépendamment du fait que la grossesse soit désirée ou non. Le fait de tomber enceinte n’a évidemment rien d’une maladie, mais il peut le devenir si une grossesse non-désirée est suivie de son interruption volontaire. Pour inadéquation avec le projet personnel, une femme peut alors se décider à accomplir une opération anti-maternité en tant que choix conscient, volontaire et libre. Le problème est que, même dans ce cas, elle est obligée non seulement de stopper le processus physiologique de la rencontre féconde avec un futur enfant, mais également de rebrousser un chemin psychique contraire à la maternité. Cela ne va pas sans difficultés, vu les puissantes métamorphoses en cours. 

En soi, le fait de tomber enceinte n’a rien d’un acte idéologique. Mais, puisqu’il produit des modifications somatiques et des réactions psychiques importantes, ce processus naturel mobilise profondément des questions morales, éthiques et, malheureusement, parfois aussi idéologiques chez la femme enceinte. Si la maternité est un processus naturel et l’interruption volontaire de grossesse une technique anti-naturelle, on ne prend pas assez en compte un troisième aspect. Il s’agit de la perte psychique d’un être particulier, un être plus que conceptuel puisqu’il a une vie très passagère mais bien perceptible par la femme enceinte. La différence entre le début des métamorphoses physiologiques et psychiques intervenues depuis la gestation et leur arrêt intempestif, que l’on le veuille ou non, produit des séquelles psychiques liées à une perte compliquée, séquelles que nous identifions par le concept nouveau de ruines psychiques (Arce Ross, 2021).

Modalités d’avortement

Il y a plusieurs types d’avortement. Nous avons, d’abord, l’avortement thérapeutique si la grossesse est accompagnée d’une malformation ou d’une maladie congénitale mettant la vie de l’enfant à naître dans des conditions insupportables. Quelques interruptions de grossesse, dues à des ratages physiologiques, peuvent être aussi naturelles et involontaires, comme c’est le cas des fausses couches ou d’autres accidents liés à la vie sociale ou professionnelle de la femme enceinte. Mais il y a aussi un avortement réparateur, qui existe par exemple dans les cas de viol ou d’une relation incestueuse, où il s’agit de réparer une injustice et d’éviter à la femme victime de violences sexuelles un deuxième traumatisme. Enfin, il y a la grande majorité d’interruptions volontaires de grossesse qui sont à considérer comme des avortements par inconfort. Ce sont ces derniers qui retiennent notre intérêt dans le présent travail, même si nous pouvons également appliquer ce que nous savons aux deux premiers. Sans doute, dans tous les cas, l’avortement produit une perte qu’il s’agit d’élaborer symboliquement.

Statut juridique de l’enfant mort non-né

En termes juridiques, l’embryon d’abord, ou le fœtus ensuite, et la mère qui le porte ne constituent, selon les codes de la plupart des nations occidentales mais aussi selon les codes internationaux, qu’une seule personne juridique. De cette façon, on ne peut pas opposer un droit de naître à l’enfant conceptuel selon le discours juridique et ceci en contraste avec une défense explicite du droit à la vie de l’enfant néo-né. Ainsi, « la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 expose l’égalité des hommes dès la naissance. L’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme du 4 novembre 1950 stipule dans son article 2 que le droit à la vie est protégé par la loi. La Convention relative aux droits de l’enfant conclue à New-York du 20 novembre 1989 protège le droit inhérent à la vie de l’enfant dans son article 6 §13. Néanmoins, aucun de ces instruments ne vise expressément l’embryon ou le fœtus, laissant subsister une inconnue sur le début de la vie… à la fécondation ou à la naissance… ».

Et ce texte conclut en rappelant que « la législation a accueilli en 1993 un article 79-1 dans le Code civil, qui dispose : “lorsqu’un enfant est décédé avant que sa naissance ait été déclarée à l’état civil, l’officier de l’état civil établit un acte de naissance et un acte de décès sur production d’un certificat médical indiquant que l’enfant est né vivant et viable et précisant les jours et heures de sa naissance et de son décès. A défaut du certificat médical prévu à l’alinéa précédent, l’officier de l’état civil établit un acte d’enfant sans vie. Cet acte est inscrit à sa date sur les registres de décès et il énonce les jour, heure et lieu de l’accouchement, les prénoms et noms, dates et lieux de naissance, professions et domiciles des père et mère et, s’il y a lieu, ceux du déclarant. L’acte dressé ne préjuge pas de savoir si l’enfant a vécu ou non ; tout intéressé pourra saisir le tribunal de grande instance à l’effet de statuer sur la question”. Cet article doit permettre une prise en compte de la souffrance des parents et de “faciliter” le deuil de l’enfant » (Roux-Demare, 2012). Ce que nous pouvons retirer du discours juridique est que le registre civil s’intéresse à l’enfant mort-né, dans le but d’aider les parents à symboliser la perte de cet enfant, mais offre un vide juridique à l’enfant mort non-né.

Cependant, pour des raisons en lien avec des témoignages de patientes ayant vécu ces situations, nous pouvons relier en termes psychiques la problématique de l’enfant mort non-né avec celle de l’enfant mort-né. Nous savons que le discours juridique ne colle pas toujours aux techniques médicales qui, à leur tour, ne se substituent pas du tout au travail psychique lié à la perte. Ainsi, « l’enfant mort-né n’est pas une personne au sens juridique du terme, les “opérations” prévues sur son corps ne sont pas soumises à réglementation. Ses funérailles sont possibles mais non obligatoires. Les familles ne sont pas tenues de les assurer ». Plus précisément, « pour les enfants nés morts à moins de 6 mois de grossesse, aucun acte ne pourra être dressé pour eux. Au regard de la loi, ils n’existent pas, leurs corps non plus. Juridiquement, ce sont des “riens”, des “produits innomés”, des “débris humains”, des “choses” qui n’appartiennent à personne. Leurs funérailles ne sont qu’exceptionnellement réalisables. Bien que non prévues légalement, elles ne sont pas explicitement interdites et placées sous l’autorité du Maire de la commune » (Dumoulin & Valat, 2001).

Maternité de chair et maternité de cœur

Nous constatons que, même dans le cas d’un choix libre et conscient, un travail de deuil s’impose. Il peut s’effectuer immédiatement après-coup, dans la rétroaction différée ou par anticipation. Nous constatons que la question du deuil anticipé d’une maternité non-désirée, lequel semble à tort le plus facile et le plus efficace, apporte également son lot conflictuel y compris dans la dénégation farouche. Pourquoi ? Parce que l’objet du deuil, qu’il soit immédiat, retardé ou anticipé, est un être embryonnaire en vie, bien plus qu’un simple projet d’enfant et de réalisation maternelle dans le corps d’une femme. Cet élément-là, corporel, réel, incarnation essentielle de la différence sexuelle par excellence, produit forcément un conflit psychique entre ce que j’appelle la maternité de chair (refusée, dans le cas de l’avortement) et la maternité de coeur (présente malgré tout, parfois de manière sournoise).

Le Corps de la femme enceinte appartient-il au corps de l’enfant en gestation ?

Concernant le processus de la maternité, nous pouvons parler de trois statuts du corps de la femme. Nous avons ainsi, avant la gestation, le corps de la femme avec ses propres choix et décisions ; après la conception et pendant toute la gestation, néanmoins, ses choix et décisions concernant son propre corps dépendent absolument d’un autre corps, d’une autre vie que la femme enceinte porte en son corps ; et, après l’accouchement, le corps de la mère vivra pour un temps en codépendance avec le corps du nouveau né, auquel il faudrait qu’elle aide à se créer progressivement une autonomie relative mais bien réelle. 

Sans aucun doute, le corps de la femme avant la gestation appartient à la femme elle-même. C’est aussi le cas du corps de la mère qui d’aucune façon ne peut être confondu avec celui de son enfant. Ceci est d’ailleurs un constat très important pour le développement du petit enfant, qui doit comprendre, lors des phénomènes et des objets transitionnels, que le corps de la mère n’appartient pas à son corps à lui. Lors de ce stade, la mère doit également faire des progrès en ce sens car au début, comme le soutient Winnicott (1951, 1969), si le bébé croit que le sein est un prolongement de son corps à lui, de son côté, la mère a tendance à considérer que le corps de l’enfant est une partie de son corps à elle. Cependant, cette illusion passagère, cette aliénation transitionnelle doit rester minime et transitoire sous peine de devenir pathogène. 

