German ARCE ROSS. Paris, janvier 2015.

Référence bibliographique (toute reproduction partielle, ou citation, doit être accompagnée des mentions suivantes) : ARCE ROSS, German, « Gradation du normal au pathologique I. Masturbation et pornomanie », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2015.

10845928_1530927190519112_1173075019973382044_nComment le normal peut-il être conçu selon la psychanalyse ?

Comment pouvons-nous, ou comment devons-nous, définir le normal en psychanalyse ?

Les affects courants d’angoisse, de culpabilité, de honte, de colère, de haine et de jalousie sont-ils du ressort de l’amour, disons-le, ordinaire ou devons-nous les situer dans une pathologie de l’amour ? Sont-ils des sceaux, des traces, des preuves ou des conduites inhérentes à tout type d’amour ?  À quel degré ils participent de l’amour ordinaire ou de l’amour pathologique ?

Autrement dit, dans les affects pathologiques, pouvons-vous y voir un reste, un sédiment, des avatars de l’amour oedipien ?  Comment désirer et réussir à construire un couple dans cette époque qui considère l’engagement et la fidélité comme caducs et tristes ?

Que dire de la sexualité qui, aujourd’hui, est devenue compulsive et dont la masturbation et la pornographie sont quelques uns des plus récurrents représentants ? Doit on considérer la marchandisation et la fétichisation pornographique du désir et de la jouissance comme une nouvelle normalité, une normalité libérale et individualiste ?

Toutes ces questions, dans la mesure où, dans cette époque d’anti-Oedipe, sans totems et sans tabous, sans différences sexuelles claires, on ne sait plus ce qui est normal et même si cela existe encore !

Depuis que j’étais étudiant en psychologie, lors de ma formation en psychanalyse et encore plus fortement depuis que j’ai commencé à recevoir des patients, j’ai toujours pensé qu’on ne pouvait pas faire de la clinique, de la psychothérapie ou de la psychanalyse et forcément travailler avec la psychopathologie, sans avoir une idée claire et solide de ce qu’est la normalité. Toutefois, les psychanalystes en général avons tendance à dire, de temps en temps, que la normalité n’existe pas et que c’est juste un idéal fuyant et inatteignable. Mais cette idée me donne toujours de l’insatisfaction et me provoque, à terme, une gêne profonde pour plusieurs raisons. Je pense, en effet, qu’on ne peut pas balayer le problème d’un revers de main, mais qu’au contraire il mérite qu’on s’y attarde.

D’abord, parce que les mêmes cliniciens convaincus de l’inexistence de la normalité réagissent parfois au quart-de-tour lorsqu’on leur oppose des arguments pour critiquer leur apologie de l’anormal. Souvent, ils défendent l’anormal qu’ils affectionnent comme s’il s’agissait d’une autre normalité plus “normale” que la normalité qu’ils contestent. Cela montre bien qu’ils ont secrètement derrière la tête une idée assez claire d’une certaine normalité, bien que différente de celle couramment admise. Ainsi, le premier argument pour contrer l’inexistence de la normalité est que, dans ce cas, aucune psychopathologie ne pourrait vraiment exister. Car elle serait elle-même la normalité prétendue. Ou alors, il faudrait considérer plusieurs degrés de psychopathologie, de telle façon qu’il y en ait une qui serait plus “normale” que les autres.

Ensuite, parce que, partant de la psychopathologie freudienne, nous ne pouvons plus nous contenter de considérer la névrose comme le modèle privilégiée de la normalité. Mais aussi parce que, bien avant la fin d’une analyse, on observe déjà les effets thérapeutiques qui modifient substantiellement l’économie et l’organisation psychique de l’analysant. Encore plus, lorsque vers la fin de l’analyse, on constate une réelle modification que l’on serait tenté de considérer comme structurelle. Car l’analysant en fin d’analyse a déjà acquis depuis longtemps une véritable capacité d’amour et de travail. Ainsi, l’autre raison est qu’il existe bien des sujets et des familles qui, malgré tout, fonctionnent de façon assez équilibrée, souvent pendant plusieurs générations. De manière spontanée ou grâce à une psychothérapie psychanalytique, ces sujets et ces familles peuvent maintenir une résistance préventive, assez efficace, vis-à-vis de toute forme de psychopathologie.

Finalement, parce qu’il est devenu aussi évident que, chez les psychanalystes, si divers et si distants qu’ils soient les uns des autres dans les orientations et dans les pratiques cliniques qu’ils adoptent, il y a plusieurs théories sur la normalité et sur la psychopathologie qui s’y opposent constamment, parfois radicalement. Et ceci, également en fonction des mouvances sociales et en fonction des modifications anthropologiques qui ne manquent jamais de se présenter lors des grandes crises de l’humanité.