En revanche, le corps de la femme enceinte ne lui appartient plus complètement comme avant, et ceci pendant les neuf mois de la grossesse. Le corps de la femme enceinte comporte en lui le corps d’une autre vie, le corps de l’enfant à naître, d’abord sous son statut d’embryon et ensuite sous la forme de fœtus. D’une certaine façon, lors de la grossesse, c’est le corps de la femme enceinte qui appartient presque entièrement au corps de l’enfant en gestation. Pourquoi ? Parce que la femme enceinte n’est pas libre de décider et de faire des choix dans sa vie sans tenir compte des processus de gestation qui s’imposent à elle. Ce n’est pas pour rien qu’il existe dans le champ professionnel le congé maternité.

Les métamorphoses corporelles chez la femme enceinte débutées dès la conception ne sont pas des décisions libres et volontaires de sa part, mais sont induites par la présence et les interactions d’un autre être humain vivant qui domine de manière impressionnante son corps maternel. Voici les métamorphoses autoplastiques et fonctionnelles que la femme enceinte subit dans son corps sans en avoir le contrôle et qui disparaissent après la naissance : augmentation du pouls, modification de la respiration, variations hormonales très importantes, hyperpigmentation de la peau, apparition de vergetures, développement d’acné et d’angiomes (petites plaques rouges sur la peau), augmentation des reins et dysfonctionnement de la vessie, ralentissement de la digestion, seins plus sensibles et plus volumineux, augmentation exponentielle de la taille de l’utérus, pertes vaginales abondantes, relâchement des ligaments des articulations, accumulation de réserves de graisse, prise considérable de poids (INSPQ, 2024). Par ailleurs, kinésithérapeutes et ostéopathes observent un déplacement du centre de gravité vers l’avant et une augmentation de la cambrure naturelle du bas du dos (Soudan).

En plus des modifications autoplastiques et fonctionnelles du corps, la femme enceinte manifeste aussi des changements psychiques et réactionnels importants. Il est commun que ce soit « sur soi, sur l’éprouvé de soi enceinte, et non sur l’enfant à naître, que porte le premier questionnement de la femme, et c’est fréquemment à partir de perceptions ou de manifestations corporelles vécues comme étranges, imprévues, et du sens qu’elle leur attribue, que trouvent à se dire ses interrogations et ses inquiétudes » (Spiess, 2022).

En effet, les réactions paradoxales de la femme au processus de gestation montrent que son corps devient étrange, la femme enceinte reconnaissant peu à peu que son corps ne lui appartient plus tout à fait. « L’effraction du corps féminin par l’intrusion d’un autre corps – l’embryon – suscite des réactions paradoxales : toute-puissance ou déni, sensation d’un corps habité ou d’un corps menacé. “Touchée” dans le réel de son corps, la femme accueille la gestation comme un accomplissement ou comme une altération – à moins qu’elle se s’affirme indemne de tout changement. Situées dans le registre de l’extrême, ces réactions traduisent un conflit psychique, et les symptômes d’une maternité débutante révèlent une part de résistance, de “défense”, devant un sentiment de menace de l’intégrité corporelle » (Spiess, 2022). 

Toutes ces métamorphoses corporelles, fonctionnelles et psychiques peuvent, dans certains cas, induire des angoisses de la maternité chez la femme enceinte qui provoqueraient des avortements inopinés ou banalisés. C’est pour cette raison qu’une prise en charge psychologique de femmes enceintes présentant des doutes ou des angoisses en lien à la maternité devrait être une indication et un moyen de prévention d’avortements décidés trop hâtivement.

Nous avons vu que les modifications substantielles et apparemment étranges du corps de la femme enceinte ne dépendent absolument pas de sa libre volonté ni de son choix délibéré, mais d’un processus induit par la présence placentaire d’un autre être vivant en son corps. Cet état de faits montre bien que le corps de la femme enceinte ne lui appartient plus tout à fait, puisqu’elle n’en a plus la maîtrise ni le contrôle. Elle doit simplement s’adapter et accepter son nouvel état. Autrement, si elle se refuse, cela peut devenir extrêmement dangereux pour sa santé à elle ainsi que pour celle de son bébé. Si l’on peut dire que le corps de la femme enceinte est sanctuarisé c’est parce qu’en portant la vie d’un autre être humain, le corps de l’objet sacré de la civilisation, à savoir l’enfant à naître, elle doit respecter un certain nombre de règles strictes pendant cette période. De cette façon, la toxicomanie, l’alcoolisme, le tabagisme, l’anorexie, les actes suicidaires, etc, doivent être proscrits ou prévenus pour le déroulement normal des interactions vitales entre le corps de la femme enceinte et le corps en évolution de l’enfant à naître.

Dans ce cas, tout le corps de la femme enceinte se prépare normalement pour vivre, vers 4 ou 5 mois avant l’accouchement, ce que j’appelle la période de la n’essence qui est le segment spatio-temporel où clairement il y a les signes de la vie psychique, sensitive, sexuée et sexuelle de l’enfant à naître.

Sous la forme de l’embryon, le corps de l’enfant à naître, présent dans le corps de la femme enceinte, n’équivaut pas à une tumeur ni à un organe défectueux du corps de celle-ci. Même s’il peut exister des complications et des difficultés, être enceinte n’est pas une maladie. Le corps de l’embryon, à l’intérieur du corps de la femme enceinte, montre bien qu’il s’agit non seulement d’une autre vie, mais d’un autre être humain qui rayonne de plus en plus son existence propre avant même la naissance, période que j’appelle justement la n’essence (Arce Ross, à paraître). 

Compte tenu de ce constat, l’interruption de grossesse est très précisément l’interruption de la vie de cet autre corps qui se trouve à l’intérieur du corps de la femme enceinte, lequel dépend d’elle tout en dominant paradoxalement le corps de la femme enceinte sans pourtant lui appartenir. C’est précisément cet aspect qui est le noyau de toute la problématique psychique, légale, morale, éthique, idéologique ou pathologique de l’avortement.

Nous considérons que dans les cas comportant des défaillances ou des risques considérables autant pour la santé de l’enfant à naître que pour celui de sa mère, il est nécessaire et éthique d’appliquer une interruption thérapeutique de grossesse. C’est le cas également de la gestation à la suite de viols ou d’adolescentes enceintes par la contrainte incestueuse, par exemple, où une interruption réparatrice ou préventive de grossesse est bienvenue et éthique. Dans ces deux types d’avortement, l’interruption délibérée de la vie de l’enfant à naître se justifie par une raison supérieure et souvent irrévocable.

Cependant, là où les discussions sont les plus compliquées ce sont les cas que nous appelons d’avortement par inconfort. Les raisons invoquées sont, en général, celles des conditions financières ou lorsque la femme enceinte, ou le couple, perçoit l’éventuelle naissance d’un enfant comme un risque avéré  pour son développement social voire professionnel.

Ce sont surtout dans les cas rentrant dans ce dernier type d’interruption de grossesse que la psychopathologie de l’avortement se manifeste. Pourquoi ? Parce que, dans l’après-coup, la dichotomie entre le corps qui appartient à la femme enceinte et le corps de l’enfant à naître est plus intense que dans les autres types d’avortement et peut produire un conflit autour de l’interruption délibérée de la vie d’autrui. C’est-à-dire qu’interrompre délibérément, par inconfort social ou personnel, la vie d’autrui à l’intérieur de son corps revient plus facilement à la notion (fantasme ou réalité) de tuer, d’où le spectre de l’infanticide planant chez certaines femmes ayant avorté pour ces raisons.

La psychopathologie de l’avortement montre bien que le corps de la femme enceinte ne lui appartient pas complètement, mais appartient également à la vie d’un enfant qu’elle n’a pas fabriqué toute seule. En outre, le petit corps de l’enfant à naître qui se développe à l’intérieur du corps de la mère n’est pas non plus le choix de la femme enceinte. Si la conception ne peut pas être maîtrisée, contrôlée ou décidée par la femme enceinte ni par personne, c’est que cette nouvelle vie possède une existence propre que la femme enceinte se doit en principe de respecter, tout comme sa propre vie. N’oublions pas que l’objet sacré de la vie, et donc de la maternité, est et reste toujours l’enfant.

Si c’est grâce aux métamorphoses qui y interviennent qu’une femme se rend compte que son corps ne lui appartient plus tout à fait, c’est pour cela que l’avortement ne peut pas être l’équivalent d’un traumatisme lié à la perte d’un organe ou d’un membre du corps de la mère par exemple. Le deuil à faire dans la perte créé par l’avortement est celui de la capacité à porter la vie en son propre corps, c’est-à-dire que la femme ayant subi un avortement doit effectuer un deuil sur la potentialité de sa maternité ou sur un aspect équivalent.

En ce sens, tant physiologiquement que psychologiquement et même éthiquement parlant, le corps de la femme enceinte appartient en dernier recours au corps de l’enfant en gestation. 