Nous sommes aujourd’hui bien loin de la période freudienne, celle qui correspondait à la naissance et à la diffusion de la psychanalyse en tant que mouvement unifié dans la culture occidentale. Après un siècle d’enrichissement intense de ses principaux concepts, sans avoir échappé toutefois à des critiques acerbes ainsi qu’à des rejets péremptoires, la psychanalyse est devenue dans le monde occidental une véritable discipline psychothérapeutique, culturelle et interprétative de l’inconscient post-moderne. Non seulement elle a été implantée à l’université et dans les institutions de santé mentale dans les principaux pays du monde occidental, mais surtout également dans l’accompagnement approfondi, en ville, de sujets, de couples et de familles en détresse. Sauf qu’elle s’est aussi considérablement transformée, dans sa théorie, dans sa pratique, dans sa finalité et dans ses principes éthiques, grâce aux connexions inévitables avec d’autres disciplines. À tel point que nous pouvons dire que la psychanalyse aujourd’hui n’est pas Une. Elle est, au contraire, une discipline clinique où cohabitent une multiplicité de tendances, de pratiques, de finalités, de conceptions. Non seulement il n’y a plus de cure-type depuis longtemps mais, en outre, la société ayant changé profondément en termes économiques, sociaux, politiques et anthropologiques, la technique et la théorie psychanalytiques se sont également transformées tout en se divisant en plusieurs orientations et écoles. Depuis longtemps, beaucoup de psychanalystes avons fait le deuil d’une psychanalyse unifiée et participons plutôt à une banalisation quotidienne de sa pratique et de son enseignement.

En fonction de cet état de fait, des notions comme le normal et le pathologique sont forcément devenus des objets de remaniements autant contrôlés et réfléchis qu’incontrôlés et spontanés. Le pathologique n’étant plus ce qu’il était il y a à peine 50 ou 40 ans, le normal ayant également été presque renversé et refondé en permanence, la conception actuelle de la psychanalyse sur ces questions mérite alors une profonde et véritable mise à jour. Comme il n’existe plus Une seule mais plusieurs psychanalyses, il nous est alors nécessaire de préciser notre propre conception psychanalytique autour des rapports entre normal et pathologique.

À cet égard, ce que je propose est d’adjoindre un troisième terme à l’habituelle opposition entre normal et pathologique, opposition duelle que je considère d’ailleurs comme obsolète. La véritable opposition logique au normal est bien l’anormal et non pas le pathologique. Car ce dernier, pour exister, implique toujours un développement gradué partant de l’anormal et, en plus de s’opposer au normal, le pathologique apporte un ajout et une fixation douloureuse à l’anormal. Notamment pour tenir compte de la nouvelle psychopathologie, nous postulons ainsi un espace qui ne serait ni normal ni pathologique.

psychopathology-18L’Anormal comme espace de gradation entre normal et pathologique

Fréquence, amplitude et intensité.

Je me suis rendu à l’évidence qu’entre le normal et le pathologique, il faut bien qu’il existe un terme moyen, un état intermédiaire, c’est-à-dire un espace de transition phénoménale qui représente les gradations nécessaires entre les deux. Car la limite entre ces deux états ne peut pas être si abrupte, si tranchante, qu’à peine en quelques minuscules détails on tombe dans l’un ou dans l’autre. En effet, je préfère penser que, pour passer du normal au pathologique et vice-versa, il faut bien traverser plusieurs autres états, ou micro-états, qui s’organisent de façon graduée en termes au moins de fréquence, d’amplitude et d’intensité.

La fréquence fait référence au rythme d’apparition et de réapparition des signes en question. Cela peut permettre d’établir des périodes, des cycles ou d’états circulaires. L’amplitude donne un autre aperçu temporel, cette fois-ci sur la présence aiguë ou l’étendue de ce qui pourrait se concevoir comme des crises, indépendamment de savoir si elles peuvent être contrôlées par le sujet ou pas. De son côté, l’intensité a à voir avec la puissance et avec la profondeur des phénomènes qui fuient au normal et qui ne peuvent pas encore être considérés comme des véritables éléments pathologiques.

La gradation qui appartient à l’espace de l’anormal, lequel n’est en soi pas encore tout à fait pathologique, nous permet de saisir celui-ci comme un véritable événement subjectif. En d’autres mots, si le psychopathologique est un véritable événement psychique c’est qu’il se constitue comme un processus non-naturel, d’origine non physiologique, qui a un début, une évolution et parfois un déclin spontané, voire même une stabilisation dans un état chronicisé. Tout ceci nous indique un cheminement temporel en fonction d’une succession d’états gradués qui vont, d’abord, du normal à l’anormal et, ensuite, de celui-ci au pathologique.

Le Normal : un état psychique.

Le normal ne devrait pas se définir en termes d’être, c’est-à-dire d’un être qui serait définitivement ainsi sans aucun changement possible mais plutôt, tout simplement, comme un état psychique. Différemment de l’être, qui est en principe une essence immuable, l’état est de l’ordre de ce qui peut changer à tout moment. Et ceci, en fonction d’influences externes ou de décisions subjectives pour s’adapter positivement, ou négativement, à l’ambiance du monde. Le normal est ainsi ce qu’on peut perdre à tout moment, ce qu’on a encore ou ce qu’on avait, mais aussi ce qu’on peut récupérer soit spontanément, selon des circonstances spéciales de la vie, soit par une analyse ou une psychothérapie.

En effet, grâce à une psychanalyse ou à une psychothérapie en profondeur, on réussit à rebrousser le chemin de la psychopathologie des névroses, des psychoses, de certaines perversions et d’autres phénomènes trans-limites, pour reconstruire un état de normalité renouvelée mais dans un contexte tout à fait inédit. Je suis ainsi habitué à entendre des analysants évoquer un retour à la normalité, lorsqu’ils arrivent à une période de fin d’analyse, que l’on peut aussi appeler dans certains cas de passe clinique. Ainsi, une analysante qui a fait d’énormes progrès dans sa vie, me dit : « depuis quelques années déjà, je me sens vivre dans une normalité que je croyais perdue à jamais. Mais je continue à venir [moins fréquemment cependant] pour faire un point régulier sur les choses si positives qui m’arrivent ». Un autre patient, ayant été hospitalisé en psychiatrie pour cause de quelques crises schizophréniques — avant le début de son analyse — et qui a complètement stabilisé son état psychique avec des suppléances efficaces, tient à me dire : « maintenant, je sais que j’ai réussi à faire que mes symptômes soient devenus de la normalité et, en plus, en supprimant progressivement depuis longtemps les médicaments psychiatriques ». Mais, qu’en est-il de l’anormal lorsqu’on discute du normal et du pathologique ? Par quels moyens ces patients sont un jour passés du normal au pathologique ?

L’Anormal et le pathologique.

L’anormal serait composé de tous les états de déséquilibre qui peuvent survenir sans que l’on soit vraiment encore dans la pathologie avérée. Car, pour qu’un phénomène se situe dans la psychopathologie, il ne suffit pas qu’il soit seulement affecté par un déséquilibre, il faut aussi qu’il y ait, en plus, un caractère nouveau et supplémentaire au simple déséquilibre de l’état antérieur. Si les états anormaux sont tout simplement les exceptions temporaires au normal par l’apparition d’un déséquilibre, ils peuvent être différenciés en deux phases du déséquilibre. D’abord, une phase qui ne serait pas grave car sous contrôle du sujet et, ensuite, une autre phase qui fuit complètement au contrôle du sujet et qui a tendance à durer et à évoluer vers la pathologie. Ce deuxième espace des états anormaux constitue une série de véritables signaux d’alerte pour montrer que la psychopathologie n’est pas loin ou qu’elle est en train de gagner du terrain.

Le psychopathologique, à son tour, vient à s’installer lorsque, en plus d’un déséquilibre important de l’économie psychique, les phénomènes exceptionnels de l’état anormal deviennent malheureusement la règle. Ils se configurent ainsi comme une “nouvelle normalité” pour le sujet. Mais il s’agit d’une “nouvelle normalité” qui se montre féroce, impérieuse, tyrannique, qui est accompagnée d’une souffrance immaîtrisable et qui, à ce titre, domine radicalement le sujet et l’empêche de revenir à l’équilibre initial. Dans le psychopathologique, les capacités pour résoudre ou pour canaliser de façon spontanée ou autonome les phénomènes indésirables sont difficilement atteignables, dangereusement corrompues ou carrément annulées. Une substitution de l’ancien par du nouveau s’effectue, tout en produisant une jouissance inédite du réel, c’est-à-dire une jouissance facilement grotesque, bien souvent incontrôlable et parfois monstrueusement prégnante.

De l’anormal au pathologique : le cas de la masturbation compulsive

Comme nous l’avons dit plus haut, l’espace de l’anormal, en tant qu’il constitue une série de gradations qui vont du normal au pathologique, possède deux phases bien différentes. La première, qui n’est que l’anormal simple, ne serait pas grave car, malgré qu’elle se situe en dehors du normal, le sujet maîtrise ou contrôle ce qui lui arrive. En général donc, il s’agit d’écarts du normal qui sont légers, temporaires et facilement réversibles. En revanche, la seconde phase, qui est une sorte de complication sévère de l’anormal primaire, indique que le sujet vient à perdre partiellement le contrôle de ce qui lui arrive et commence à dépendre dangereusement de cette nouvelle configuration. Ce n’est que lorsque cette dernière phase de l’anormal a été accomplie, qu’elle ne suffit plus pour contenir les écarts vis-à-vis du normal, que le sujet perd totalement le contrôle de ce qui lui arrive et qu’il se produit un élément inédit supplémentaire dans l’économie psychique du sujet, que l’on pourra parler de pathologie.

En récapitulant, nous pouvons dire que l’espace de l’anormal s’organise en termes d’une gradation qui permet à un simple signe, ou à un phénomène anormal, d’évoluer et de devenir ainsi un symptôme. Pour illustrer ce schéma, nous pouvons donner quelques exemples où l’on voit une gradation qui évolue du normal au pathologique. Prenons, par exemple, un élément accessoire de la sexualité normale tel que la masturbation pour l’étudier dans ses plusieurs degrés qui vont, justement, du normal au pathologique.