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement » (Simone Veil)

Comme le disait Simone Veil, à l’Assemblée nationale en 1974, l’avortement est toujours un drame pour une femme. « Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame… » (Veil, 1974, 2017). Il reste évidemment à nous, psychanalystes et psychothérapeutes, d’étudier comment ce drame se traduit en termes psychiques et psychopathologiques. Simone Veil a également affirmé haut et fort que l’avortement doit rester une exception et qu’il n’y a pas donc lieu à sa banalisation.  « Je le dis avec toute ma conviction: l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ?» (Veil, 1974). Donc, s’il était nécessaire de dépénaliser l’avortement, ce fait ne doit pas nous empêcher de nous occuper du drame psychique que l’avortement constitue encore et toujours pour une femme enceinte.

German ARCE ROSS – Psychopathologie de l’avortement 3/8

Avortement et ruines psychiques de la maternité

Quelles seraient les traces psychiques que l’arrêt volontaire d’une grossesse peut produire chez une femme ? Pouvons-nous parfois parler de ruines psychiques concernant le processus de maternité ?

Y a-t-il un traumatisme psychique de l’avortement ?

Ce que l’on appelle la n’essence (Arce Ross, 2014), à savoir la vie psychique et la détermination sexuée du fœtus, se situe à partir du cinquième mois de grossesse (à peu près à 3 ou 4 mois avant la naissance). Cependant, bien avant cette période, il y a la vie physique et très probablement une vie psychique à un niveau sensoriel et proprioceptif. En tout cas, notamment à partir de 6 semaines de la gestation, il y a une claire conformation de l’embryon (cf. la photo en annexe qui présente un bébé non-né de 6 semaines).

Bébé à six semaines de la gestation

Le grand problème du traumatisme de l’avortement est bien le fait que, dès la gestation, ce qui se trouve à l’intérieur du corps d’une femme enceinte n’est pas une tumeur ni un organe vivant de son propre  corps ni encore des débris anatomiques. Non. S’il y a une psychopathologie de l’avortement chez certaines femmes, le problème s’explique par le fait que l’embryon est un bébé vivant non-né, c’est-à-dire un être humain vivant qui ne se confond pas avec le corps de la femme enceinte. Qu’elle le nie ou non, le fait que le corps de la femme enceinte ne lui appartient pas totalement n’est pas le résultat d’aucune idéologie ni d’aucune philosophie mystique, mais un constat concret. Toute femme enceinte porte en elle un autre être humain bien vivant. Toute femme enceinte conduisant sa voiture, même sans aucun autre passager à bord, fait malgré tout du covoiturage en ce sens qu’elle porte en elle une autre vie, un autre être humain.

Si se positionner comme pro-avortement, selon une posture militante pour libérer la femme d’un supposé patriarcat qui exploiterait le corps des femmes, est une attitude éminemment idéologique et politique, en revanche, signaler qu’il y a une détresse chez certaines femmes enceintes qui avortent est un constat réel qui s’avère dans la clinique psychanalytique et psychiatrique. À ce propos, la psychanalyse ne doit servir à aucune idéologie. La psychanalyse n’est pas là pour effectuer des diatribes contre le patriarcat, pour haïr les hommes ou victimiser les femmes. La psychanalyse n’est pas un instrument idéologique du panféminisme qui croit fantasmatiquement en l’existence d’un patriarcat méchant dont les femmes enceintes seraient les pauvres victimes. Non. La psychanalyse a une fonction sociale et civilisationnelle en ce sens qu’elle s’occupe de femmes qui souffrent, qui se plaignent et qui nous demandent de l’aide pour souffrir d’une série de troubles fondamentalement liés au fait d’avoir avorté.

Selon Professeur René Ecochard, « il est fréquent de demander à la science de prouver l’imputabilité de l’IVG dans les souffrances et les maladies psychologiques, voire des suicides observés après une IVG. Mais la science ne le peut pas ! […] les femmes décrivent de grandes souffrances ! Ces souffrances doivent être entendues même si leur lien avec l’IVG est encore mal compris. Leur existence doit être prise en compte par le corps médical, les pouvoirs publiques, les médias, la société. Les ignorer nuit à la mission d’information du corps médical et à la prise en charge des couples au moment de la conception de leur enfant. […] Plus de 180 publications parlent des séquelles psychologiques de l’IVG — La librairie de médecine des USA (U.S. National Library of Medicine) interrogée le 16/11/2016 liste 2043 publications répondant aux mots clefs “induced abortion psychological”.  Parmi elles, plus de 180 évoquent les séquelles psychologiques de l’IVG. […] Tous les articles […] montrent comment, dans une situation de grande fragilité, l’IVG provoque une chute vers des événements psychologiques graves. […] La souffrance qui suit l’IVG doit être entendue — La société est en désarroi face à l’avortement. Un silence pénible pèse sur ce drame. Et pourtant, les femmes mais aussi les hommes et les autres membres de la famille, souffrent. Il ne viendrait pas à l’idée de faire silence sur d’autres problèmes de santé aussi graves, qui touchent un aussi grand nombre des familles. En effet ce silence a de graves conséquences : accompagnement inadapté des femmes, et plus généralement des couples, à l’annonce d’une grossesse ; ambiguïté sur la fonction du corps médical face au diagnostic de grossesse même planifiée; messages erronés donnés dans l’éducation affective et sexuelle ; brouillage des valeurs qui fondent la société » (Ecochard, 2019).

Plusieurs autres chercheurs repèrent l’existence de troubles psychiques dans la période post-avortement. Cependant, ils indiquent aussi qu’il s’agit d’une sorte de souffrance interdite, ce qui produit un manque d’objectivité dans l’appréhension de ces troubles (Allard & Fropo, 2008). Selon une importante étude Néo-Zélandaise, « les femmes ayant été confrontées à un avortement ont un risque de développer des troubles d’ordre mental tels que la dépression ou l’anxiété » (Fergusson, Horwood & Boden, 2008). Ces chercheurs de l’Université de Otago, qui se « disent être “à mi-chemin” des position des pro-vie et des pro-choix », ont étudié les troubles psychiques de plus de 500 femmes entre 15 et 30 ans. Ils ont trouvé que « les femmes ayant subi un ou des avortement(s) présentaient un taux de désordres mentaux 30% plus élevé, en particulier associé à de l’anxiété ou la consommation de drogues. Au contraire, aucun autre type de grossesse (même les grossesse avec fausses couches) n’a présenté de lien avec des troubles d’ordre mental » (Allard & Fropo, 2008).

Aux États-Unis, Donald Paul Sullins a voulu étudier les liens entre les destins possibles d’une grossesse, à savoir naissance, avortement ou fausse couche, d’un côté, et les conséquences sur la santé mentale des femmes pendant la transition à l’âge adulte afin de déterminer l’étendue du risque accru, le cas échéant, associé à l’exposition à l’avortement provoqué. Et les données provenant de son étude « confirment les résultats antérieurs de la Norvège et de la Nouvelle-Zélande selon lesquels, contrairement à d’autres issues de grossesse, l’avortement est systématiquement associé à une augmentation modérée du risque de troubles de santé mentale à la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte » (Sullins 2016).

Priscilla Coleman, une chercheuse américaine de la Bowling Green State University, en Ohio, soutient également un point semblable dans une étude parue au British Journal of Psychiatry en 2011. Elle affirme que «  les femmes ayant subi un avortement ont connu un risque accru de 81% de problèmes de santé mentale, et près de 10% ont présenté une incidence de problèmes de santé mentale qui étaient attribuables à l’avortement. Les estimations les plus fortes du sous-groupe de l’augmentation du risque se sont produites lorsque l’avortement a été comparé à une grossesse à terme et lorsque les résultats concernaient la consommation de substances et le comportement suicidaire » (Coleman, 2011, 2018).

Pour d’autres chercheurs également, « la controverse sur l’avortement et la santé mentale est alimentée par deux perspectives différentes, mais opposants et favorables à l’existence de troubles post-avortement partagent les constats principaux : a) l’avortement est toujours associé à des taux plus élevés de maladies mentales par rapport aux femmes sans antécédents d’avortement ; b) l’avortement contribue directement aux problèmes de santé mentale pour au moins certaines femmes ; c) il existe des facteurs de risque, comme la maladie mentale préexistante, qui identifient les femmes les plus à risque après un avortement » (Reardon, 2018).