P49_Venus_of_Urbino_261881kMasturbation et normalité : jouissance de la solitude.

Tout d’abord, dans la normalité, il peut exister une masturbation solitaire aussi bien qu’une masturbation mutuelle appartenant au répertoire ordinaire du vécu sexuel. Tout particulièrement dans la masturbation solitaire, le sujet peut s’aider d’imaginations sexuelles pour parvenir à la satisfaction convoitée. Ces fantasmes sexuels viennent parfois à la place du manque de partenaire, ou de son absence temporaire, et sont au service d’un acte (la masturbation solitaire) qui comporte, sans aucun doute, beaucoup moins de relief et de richesse que l’acte sexuel à deux. Lacan situe, d’ailleurs, précisément la masturbation comme « la jouissance de l’idiot »[1], pour bien marquer la pauvreté et la bêtise qui lui appartiennent lorsqu’un sujet se limite volontairement à cette pratique.

Dans les meilleurs des cas et en tant que fin en soi, la masturbation n’est qu’une pâle figure de la sexualité à deux. Dans l’absence de la relation à deux, la masturbation, même intense, ample et fréquente, n’est au fond qu’une jouissance de la solitude.

Deux temps de l’anormal.

Partant de là, le sujet adolescent par exemple peut cependant passer à des activités légèrement anormales pour animer, réanimer ou stimuler le désir, surtout lorsque les fantasmes commencent à faire défaut ou qu’ils deviennent un peu trop pauvres ou pas assez efficaces. Car, pour se maintenir efficace, la masturbation a la particularité de décroître par elle-même dans sa capacité d’excitation et de satisfaction. Alors, elle passe à exiger de plus en plus de fantasmes sexuels. Dans ce but, le sujet peut par exemple s’aider de films pornographiques, tout en passant parfois à une masturbation en groupe. Ces actions pour parvenir à une masturbation solitaire en groupe ou à une masturbation mutuelle en groupe, bien que non pathologiques, commencent à être profondément anormales, parce que le sujet fait exploser l’intimité sexuelle pour l’exposer de façon obscène à la jouissance de l’Autre.

Nous devons faire ici la distinction entre deux temps de l’anormal. Dans un premier temps, c’est-à-dire lorsque la pornographie vient fonctionner comme un élément auxiliaire vis-à-vis de la masturbation, elle n’appartient qu’à un contexte anormal sans être pathologique. Pourquoi à ce moment-là elle ne serait qu’anormale ? Parce que, dans des conditions les plus naturelles possibles, même si la sexualité a besoin de quelques fantaisies, elle n’a pas besoin d’une masturbation compulsive et encore moins d’avoir recours à un domaine artificiel pour fabriquer des fantasmes masturbatoires. À ce stade et utilisée juste avec cet objectif, la pornographie est seulement anormale parce qu’elle n’appartient pas à la sexualité mais vient à être utilisée comme un outil extérieur et artificiel d’excitation, en quelque sorte un fétiche sexuel. En outre, dans cette première phase, le sujet possède encore le contrôle de ses fantasmes et peut amender leur fabrication.

Cela dit, dans un deuxième temps, la simple anormalité de la pornographie peut se complexifier au point de venir frôler la pathologie. Elle devient une anormalité compliquée, une anormalité presque pathologique, lorsque le sujet passe du stade où la pornographie est un auxiliaire de la masturbation vers un autre stade où c’est l’inverse qui se produit. À savoir que cette fois-ci c’est la masturbation qui est devenue un auxiliaire de la pornographie. Ainsi, dans cette deuxième phase, les actions masturbatoires, en groupe ou en solitaire, sont anormales et proches du pathologique parce que le sujet commence à dépendre de plus en plus substantiellement de la pornographie pour parvenir à la satisfaction. Elles sont anormales parce que, sans se rendre trop compte, le sujet passe à survaloriser graduellement un artefact, un fétiche, tel que le film pornographique, au lieu de tout simplement vivre et développer sa sexualité. Là, le sujet se situe à l’orée de la psychopathologie sexuelle. D’autant plus que graduellement il a été ajouté à la masturbation compulsive un élément supplémentaire qui signera le début de la pathologie : il s’agit d’actes clairements pervers et non seulement fantasmatiques, qu’il soient exhibitionnistes, voyeuristes, échangistes, sadomasochistes ou fétichistes.

Masturbation et perversion.

À ce propos, Lacan situe la masturbation collective ou la masturbation devant des spectateurs comme une perversion, ce qui se produit dans des actes tels que l’exhibitionnisme, le voyeurisme ou l’échangisme. Ainsi, dans le Séminaire sur le Désir et son interprétation, il dit que « Diogène le Cynique affichait que la solution du problème du désir sexuel était, si je puis dire, à la portée de la main de chacun, et, par un acte ne relevant pas de l’exhibition, mais de la démonstration, il le prouvait brillamment en se masturbant en public »[2]. Évidemment que ce « ne relevant pas de l’exhibition » est le point principal de la dénégation du sujet cynique. Car, par sa démonstration charnelle en public, il en vient forcément à introduire en acte la question de l’exhibitionnisme. La perversion de Diogène est ainsi à localiser dans le fait que l’acte obscène (se masturber en public et chercher ainsi cyniquement la jouissance de l’Autre) devient plus important que la satisfaction sexuelle qui pourrait être directement obtenue par la simple masturbation. Et c’est justement en fonction de cet élément (pervers exhibitionniste) que l’on peut parler de pathologie dans ce cas.

Notons alors que la perversion selon Lacan veut dire qu’à un acte sexuel ordinaire (la masturbation), il doit lui être ajouté un élément supplémentaire et, en principe, non nécessaire (la jouissance scopique de l’Autre). En outre, la simple masturbation est déjà un ersatz de l’acte sexuel qu’il faudrait, de l’acte sexuel à deux (ni plus ni moins). C’est-à-dire que dans les actions masturbatoires, solitaires ou en groupe, notamment lorsque ces actes s’insèrent sous le code de rituels d’initiation, le sujet se trouve encore loin de l’Autre sexe. Et ceci, même s’il peut encore assez facilement récupérer le commerce érotique avec lui.

Si nous étudions la partie proprement pathologique de la relation entre pornographie et masturbation, on est obligé de prendre en compte les fantasmes pervers présents. Et notamment le fait que la plupart d’eux possède une orientation clairement violente.

dolce-gabbana-gang-rape-adLes Fantasmes pervers de la pornographie jouent-ils un rôle dans les viols ?

Peut-on mettre en parallèle la sexualité compulsive ou la pornographie, d’une part, et le viol ou les fantasmes de viol, d’autre part, comme deux versants d’un même mouvement social ou psychique ?

Pornographie et violence masculine.

C’est en 1980 que Robin Morgan écrivait sa phrase devenue célèbre : « pornography is the theory; rape is the practice »[3]. Morgan s’est appuyé, entre autres, sur les résultats d’études telles que celle de Neal Malamuth, Seymour Feshbach, Edward Donnerstein et Dolf Zillman, qui avaient étudié ces questions en 1978. Ils avaient conclu que les images violentes concernant le sexe ont tendance à augmenter l’agressivité des comportements sexuels, surtout vis-vis des femmes, et que cela peut aiguiser également la sensibilité des hommes concernant les fantasmes de viol tout en réduisant l’esprit critique vis-à-vis d’eux[4]. Quelques autres études ont pu montrer que le visionnage de films pornographiques violents (scènes de viol, images sadomasochistes et bondage) tendent à augmenter les niveaux d’agression immédiatement après le film, lors de relations sexuelles homme-femme plus d’ailleurs que lors de celles entre hommes[5]. Se fondant sur d’autres recherches faites à partir d’entretiens, Diana Russell a, de son côté, considéré que la pornographie peut être un facteur dans la prédisposition de certains hommes envers le viol ou le désir de viol. Mais aussi dans le fait que la pornographie peut lever quelques inhibitions sociales vis-à-vis des passages à l’acte[6].

Cependant, dans une étude de 1991 effectuée en quatre pays différents, Kutchinsky a montré que cette théorie ne trouve pas de fondements empiriques, en tout cas pas la relation causale entre pornographie et viol. Il dit ceci : « the development of rape and attempted rape during the period 1964-1984 was studied in four countries: the U.S.A., Denmark, Sweden and West Germany. In all four countries there is clear and undisputed evidence that during this period the availability of various forms of pictorial pornography including violent/dominant varieties (in the form of picture magazines, and films/videos used at home or shown in arcades or cinemas) has developed from extreme scarcity to relative abundance. If (violent) pornography causes rape, this exceptional development in the availability of (violent) pornography should definitely somehow influence the rape statistics. Since, however, the rape figures could not simply be expected to remain steady during the period in question (when it is well known that most other crimes increased considerably), the development of rape rates was compared with that of non-sexual violent offences and nonviolent sexual offences (in so far as available statistics permitted). The results showed that in none of the countries did rape increase more than nonsexual violent crimes. This finding in itself would seem sufficient to discard the hypothesis that pornography causes rape »[7].

Également, s’appuyant sur une étude de 1996 qui mettait en corrélation des agresseurs sexuels avec la consommation de pornographie et qui comparait aussi cette population avec des consommateurs “normaux”, Bauserman a affirmé que : « rape rates are not consistently associated with pornography circulation, and the relationships found are ambiguous »[8]. Il s’est notamment aperçu que les criminels sexuels n’avaient pas eu, lors de leur enfance ou adolescence, une consommation de pornographie plus élevée que celle de la population générale des hommes qui en consommaient. On peut ainsi seulement conclure que la consommation de pornographie affecte de manière très différente des hommes très différents et qu’en aucun cas on ne peut prouver que la pornographie peut être l’une des causes des viols ou des agressions sexuelles.