Prenant en compte ces troubles sans établir un contexte structural, certains appellent la psychopathologie de l’avortement par le terme de « syndrome de stress » ou de « traumatisme post-abortif ou traumatisme post-avortement ». Cependant, même si nous ne sommes pas d’accord avec cette terminologie, il nous semble que ces données méritent d’être explicitées car elles viennent conforter la thèse de troubles psychologiques après un avortement dans certains cas. Ces chercheurs disent que l’on parle « de syndrome ou traumatisme post-avortement ou pos-abortif (SPA) » lorsqu’il résulte « de pressions (du conjoint, de la famille, de problèmes financiers etc.) » alors que « 80% des femmes déclarent qu’elles auraient gardé leur enfant si les circonstances avaient été différentes ». Et ils soulignent qu’« entre 50 et 60% des femmes ayant subies une IVG souffrent du SPA à divers niveaux. [… Il s’agit d’] un syndrome qui peut se traduire par une peur, une culpabilité intense, un état dépressif, une perte de l’estime de soi ou du contrôle de soi. Ce syndrome est un dysfonctionnement psychologique qui résulte d’une expérience trop traumatisante. Il submerge les mécanismes de défense d’une personne normale. Bien qu’il ne soit pas forcément synonyme d’acte chirurgical, grâce aux pilules abortives, l’IVG peut laisser des séquelles psychologiques. Avorter, c’est mettre un terme à une maternité possible. […] Une étude sur 173.000 femmes californiennes à partir de remboursements de leur mutuelle médicale a révélée que le risque d’avoir recours à un traitement psychiatrique est 63% plus élevé pour les femmes ayant avorté » (Avortementivg).

Avec l’objectif d’évaluer si le type d’avortement avait un impact sur l’expérience des femmes, une  énième étude prospective et longitudinale considère que « l’avortement peut être un événement difficile à vivre et peut conduire au développement de troubles psychologiques ». Dans cette optique, les auteurs soulignent « la nécessité d’un soutien psychologique pour les femmes et le développement de stratégies de prévention » (Rousset, Brulfert, Séjourné, 2011).

Sentiments de solitude et de douleur dans le rapport au vide maternel

Après un avortement, une femme peut se voir confrontée à un vide bien particulier, lequel se présente comme une sensation que dans son propre corps il manque désormais un organe essentiel pour donner la vie. Un grand écueil est de considérer l’enfant à venir comme un objet encombrant dont il faut s’en débarrasser au plus vite, comme une tumeur que l’on ne saurait reconnaître en tant qu’être humain. On peut y visualiser clairement non pas un déni de grossesse, puisque l’on se décide consciemment pour l’avortement, mais un déni, un refus de maternité.

Une jeune femme de 25 ans que nous suivons pour ces raisons alors qu’elle était sûre et certaine du bien-fondé de l’avortement et pour laquelle il ne s’agirait pas de faire autrement si elle pouvait revenir en arrière, nous décrit l’immédiat après de l’avortement de cette façon. « Ça a été horrible. Pas l’opération elle-même, car j’étais endormie et on m’avait mis un masque. Le problème est venu après. Dès que les effets de l’anesthésie se sont atténués, j’ai commencé à pleurer et j’ai eu des idées sombres et suicidaires. Je demandais des anti-dépresseurs autour de moi mais ils n’ont pas voulu m’en donner ». Y compris plusieurs semaines après l’aspiration du soi-disant « matériel anatomique »  non-né, cette patiente a continué à ressentir « un terrible manque d’espoir dans la vie, comme si j’étais vidée. C’est-à-dire que je me sentais comme morte, totalement perdue, sans intérêt de faire quoi que ce soit dans la vie, sans envie de voir qui que ce soit, comme si j’étais punie par le destin. D’une certaine façon, c’est vrai car j’ai été trop irresponsable. Je ne savais pas qu’un avortement pouvait être aussi difficile ».

Il est aussi courant que les femmes ayant avorté traversent des périodes de troubles alimentaires et d’autres symptômes liés au contexte anxio-dépressif d’un deuil volontairement provoqué. Le sentiment de solitude et de vide après l’arrêt intempestif d’une vie ayant commencé à se développer dans le corps d’une femme peut se traduire rapidement en un grand chagrin, un déni de la perte, de la colère et de la douleur morale.

C’est sur ces bases que le processus d’un deuil très particulier peut alors commencer. Mais, comment la femme enceinte peut-elle faire le deuil de quelqu’un qu’elle n’a jamais connu et qui n’est même pas né mais qui existait dans son corps ? En clivant l’état de femme-pleine de l’état de mère-vide ? Un grand déchirement peut mettre la femme se décidant à avorter entre deux forces opposées. D’un côté, avoir eu la possibilité de donner naissance à une nouvelle vie et, d’un autre côté, la formation volontaire d’un espace vide de vie à l’intérieur de soi après l’acte. En tout cas, ce clivage entre la maternité de chair refusée et la maternité de coeur, négativée mais demeurant présente, peut devenir, soit immédiatement, soit plus tard, un puissant conflit psychique.

Dans un premier temps, il s’agit surtout de ne pas non plus refouler les idées et les sentiments en lien avec l’enfant mort non-né. Il faudrait déjà commencer par en parler, peut-être accorder un nom à cet enfant fantasmagorique, relier cet événement douloureux à sa propre naissance en tant que fille, c’est-à-dire en tant qu’être pouvant contenir et développer une nouvelle vie dans son corps. C’est cela le premier moment de la reconstruction : ne pas nier l’existence des ruines de maternité dû à un avortement ou à une fausse couche. Mais les renforcer et les réorganiser pour les utiliser plus tard comme matériel basique de restauration pour une nouvelle construction.

Ruines de la maternité et sexualité en souffrance

Une femme ayant avorté est parfois une femme blessée dans sa potentialité de maternité, notamment par la découverte que, dans le cas de la grossesse, son corps ne lui appartient plus complètement. Et que cela n’est idéologique ni immoral, mais tout à fait normal. Puisque l’avortement est loin d’être un événement subjectif anodin, il y a forcément une modification essentielle du rapport de la femme ayant avorté à la maternité, à la paternité, au désir sexuel et à la redéfinition nécessaire de soi en tant que corps contenant une nouvelle vie.

La question des séquelles psychiques de l’avortement se situe dans le fait que la femme reste abandonnée au milieu de ces ruines affectives ayant des répercussions sur sa vie de couple et même sur la relation à ses autres enfants. Nous avons là soit la diminution impressionnante de la libido soit, au contraire, une recrudescence de la libido voir l’alternance entre ces deux états, mais également quelques difficultés dans le couple allant jusqu’à sa dissolution. En effet, dans certains cas, les hommes ayant perdu en bonne mesure le sens de la paternité en général et plus particulièrement dans un couple précis, un avortement peut ainsi devenir la ruine de la maternité à venir et, à terme, la ruine de la vie sexuelle d’une femme. De cette façon, « le malaise éprouvé par chacun, la colère, la culpabilité qui font le lit des reproches, l’échec d’un symbole d’union qu’est la promesse d’enfant, la désynchronisation du deuil chez l’homme et la femme, expliquent les turbulences. Selon une étude, 12% des couples rompent après une telle perte » (Ney, p. 223). D’ailleurs, il se peut que le couple ne fonctionnait pas si bien déjà avant l’avortement et avant la grossesse non-désirée. 

Évidemment, une femme ne tombe jamais enceinte toute seule. Mais, malheureusement aujourd’hui, certains hommes ne prennent pas la responsabilité de la paternité et laissent les femmes seules, psychiquement abandonnées, devant la lourde décision soit de garder l’enfant dans des conditions de vie difficiles, soit d’avorter. Un puissant élément de lien paternel manque dans la pseudo-construction de ces nouvelles familles. Au contraire, en dehors des cas de viol, ce serait aux deux parents de réfléchir et de choisir la meilleure solution ensemble. Cela éviterait de laisser à la femme le poids d’une décision si importante pour la vie psychique de l’après grossesse. 

Si beaucoup de jeunes femmes se sentent obligées de considérer leur grossesse comme indésirable et avortent, c’est probablement parce que les hommes, leurs partenaires, et leurs familles les laissent seules, sans support devant un choix dramatique. Nous vivons dans une société qui ne favorise ni la famille ni l’alliance nécessaire entre maternité et paternité. Notre société actuelle éloigne l’homme de la paternité tout en éloignant la femme de la maternité, mais elle éloigne également, autant que possible, la maternité de la paternité. Nous savons, au contraire, que la maternité ne peut pas aller sans paternité et vice-versa. C’est dans la défaillance de cette jonction où surgit souvent l’idée de la grossesse non-désirée. Devant cet état de fait, beaucoup de femmes doivent vivre comme si elles étaient des hommes. L’anxiété contemporaine entre les sexes se vit comme une anti-maternité.