Malgré cela, en 1997, O’Toole et Schiffmann soutenaient, pour leur part, que la pornographie constitue une atteinte aux droits des femmes au même titre que « la déshumanisation, l’exploitation sexuelle, la prostitution et la violence physique »[9]. Pour ces auteurs, sans aucun doute, la consommation assidue de la pornographie mène à la violence sexuelle, en partie parce que ces mises-en-scène, comme le disent aussi Schlesinger et Revitch, s’appuient sur « des réactions positives des victimes », une sorte de complicité forcée[10]. Ainsi, selon Odem et Clay-Warner, étant donné que dans la plupart de la production pornographique, les femmes semblent jouir de la violence et des attitudes dégradantes envers elles, les hommes peuvent passer à croire, à tort, que les femmes non seulement approuvent mais désirent une telle violence sexuelle[11].

Porn3-480x320La Violence masculine contre la propre sexualité.

Par ailleurs, tous les autres psychologues ayant étudié ces questions ont observé que la consommation fréquente ou compulsive de pornographie influence considérablement les changements d’attitude des hommes vis-à-vis de la sexualité (plus qu’envers les femmes) et que ces changements allaient, en général, dans le sens de plus en plus de violence, mais pas forcément dans le sens des viols ou de violences à autrui. Il s’agit plutôt d’une violence que le sujet porte déjà en lui et qui ne s’applique pas forcément à des actes violents contre les femmes, mais contre sa propre sexualité à lui. Car il y a une différence très importante à établir entre sexualisation de la violence (le sujet criminel), images sexuelles violentes (la pornographie hard) et violence contre la propre sexualité (le sujet pornomane courant et évidemment non-criminel). Ainsi, dans l’étude conduite en 1996 par Kimmel et Linders dans six villes des USA, ils n’ont pas trouvé un rapport conséquent entre consommation de magazines porno et augmentation du nombre de viols. En revanche, leurs résultats semblent indiquer que les éventuels effets néfastes d’une sur-consommation de pornographie (comme les viols) se trouvent plutôt dans une sexualisation de la violence qui provient d’autres facteurs que de la pornographie elle-même[12].

Il me semble alors que le consommateur banal de pornographie, qui est non-violent, qui se situe très loin du profil du violeur ou de l’agresseur sexuel et qui reste toujours respectueux des femmes, est, en revanche, de par sa sur-consommation de pornographie et de par sa masturbation compulsive, soumis à une autre violence, une violence de plus en plus élevée contra sa propre sexualité. Cela est conforme avec les tendances à la fétichisation, à la marchandisation et à la compulsion de la sexualité dans la société occidentale actuelle.

L’excellent travail du sociologue Richard Poulin, de l’Université d’Ottawa, cite d’autres sources qui vont également dans le même sens[13]. Pour lui, « non seulement le capitalisme libéral est-il devenu un nouveau régime libidinal faisant la promotion d’un nouvel imaginaire sexuel, basé sur l’érotisation outrancière et la consommation sexuelle, mais il y a un nouveau régime des images. Ce régime d’images, fixes ou animées, s’avère de plus en plus dégradant, extrême et violent tant psychiquement que physiquement […] Des femmes prises par trois hommes, puis quatre, puis cinq, puis jusqu’à six en même temps ! Des gang bang où des dizaines, voire des centaines d’hommes pénètrent de toutes les façons possibles une femme et éjaculent sur elle, de préférence sur sa figure. La pornographie déréalise les atrocités qu’elle engendre »[14]. Et l’auteur de dénoncer, dans ce capitalisme post-68 (qui équivaut dans certains pays à un socialisme libéral), une impressionnante marchandisation du désir, c’est-à-dire « la métamorphose des fantasmes sexuels en transactions commerciales ». Il s’agit là, sans aucun doute, d’un mouvement anthropologique à grande échelle, dans le monde occidental, qui conduit à l’enfermement de la sexualité dans des rapports totalitaires de sujétion, de déshumanisation et de violence.

À cet égard, en 1992, Anthony Giddens vient à se demander encore une fois s’il ne faut pas en conclure, « comme certains n’ont pas hésité à le faire, que la pornographie n’est que la théorie et le viol la pratique ? »[15]. Et il répond par le fait que, plus il y a une dissolution des différences sexuelles et des rôles marqués entre les hommes et les femmes et que, de ce fait, moins il y a une véritable complicité des femmes avec les hommes contrairement à jadis, plus il y des réactions violentes des hommes contre les femmes. Au sein de ces actes, la violence sexuelle et la pornographie serviraient alors aux hommes à reprendre anthropologiquement le pouvoir sur les femmes. Ainsi, il nous dit que « aujourd’hui, si l’on excepte les situations de guerre, les hommes sont peut-être plus violents envers les femmes qu’ils ne le sont entr’eux ». Il s’agirait, pour l’auteur, de tout faire pour contraindre la sexualité féminine à demeurer épisodique. Et, « il s’ensuit que la littérature pornographique, ou du moins une grande partie de cette dernière, fait partie intégrante d’un système hégémonique de domination, la violence sexuelle constituant alors un appui indirect de ce dernier » (Giddens, pp. 153-154).

Il est vrai que la thèse de Giddens est tout à fait possible, bien qu’un peu exagérée et, en plus, idéologiquement induite par le féminisme ambiant. Plus avant, il faudrait bien définir les éléments, si variés et si hétérogènes, qui sont trop facilement associés à cette idée. Car, en suivant cette thèse, on pourrait rapidement glisser vers les supputations extrémistes des féministes les plus radicales comme c’était le cas d’Andrea Rita Dworkin, qui prônait sans ambages, en 1981, que toute pornographie est la théorie justifiant les viols des hommes contre les femmes[16]. Faut-il voir dans la radicalité des thèses de Dworkin sur la relation entre cinéma porno et viol une rationalisation de sa problématique personnelle ? Ceci, dans la mesure où elle-même avait été agressée sexuellement par un inconnu, à l’âge de 9 ans, dans une salle de cinéma[17]. Et, comment faire, dans ce cas-là, pour ne pas être soumis à un éventuel conflit émotionnel d’intérêts ?

D’autant plus que l’on peut également considérer la thèse inverse. À savoir que la pornographie peut aussi calmer, inhiber, canaliser… les tendances aux passages à l’acte violents. Ainsi, par exemple, selon D’Amato, en 2006, « the incidence of rape in the United States has declined 85% in the past 25 years while access to pornography has become freely available to teenagers and adults. The Nixon and Reagan Commissions tried to show that exposure to pornographic materials produced social violence. The reverse may be true: that pornography has reduced social violence »[18]. Dans la même veine, pour Milton Diamond, on ne peut pas trouver de véritables correlations entre la pornographie extrême et les violences envers les femmes. Il affirme, en effet, que « there was no detectable relationship of the amount of exposure to pornography and any measure of misogynist attitudes. No researcher or critic has found the opposite, that exposure to pornography – by any definition – has had a cause and effect relationship between exposure to SEM [sexually explicit materials] and ill feelings or actions against women. No correlation has even been found between exposure to porn and calloused attitudes toward women »[19].

La Violence féminine : sexuelle et sexiste.

En outre, on sait que le féminisme, la haine des hommes et les restrictions contre la sexualité masculine, ne sont pas des remparts efficaces contre la violence sexuelle, loin de là. D’autant plus que les viols et les violences en général contre les femmes et contre les enfants ne sont pas le monopole des hommes. Plusieurs études sociologiques, épidémiologiques, psychiatriques et même la clinique psychanalytique quotidienne nous montrent à quel point la violence contre les femmes peut exister entre des femmes rivales pour un homme, comme aussi bien dans les couples de lesbiennes par exemple. À ce propos, selon Giddens, « il est en effet extrêmement fréquent que les femmes exercent des violences physiques sur leurs conjoints au sein du foyer, et la violence semble être un trait se rencontrant relativement souvent dans les relations lesbiennes […]. Diverses enquêtes portant sur la violence sexuelle féminine aux États-Unis décrivent ainsi des cas parmi les femmes de viol lesbien, de passages à tabac, d’agressions au moyen de pistolets, de couteaux et d’autres armes susceptibles de tuer »[20]. En outre, beaucoup de magazines féminins érigent comme nouvelles normes des pratiques sexuelles fétichisées, lesquelles sont associées à des fantasmes sexuels violents, et vantent les mérites des produits de l’industrie porno : films, sextoys, jeux de rôle, accessoires sadomasochistes, etc.[21] Sans aucun doute, comme le dénonce Michela Marzano, la pornographie est devenue extrême[22]  et son utilisation compulsive, y compris chez quelques types de femmes, surtout celles qui sont radicalement affranchies des relations familiales traditionnelles, de l’idéal conjugal ou de l’orientation hétérosexuelle exclusive.

Toutefois, pour soutenir un peu malgré tout la thèse de Giddens, mais en utilisant d’autres arguments que ceux des féministes extrémistes, on pourrait prendre comme exemple le cas de la Suède actuelle. La Suède est l’un des pays les plus féministes au monde et l’un des pays où il y a le plus d’indétermination sexuée dans l’éducation et dans la culture et, pourtant, c’est aussi paradoxalement l’un des pays avec les taux les plus élevés au monde de violences contre les femmes. Le féminisme suédois n’a pas réussi a éliminer la violence contre les femmes et on pourrait se demander jusqu’à quel point il l’a, au contraire, involontairement favorisé ou attisé.

Pornographie et psychopathologie de la sexualité.

Cependant, il nous semble que l’argument de l’association pornographie-viol n’est pas suffisant pour expliquer le lien entre pornographie et psychopathologie de la sexualité. Loin de verser dans une complainte féministe, nous considérerions plutôt que la relation pornographie-violence sexuelle (violence psychique, s’entend, et non pas viol) n’est pas vraiment l’exercice d’une supposée “domination masculine”, mais bien une réaction masculine (et féminine) contre la tendance actuelle, dans le monde occidental, à la compulsion sexuelle aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Inconsciemment, les hommes ne supporteraient pas qu’eux-mêmes et les femmes deviennent, tous les deux, hyper-dépendants des formes compulsives de la sexualité.