En outre, les ruines de la maternité lors d’une interruption volontaire de grossesse peuvent avoir une incidence sur l’infidélité sexuelle dans les relations amoureuses des adultes concernés, ce que j’ai pu vérifier dans plusieurs cas de femmes ayant avorté ainsi que chez des hommes dont leur compagne l’a fait. Également, dans un travail associé avec quelques chercheurs, Priscilla Coleman a souligné que, selon plusieurs recherches américaines, « l’avortement augmente le risque de difficultés à maintenir des relations sérieuses, de dysfonctionnement sexuel et de problèmes psychologiques » et ceci autant chez les femmes que chez les hommes.Ayant suivi un un échantillon de 3.432 hommes et femmes âgés de 19 à 59 ans, ils ont compris que « chez les femmes, l’avortement était associé à des attitudes plus positives à l’égard des relations sexuelles avec des tiers et au fait d’être forcé à avoir des relations sexuelles, tandis que chez les hommes, l’expérience de l’avortement d’une partenaire était corrélée à des attitudes favorables aux relations sexuelles avec d’autres partenaires. L’avortement chez les hommes et les femmes prédit un désaccord concernant la restriction de l’activité sexuelle aux relations amoureuses, un plus grand nombre de partenaires sexuels au cours de l’année écoulée et l’approbation des rapports sexuels avec une connaissance. L’expérience masculine d’un avortement chez une partenaire augmentait également la probabilité d’avoir des relations sexuelles avec d’autres. Enfin, l’avortement prédit l’engagement dans divers comportements sexuels impersonnels au cours des 12 mois précédents autant chez les hommes que les femmes » (Coleman, Rue, Doyle & Spence, 2008).

Spectre de l’infanticide

L’auto-contrainte à l’avortement est-elle le retour des ruines psychiques où, dans un passé pas si lointain, ces femmes auraient vécu des événements d’abandon et de séparation hautement traumatisants ? Ou s’agit-il peut-être du passé de leur mère ? Dans les séquelles psychiques à la suite d’un avortement, il y a bien le spectre d’un infanticide qui viendra peupler les ruines psychiques de la maternité. Certains diront, en évoquant ce « fantasme d’infanticide », que le corps de la femme aurait été le théâtre d’une opération sacrificielle (Bastien, 2011). Ce spectre d’un infanticide ne concerne pas seulement le rapport de la femme à son propre corps, mais également le rapport de son partenaire avec le corps ruiné de la femme supposée abriter ce spectre.

Sous certaines conditions, l’avortement peut également être la réalisation d’un fantasme, ou la matérialisation d’un spectre, ayant ses racines dans les ruines corporelles d’un secret familial. L’avortement secret de la mère, chez une fille de 5 ans, par exemple, peut fonctionner comme le spectre d’un enfant mort et pourtant toujours présent pendant l’enfance de cette fille. À ses 18 ans, sans connaître ce secret, cette fille peut tomber enceinte sans l’avoir prévu et peut demander un avortement, dont elle gardera longtemps les remords, comme une mise en acte dans la réalité de l’autre avortement caché de sa propre mère.

Alors que la maternité implique, en général, une force intérieure qui pousse la femme enceinte à protéger son enfant, le mythe du spectre de l’infanticide est une narration tragique que l’on se raconte avant, pendant et surtout après un avortement. Mais le spectre de l’infanticide lui-même, en deçà du mythe qui se forme à partir de là, veut dire que certaines femmes le ressentent de cette façon.

Sur le spectre de l’infanticide, voici le cas clinique apporté par une psychanalyste : « Julie, 23 ans, me dit lors de la première séance : « J’attendais avant que cela ne se sache, qu’il soit trop tard. » Les mots du premier entretien viennent me faire entendre comme si souvent, les balises signifiantes qui m’aideront à arrimer le transfert si j’accuse leur réception. Quelque chose tente d’être entendu et je l’accroche au vol. Je reformule la phrase, telle quelle. Sans commentaires. Je l’inscris ainsi en gras sur la première page vierge de cette rencontre qui pourrait devenir un travail psychanalytique.

« Dès le départ, il s’agit dans le discours à la fois d’un enfant espéré, attendu (il sera trop tard pour interrompre sa venue au monde) et pourtant interdit (il faut qu’il ne puisse plus ne pas venir, pour qu’il vienne). Mon écoute des tout premiers instants se voit pourtant plus précisément arrêtée par cette négation et par l’inversion de l’opération subjective : « J’attendais avant que cela ne se sache, qu’il soit trop tard… » alors qu’on se serait attendu à : « J’attendais qu’il soit trop tard (pour qu’il ne vienne pas au monde), avant que cela se sache (qu’il allait venir au monde). »

« Je ne comprendrai que bien plus tard, dans l’après-coup du travail avec Julie, ce qui était à l’œuvre et que je nommerais à présent l’inversion temporelle présente dans cet événement particulier et étrange que constitue une interruption volontaire de grossesse (IVG). Cette inversion temporelle témoigne en quelque sorte d’une inversion repérable dans le processus de séparation, comme s’il s’agissait d’en passer par un acte pour inscrire une séparation, alors que précisément l’acte vient faire trace de l’échec de symbolisation, et de sa tentative de suppléance qui ici, en passe par le corps.

« […] Ce que Julie m’a forcée à entendre, ou m’a permis d’entendre, c’est selon, au sens d’une prise en compte irréversible, c’est que le fantasme d’infanticide est au cœur du maternel. C’est même ce qui le caractérise le plus dans la névrose, avec le désir d’enfant. Un peu comme un envers et un endroit, un gant qui pourrait se retourner, et nous faire découvrir toutes les coutures du maternel, aussi explicites et désuètes, que ne sont les liens d’une fille à sa mère, d’une mère à son enfant » (Bastien, 2011).

Sinon, à travers le témoignage de quatre Allemandes, la réalisatrice Renate Günther Greene, qui a avorté à l’âge de 25 ans, évoque le parcours post-avortement, entre sérénité et culpabilité.

« La réalisatrice Renate Günther-Greene a avorté à l’âge de 25 ans. Après plusieurs décennies de refoulement, son retour sur les lieux de l’intervention l’a submergée de douleur. Elle a alors cherché à entrer en contact avec des femmes au parcours similaire, mais s’est heurtée à un mur de silence. Pourquoi, alors qu’elles avaient revendiqué haut et fort le droit à disposer de leur corps dans les années 1970, les femmes éprouvent-elles tant de difficultés à assumer le recours à l’avortement ? La réalisatrice a rencontré la rescapée d’une IVG qui, adolescente, a sombré dans l’anorexie avant de découvrir que son sentiment d’être jumelle ne relevait pas de la démence mais venait de l’intervention subie par sa mère quand elle la portait. Trois femmes qui ont avorté quand elles étaient plus jeunes racontent par ailleurs leur expérience et ses conséquences, entre relative sérénité et culpabilité suffocante.

« Séquelles persistantes : “à les entendre, c’était aussi anodin que de se faire opérer de l’appendicite”, confie l’une d’entre elles. Entre les sentences du type “Tu vas gâcher ton avenir !” et le vocabulaire pourtant réconfortant des médecins, qui parlent d’“amas de cellules embryonnaires” pour désigner le fœtus, certaines femmes regrettent d’avoir manqué d’informations sur la portée de leur décision. Sur dix patientes ayant subi une IVG, deux à quatre d’entre elles, en état de stress posttraumatique, développent ainsi une réelle pathologie et ont besoin d’un suivi psychologique pour faire leur deuil et apaiser leur culpabilité. “J’ai tué un enfant”, explique l’une des femmes interrogées, qui s’est reconstruite en fondant une famille et en faisant de la prévention en milieu scolaire. Un documentaire salutaire sur les séquelles occultées de l’avortement » (Günther-Greene, 2015).

Macropsychopathologie de l’avortement

Dualité excluante dans la maternité de coeur

Dans un avortement non thérapeutique ou fait pour des raisons non juridiques, la maternité de chair est empêchée dans son développement naturel par une contrainte psychosociétale liée au fait de considérer toute grossesse comme non désirée.

Nous savons que dans des conditions normales une grossesse inattendue peut au contraire être accueillie comme un événement bienvenu. Mais si une femme place, coûte que coûte, le désir de grossesse au-dessus de la grossesse elle-même, celle-ci, loin d’être une véritable surprise heureuse et bienvenue, peut devenir un véritable conflit psychique, un clivage et une angoisse. Aujourd’hui, les jeunes femmes ne se laissent pas surprendre, dans le bon sens du terme, par l’avènement heureux de la maternité. Et, tant que l’on met trop l’accent sur le désir de grossesse plutôt que sur la grossesse elle-même, il est paradoxalement plus facile et plus fréquent l’avènement de grossesses non désirées que des grossesses bienvenues. Devant une maternité prévenue à l’excès, toute perspective ou possibilité de grossesse peut plus facilement devenir un objet d’angoisse et, si malgré tout elle se déclare sans être attendue, la grossesse risque d’être accompagnée, dans un premier temps, d’une dualité excluante entre maternité de chair et maternité de coeur.

En parallèle, l’empêchement médical de la maternité de chair peut venir empiéter sur la maternité de coeur, laquelle deviendrait parfois insatisfaite, en attente anxieuse, remplie d’incertitudes et d’anciennes angoisses réactualisées. C’est-à-dire qu’une grossesse non désirée et sa résolution médicale par l’acte intrusif de l’avortement peuvent perturber profondément et durablement la maternité de coeur. Et il n’est pas rare de voir qu’à l’approche de la quarantaine une femme célibataire sans enfants risque de voir cette tendance s’inverser, au point où la maternité est cherchée de manière compulsive et comme une nouvelle contrainte. Le droit à l’avortement se transforme ainsi en devoir d’accouchement.

Sans doute, si l’avortement équivaut à un accouchement dans sa version négativée, il y a de chances pour qu’il se crée une deuxième dualité excluante, cette fois-ci à l’intérieur même de la maternité de coeur. Comme l’accouchement, l’avortement est également une aspiration extérieure, mais il s’agit de l’aspiration d’un enfant conceptuel, d’un enfant mort non-né. C’est probablement de cette équivalence d’où peut provenir la dualité excluante à l’intérieur même de la maternité de coeur, dans laquelle il se présente un conflit entre la tendance à vouloir garder l’enfant et la contrainte psychique de ne pas le garder.

L’un des plus grands problèmes de la grossesse non désirée qui se résout trop facilement en avortement est le fait de considérer que l’enfant en gestation n’est qu’une partie du corps de la femme, plutôt qu’un être tout à fait différent. C’est le cas dans de nombreux avortements pratiqués chez des adolescentes ou chez des très jeunes femmes.

Le recours à l’avortement chez les jeunes et les très jeunes femmes est malheureusement en hausse depuis le début des années 90, notamment chez les mineures où le nombre d’avortements passe de 8.700 en 1990 à 11.700 en 2009. Et ce qui est curieux c’est que, pour un nombre proportionnellement stable de grossesses, les jeunes femmes avortent davantage en 2005 que pendant les années 90 (Nisand, Letombe & Marinopoulos, 2012). 

Nous avons ainsi tout à fait raison de nous inquiéter de l’augmentation considérable de l’avortement non thérapeutique, non réparateur mais par inconfort chez les mineures, lequel aurait augmenté de 30% entre 2001 et 2007 selon un rapport de l’Institut Européen de Bioéthique. « Outre les risques biologiques de ces grossesses trop jeunes, la prévention de grossesses précoces et la prise en charge des troubles psychiques des adolescentes à la suite d’un avortement sont particulièrement urgentes et vitales pour leur santé. En effet, on constate chez les adolescentes une plus grande propension au passage à l’acte (violence physique, tentatives de suicide…) et à l’émergence de conduites à risque (drogues, conduites sexuelles à risque…) C’est donc dans un contexte très différent que le professionnel de santé va devoir prendre en charge les troubles psychiques de l’adolescente à la suite d’un avortement » (IEB, 2011).

Sans doute, l’une des causes de l’augmentation si importante de grossesses non désirées chez les adolescentes est le fait d’une sexualité de plus en plus précoce et, compte tenu des plaintes de plus en plus fréquentes de jeunes femmes sur les séquelles psychiques liés aux avortements, nous devons oeuvrer pour prévenir autant que possible les grossesses non désirées. C’est une question de santé mentale. Nous sommes donc dans la nécessité de responsabiliser les adolescentes et les jeunes femmes en vue de la prévention des grossesses non désirées aussi bien que de la prévention de l’avortement.

C’est pour ces raisons qu’il faudrait « une information plus complète sur les conséquences des relations sexuelles sans discernement ; une connaissance plus large des pratiques contraceptives ; l’institution d’une aide spéciale aux mères célibataires afin d’éviter que l’avortement reste la seule solution possible à une situation insupportable et qui cache un risque psychologique grave » (Gallese, Graziani & Ciani, 1990).

German ARCE ROSS – Psychopathologie de l’avortement 6/8
Angoisse sociétale de la maternité

Pouvons-nous dire que quelques avortements par inconfort se font surtout parce que les femmes ressentent, dans ce monde occidental dominé par le panféminisme et par les normes sociétales, une profonde angoisse de la maternité ?

Avant la problématique de l’avortement, il existe la problématique presque absolue de la grossesse non-désirée. On dirait que, pour une femme dite libérée, la maternité se présente non pas comme un événement simple, naturel et heureux, mais comme un esclavage, comme un joug, comme une soumission à une société soi-disant patriarcale. Ce n’est pas l’angoisse, le sentiment d’insécurité et la culpabilité idéologique de devenir mère qui poussent, trop facilement, les femmes occidentales à considérer une grossesse comme indésirable ?

C’est vraiment impressionnant que des raisons sociales et financières soient souvent avancées par les femmes occidentales pour effectuer un avortement par inconfort. Elles sont malheureusement contraintes de repousser de plus en plus tard le début de la maternité, au point que celle-ci devient un véritable objet angoissant. C’est-à-dire que la maternité se pose comme un but rempli d’un excès d’idéalisation, au point de se convertir en un objet compulsif ou obsédant jusqu’au jour où, vu l’horloge biologique assez avancé, il devient une contrainte et un objectif pressant plutôt qu’un désir féminin en connexion avec l’amour d’un homme.

Cependant, il y a aussi d’autres conjonctures à l’œuvre dans la société occidentale. C’est notamment la fréquence si importante de grossesses chez les adolescentes. Ainsi, par exemple, dans le cas de quelques adolescentes qui ont essayé de cacher leur grossesse à leur mère, « lorsque celle-ci l’a découverte, elle a décidé de l’interrompre en exigeant que sa fille se fasse avorter, ce qui a été fait dans des conditions dangereuses, sans tenir compte du désir de l’adolescente. Après l’avortement, les adolescentes ont souffert, se sont senties coupables et ont regretté de ne pas avoir lutté contre les décisions de leurs mères. Ces femmes s’attendent à être autonomes pour prendre leurs propres décisions, prendre soin de leur santé et être à nouveau enceintes. Conclusion : l’étude a montré que la décision d’avorter était centrée sur les mères des adolescentes, un résultat qui mérite d’être exploré plus avant dans les recherches futures, en approfondissant la relation établie entre la fille et la mère dans la situation d’un avortement provoqué » (Fonseca, Barbosa, Merighi, Jesus & Oliver, 2013.

Soulagement d’un conflit ou esquive d’une problématique psychique ? 

Comme nous l’avons aperçu dans notre clinique, pour le chercheurs en général, une majorité de femmes ayant recours à l’avortement éprouvent du soulagement et seulement une minorité développe des problèmes psychiques. En outre, « la littérature indique que les niveaux d’anxiété et de dépression décroissent dans le mois suivant l’avortement. En revanche, les chiffres sont différents quant au degré de cette réduction. La proportion de femmes avec un haut niveau d’anxiété dans le mois suivant l’avortement est de 19-27% mais de 3-9% pour la dépression. Les études les plus précises suggèrent que 8-32% des femmes ressentent une détresse psychologique générale en lien avec l’interruption de grossesse » (Bianchi-Demicheli, 2007).

Si certaines femmes se sentent soulagées après un avortement, c’est que ce soulagement  semble appartenir, au moins indirectement, au conflit psychique créé par une grossesse non-désirée. Déjà là, nous avons l’esquisse d’un problème psychique qui peut éventuellement accompagner la période post-avortement. Certains peuvent penser que « les femmes qui acceptent d’avorter sont plus susceptibles de parler de leur expérience que les femmes qui ont honte et regret » (Babbel, 2010). Sauf que, justement, une acceptation apparente peut cacher une dénégation de la problématique psychique lié à l’avortement, laquelle peut ressurgir plus tard lors de situations de la vie rappelant la circonstance angoissante de devenir mère. Le soulagement post-avortement peut être ainsi, dans certains cas, une manière de nier la part vide, ou la part morte, dont quelques femmes en témoignent explicitement.

Comme le soutient le gynécologue Israël Nisand, auteur d’un rapport sur les conséquences psychiques réelles de l’avortement en 1999, «  il n’est pas politiquement correct de dire qu’il peut y avoir des troubles psychiques ou des regrets en aval d’une IVG. C’est un phénomène sur lequel on manque d’études scientifiques mais, sur le terrain, en consultation, on voit bien que cela existe. (…) Le négationnisme des troubles qui peuvent survenir à la suite d’une IVG ne sert pas la cause des femmes » (Nisand, Letombe & Marinopoulos, 2012a).

Il y a une question morale qui semble dominer beaucoup de femmes ayant avorté et qui consiste à surtout ne pas se plaindre des réactions psychiques dont elles peuvent souffrir après l’avortement, sous peine d’être considérées anti-avortement. Souvent, il leur faut suivre le commandement idéologique qui veut que l’on soit obligé d’être pro-avortement coûte que coûte, sans examiner en détail leur propre cas particulier avec la distance et la rationalité nécessaires. Le problème d’une telle position macropsychique exagérée est que cela risque de nier, ou de recouvrir, le drame subjectif que constitue l’avortement pour la vie d’après. 

Déjà, au moins physiologiquement parlant, le fait de stopper médicalement la grossesse, en tant qu’opération médicale intrusive, est une violence faite aux processus naturels du corps avec toutes les séquelles négatives que cela peut provoquer pour la santé en général. Mais les problèmes sont surtout d’ordre psychique.

German ARCE ROSS – Psychopathologie de l’avortement 8/8
Complotisme des fanatiques et banalisation de l’avortement

En outre, la réponse idéologique qui prône une banalisation de l’avortement semble parfois se situer à la limite du complotisme. Certains chercheurs interprètent la prise en compte des ruines psychiques créées par l’avortement en affirmant qu’« avancer des arguments de santé publique erronés pour s’alarmer du recours à l’IVG chez les jeunes femmes participe d’une médicalisation et d’une psychologisation du champ de la sexualité qui conduit à renforcer le contrôle social sur la sexualité des femmes » (Bajos, Ferrand, Meyer, Moreau & Warszawski, 2012). Ces chercheurs pensent qu’accepter une psychopathologie de l’avortement équivaudrait à assumer un complot ou une conspiration pour le « contrôle » de la sexualité féminine. Ils semblent ne prendre en compte que la question médicale, purement technique, et l’aspect juridique, en fonction seulement des droits pour les femmes, sans prendre au sérieux les incidences psychiques d’un tel acte surtout chez les très jeunes femmes.

À une telle position idéologique et technojuridique répondent des gynécologues réputés et des psychanalystes ayant une véritable expérience clinique avec ce genre de psychopathologie. « Défenseurs dès la première heure de l’accès à l’interruption volontaire de grossesse et de la qualité de sa réalisation dans les hôpitaux, nous ne pouvons pas laisser dire que les femmes qui y ont recours ne sont pas marquées, d’une façon ou d’une autre, par cette expérience. Nous voyons chaque jour dans nos consultations des femmes qui nous disent leur souffrance psychologique et leur mal-être parfois de nombreuses années après, alors qu’elles auraient pu «cocher» lors d’un sondage que «tout allait bien». La souffrance ne se coche pas, elle se parle ! […] il s’agit là d’un vrai négationnisme : il s’agit de dénier le fait qu’une IVG peut marquer douloureusement une vie. […] Il serait plus utile d’essayer d’éviter collectivement aux femmes de moins de 25 ans, comme l’ont fait nos voisins, une part des 90 000 IVG qu’elles subissent bon an mal an et dont le nombre est en constante augmentation. […] nous n’acceptons pas pour autant la banalisation de l’IVG et continuons de dire que la meilleure IVG est celle qu’on a pu prévenir » (Nisand, Letombe & Marinopoulos, 2012b).

En effet, du fait des métamorphoses physiologiques et psychologiques depuis la gestation, la femme enceinte ne se sent plus elle-même, en tout cas telle qu’elle était avant. Son corps a profondément changé et une nouvelle vie se développe en elle. Du côté du fœtus, cela devient plus opaque de savoir s’il a effectivement une vie psychique, comment il la vit et à partir de quand. Mais beaucoup d’études scientifiques ont mis à jour le fait que, dans les quatre derniers mois de la grossesse, la plupart de fonctions neurologiques servant à accueillir ou à viabiliser une vie psychique se mettent en place de manière certaine. C’est cela que nous théorisons sous l’hypothèse de la période que j’appelle de la n’essence, à savoir la vie psychique du fœtus lors des quatre ou trois derniers mois avant la naissance. C’est pour tout cela qu’un travail psychothérapeutique de reconstruction de la potentialité maternelle s’impose.

Grâce à une politique de santé rationnelle et non-idéologique, nous devons œuvrer pour diminuer le taux impressionnant des grossesses non désirées. Et devons continuer à travailler en psychothérapie avec les séquelles psychiques de l’avortement. La problématique de la banalisation de l’avortement se trouve déjà dans l’irresponsabilité des grossesses non-désirées. Cela implique surtout la revalorisation des fonctions psychiques de la maternité, de la paternité et notamment de leur alliance cohérente, sachant que l’une ne peut pas aller sans l’autre. Pour se développer sainement, tout enfant a besoin d’une mère et d’un père qui agissent de concert. Le problème est que, depuis les années 70 et 80, la société occidentale a délaissé sciemment la valeur de la conjonction maternité-paternité au profit de communautés « parentales ». Comme si l’essentiel de la famille se réduisait à l’éducation.  

Risques de troubles somatiques

Risques pour les grossesses à venir

Maintenant, voyons quelques séquelles somatiques de l’avortement. Est-ce qu’avoir plusieurs avortements peut influer négativement sur la fertilité, par exemple ? Quelques chercheurs indiquent qu’il y existe de risques avérés pour les grossesses à venir. « Avoir plusieurs avortements peut entraîner un risque plus élevé d’implantation anormale du placenta lors de futures grossesses. “Cela n’affecte pas la fertilité, mais c’est une complication obstétricale de grossesses multiples ou d’avortements”, explique Thornton. C’est assez rare — et, encore une fois, cela peut se produire après plusieurs grossesses à terme » (Marturana Winderl & Barnes, 2020).

Risque de développer un cancer de  l’endomètre ? 

Quelques études épidémiologiques sont unanimes quant au fait avéré chez des femmes ayant eu au moins une grossesse d’être « moins susceptibles de développer un cancer de l’endomètre. Il est moins évident de savoir si le calendrier des grossesses au cours de la vie reproductive influence le risque et dans quelle mesure les grossesses incomplètes sont associées à un risque réduit. […] Dans cette étude, l’âge plus avancé à la première naissance était plus fortement associé au risque de cancer de l’endomètre que l’âge plus avancé à la dernière naissance. À ce jour, il subsiste une certaine incertitude dans la littérature sur cette question » (Pocobelli, 2011). Et l’on pourrait ainsi se poser la question du risque de développer un cancer de l’endomètre dans le cas d’avortements à répétition.

Risque de fibromes utérins

Une étude chinoise montre que l’avortement provoqué peut être « un facteur de risque indépendant pour les fibromes utérins chez les femmes chinoises d’âge moyen et plus âgées » (Song, Shen, Mandiwa, Yang, Liang, Yuan, & Wang, 2017).

Pour une politique de santé rationnelle et non-idéologique

Vers un retour de la famille bio (mère-père)

Qu’est-ce que l’on peut entendre par une politique de santé rationnelle et non idéologique ? Ce serait toute mesure cohérente et équilibrée favorisant la responsabilisation des pères et des mères, les deux ensemble, devant leurs fonctions respectives. Cela passerait par une remise en question de tout ce qui a été fait depuis les années 1970 concernant la famille. À savoir que les familles ont plus que jamais besoin d’un retour vers le mariage bio (homme-femme) et vers l’autorité paternelle, vecteur de pacification et de désir, non seulement chez les hommes qui deviennent pères, mais également chez les femmes qui deviennent mères. Il s’agit par ces principes de supprimer les violences des pères envers leurs femmes et envers leurs enfants, notamment envers leurs filles, aussi bien que de diminuer considérablement l’omnipotence et l’agressivité des mères contre leurs filles adolescentes. 

Voici ce que disait Margarete Mitscherlich sur les mères de la société où les pères sont en déclin. « Les rôles que joue la mère sont contradictoires : il y a la mère qui se sent responsable de toute la famille, manifeste une sollicitude excessive et infantilise tous les membres de la famille, y compris le père ; il y a la mère qui est restée une enfant et qui a besoin de s’appuyer sur “l’homme fort”. Il n’est pas rare que ces deux attitudes coexistent. D’un côté la femme assumera inconsciemment le rôle de la mère toute-puissante et de l’autre elle restera la fille de la mère ou fera de son mari sa mère ou son père » (Margarete Mitscherlich, 1985, 1988, p. 117). Nous sommes aujourd’hui devant une telle situation où l’agressivité des mères envers leurs filles, dont parlait Margarete Mitscherlich en 1985, est presque devenue une agressivité des mères contre elles-mêmes (de par leur double situation de professionnelles battantes et mères de famille). Et chez la fille, cette agressivité de la mère envers la fille est devenue une agressivité envers la maternité, envers sa propre maternité.

Par ailleurs, il faut également faire très attention, en termes macropsychiques, avec les figures précoces du père mort, absent, invisible ou démissionnaire, c’est-à-dire avec les figures d’un père mort trop prématurément et notamment de façon idéologique. À ce propos, Alexander Mitscherlich, considère que « le père “mort” reste lui aussi une puissance menaçante dans l’expérience inconsciente de l’enfant. Mais le monde lui-même devient, sans ses conseils, inaccessible et incompréhensible. Il ne cesse de se transformer sournoisement et amène des surprises inquiétantes » (Alexander Mitscherlich, 1963, 1969, p. 179).

Ceci est flagrant dans le cas de la relation si malfaisante entre père et fille aujourd’hui et qui peut être présente dans les fantasmes conduisant une adolescente à tomber dans une grossesse non désirée suivie d’avortement. Étant donné que « l’amour porté au père est curieusement une donnée plus fondamentale et plus contrastée que celui qu’on nourrit pour sa mère » (Brun, 2013, p. 38), dans les cas de démission paternelle il peut rester chez la fille des profonds espaces vides d’affect remplis par une absence souffrante du père vis-à-vis de laquelle elle peut se fabriquer inconsciemment des romans compensatoires (Brun, p. 37). L’un de ces romans compensatoires ne pourrait-il pas être celui de tomber enceinte sans le désirer ? En tout cas, « la popularité des nouveaux pères que l’on engage désormais à toucher et à materner leurs enfants aux côtés de leur partenaire conduit à interroger leur image et leur insidieuse malfaisance » (Brun, p. 49). Nous devons ainsi revoir notre application pratique d’une paternité maternisante, passive, presque non masculine, pour revenir à une version tout à la fois masculine et pacificatrice de la fonction du père.

Malheureusement, les pères absents et distants se cantonnent, souvent par la force des choses et par des lois injustes, à des rôles matériels ou financiers. « Pourquoi le Goriot se cantonne-t-il dans ce rôle de père qui prodigue ses largesses ? Craint-il que ses filles ne l’abandonnent ? A-t-il peur de ne plus les voir ? L’amour d’un père peut-il resumer au bien-être financier ou social de sa fille ? » (Lauru, 2006, p. 106). Devant la recrudescence d’avortements presque forcés par des grossesses non désirées — comme devant d’autres troubles touchant les jeunes femmes telles que la prostitution étudiante —, il s’agit probablement d’une mise en acte compensatoire de cette figure malfaisante du lien père-fille où l’affection se résume à des transaction d’argent ou lorsque, comme dans les avortements précoces, la jeune femme fait payer à ses parents mais dans sa propre chair.

Pour une politique de la famille endogène mère-père dès la naissance

Nous savons très bien qu’il y a une crise de la natalité en France. En effet, « en 2023, 678.000 bébés sont nés en France, un nombre historiquement bas depuis la Seconde guerre mondiale. Le démographe Gérard-François Dumont appelle à faire renaître la politique familiale sapée sous le quinquennat de François Hollande » (Dumont, 2024). Une question se pose à ce sujet. Quelles seraient les causes de cette crise de la natalité ?

Nous savons également que les femmes françaises ont au fond envie d’avoir des enfants et enfanteraient si c’était plus facile de construire une famille stable avec le père de leurs enfants. Sauf que, même dans ce cas, les femmes doivent en général travailler et s’occuper des nourrissons, ce qui est une charge trop importante pour une seule personne. Comment faire alors, tout en sachant en plus que la France a vraiment besoin d’un sursaut démographique sans recourir comme d’habitude à des naissances de provenance exogène ?

Nous pouvons vérifier aisément qu’il y a une concomitance chronologique entre l’instauration du mariage identitaire, ensemble avec les autres normes sociétales comme le changement de sexe, et la crise de la natalité en France. Cela se présente en outre comme un signe permanent des politiques successives en France depuis François Hollande. Plus précisément, nous pouvons dire que la perversion sociale, formalisée par les normes sociétales des gouvernements sexidentitaires de François Hollande et d’Emmanuel Macron, a eu plusieurs conséquences qui définissent une nouvelle macropsychopathologie. 

L’une de ces conséquences est la rupture du remplacement intergénérationnel où, tout naturellement, le petit enfant vient se substituer au grand-parent pour le bonheur et le bénéfice non seulement de son père et sa mère, mais également du pays tout entier. Bien entendu, ce remplacement intergénérationnel continue à exister, mais il est démographiquement en souffrance. Il serait en souffrance pour cause des normes sociétales qui obligent l’être humain à se couper de ses lois naturelles au point de se transformer progressivement en une entité transhumaine, une sorte de monstre prometteur, au sens de Richard Goldschmidt (1932 ; 1960).

Une autre conséquence des normes sociétales de nos gouvernements sexidentitaires est la production d’une angoisse profonde chez les jeunes femmes vis-à-vis de la maternité. Celle-ci se manifeste dans deux phénomènes distincts et pourtant associés. D’une part, les jeunes femmes ont des enfants de plus en plus tard, dans la mesure où elles sont poussées, depuis petites – en consonance avec l’idéologie qui prône un égalitarisme fallacieux entre les sexes –, à travailler comme les hommes. D’autre part, elles doivent céder, parfois lors de la prime jeunesse, à l’immense propagande gouvernementale et associative qui prône l’avortement comme le meilleur traitement à leur angoisse de la maternité.

Par palier à ces angoisses et difficultés des femmes pour concilier travail professionnel intense et travail maternel, non seulement aussi intense mais surtout permanent, les gouvernements avancent des mesures telles que le congé parental. Sauf que celui-ci ne devrait être qu’un véritable congé maternel pour aider justement les jeunes mères à s’occuper de leur enfant. Et, par l’occasion, les inciter aussi à faire d’autres enfants.

Sans aucun doute, chaque enfant a absolument besoin du lien fort et stable entre sa mère et son père. Cependant, au début de la vie, celle qui doit être naturellement très proche du nourrisson, c’est bien la mère ; alors que l’importance du père va en augmentant progressivement pour parvenir à son point maximal lors de l’adolescence et de la vie adulte. Donc, le congé soi-disant parental (un terme erroné) devrait être seulement maternel et surtout appliqué dans la durée et non pas uniquement sur six mois.

[Work in process…]

German Arce Ross, Paris, le 4 février 2024

Psychopathology of abortion

Can we speak of a psychopathology of abortion?

On the basis of several cases of young women who have gone through difficult abortion experiences, or of young men whose partners have been upset by these medical techniques, as well as a series of videos on the subject, we will attempt to establish such a psychopathology.

All over the world, psychologists, psychotherapists, psychiatrists, psychoanalysts, gynecologists and other medical researchers have documented the psychic disorders associated with these experiences. Here, too, we take a brief look at some of the articles in this literature.

Several questions arise. What psychic traces can the voluntary termination of a pregnancy produce in a woman? In what contexts can we speak of psychics ruins in the process of motherhood? Is there a psychic trauma associated with abortion? If so, how does it present itself and what psychic disorders are involved? What are the causes of the birth rate crisis in France? How can we understand the profound anguish that motherhood produces in young Western women?

Psicopatología del aborto

¿Podemos hablar de una psicopatología del aborto?

Basándonos en varios casos de mujeres jóvenes que han pasado por experiencias abortivas difíciles o de hombres jóvenes cuyas parejas han estado transtornadas por estas técnicas médicas, así como a raíz de una serie de videos sobre el tema, vamos a intentar establecer dicha psicopatología.

En todo el mundo, psicólogos, psicoterapeutas, psiquiatras, psicoanalistas, ginecólogos y otros médicos e investigadores han documentado los trastornos psicológicos asociados a estas experiencias. Aquí también echaremos un breve vistazo a algunos de los artículos de esta literatura.

Se plantean varias preguntas. ¿Qué efectos psicológicos puede tener en una mujer la interrupción voluntaria del embarazo? ¿En qué contextos podemos hablar de ruinas psíquicas en el proceso de maternidad? ¿Existe un trauma psicológico asociado al aborto? En caso afirmativo, ¿cómo se presenta y de qué trastornos psicológicos se trata? ¿Cuáles son las causas de la crisis de natalidad en Francia? ¿Cómo entender la profunda angustia que produce la maternidad en las jóvenes occidentales?

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