Même si l’on ne trouve pas des preuves pour valider l’argument de la relation entre pornographie et violences sexuelles, il faut bien dire que la consommation de la pornographie n’est pas sans conséquences (très négatives) sur la sexualité. La pornographie peut rendre le sujet qui en consomme assez violent contre lui-même, c’est-à-dire violent contre sa propre intimité, contre sa propre capacité à vivre la sexualité. C’est celui-là, à mon avis, le danger de l’hyper-consommation de pornographie.

Masturbation compulsive et troubles de la sexualité dans la pornomanie

compulsive-sexual-behaviourFantasmes d’inceste, masturbation compulsive et nymphomanie relative.

Chez Agathe, une jeune femme de 22 ans à l’esprit vif et brillant, les relations familiales étaient empreintes d’une forte connotation érotique, mais seulement au niveau d’un inceste fantasmatique. À part les angoisses concernant les relations avec les autres et notamment celles de séduction, cette jeune femme souffrait d’un grand sentiment d’infériorité, de graves découragements, de troubles de l’alimentation, d’explosions passionnelles et colériques, d’un caractère histrionique, toujours dans la provocation, dans la séduction et dans le conflit, ainsi que d’une vie sexuelle assez pauvre et en lien étroit avec la pornographie. Elle avait rencontré la sexualité assez tôt dans sa vie, d’abord, par la masturbation solitaire et compulsive, parfois après la consommation de films porno, lors de l’enfance, et, ensuite, par la première relation sexuelle ayant eu lieu à 12 ans.

Malgré sa personnalité hyper-sociable et tourné agressivement vers l’extérieur, cette jeune femme ne parvenait pratiquement pas à éprouver de désir sexuel sans l’aide de films porno. Son comportement sexuel était aussi dominé par les fantasmes pervers (très violents) trouvant seulement satisfaction dans les actes masturbatoires après le visionnage de films porno. La masturbation  solitaire pouvait même s’exercer lors de l’acte sexuel avec son partenaire, comme si elle pouvait se passer complètement de lui. À ce stade, une certaine nymphomanie, accompagnée d’une anesthésie vaginale et d’un sur-investissement clitoridien, se dessinait progressivement. Et la présence de la pornographie avait gagné des espaces importants de sa vie intime.

Ces troubles psychiques et sexuels, ou équivalents, se trouvent également présents chez les patients hommes qui sont pornomanes (c’est-à-dire, dépendants de la pornographie) ou masturbateurs compulsifs. La différence étant que, en plus de cette base symptomatique, les hommes développent d’autres symptômes plus en accord avec leur sur-consommation de pornographie.

3Troubles de l’érection et de l’éjaculation, masturbation compulsive et inhibition sexuelle.

Étienne, un jeune homme de 23 ans souffrait de troubles de l’érection, d’une insuffisance de désir sexuel, d’une difficulté à éjaculer ou, au contraire, d’une éjaculation précoce, d’un sentiment d’infériorité (illustrée entre autres par le fait de penser avoir un pénis trop petit), d’une inhibition presque permanente concernant la pénétration, d’une éjaculation toujours extérieure et d’une absence d’excitation pendant l’acte sexuel…

Ce patient avait développé une dépendance très importante vis-à-vis de la masturbation (plusieurs fois par jour), mais aussi de la masturbation non-mutuelle suivie d’actes sexuels et même de la masturbation solitaire post-coït. À tel point, que graduellement la masturbation solitaire (non mutuelle) avait pris beaucoup plus d’importance que l’acte sexuel à deux, jusqu’à devenir un accessoire de la pornographie. Toutes ses relations féminines étaient empreintes de fantasmes pornographiques, c’est-à-dire des fantasmes où la femme est dégradée et enfermée dans le rôle de jouet sexuel de l’homme. Le pire est venu pour Étienne lorsque la masturbation rencontra un blocage important, à cause de la profusion de fantasmes pervers très intrusifs en provenance de la consommation pornographique.

Ses fantasmes sexuels se sont, en partie, construits et alimentés sur la base d’un film porno visualisé à côté de sa mère endormie. Ayant partagé le lit de sa mère jusqu’à l’âge de 12 ans, c’est justement à cette période qu’Étienne voit un film dans le lit où dormait sa mère à côté de lui. Il eut des sensations érotiques qu’il n’avait pas ressenti auparavant et, très excité, est allé dans sa chambre pour se masturber. Les images de ce film inaugural restent gravées dans sa tête et se répercutent à chaque fois qu’il fait une nouvelle rencontre érotique. Dans le film, il s’agit d’une femme aux formes généreuses, une employée de maison, qui couchait avec les deux parents séparément mais aussi avec l’adolescent du couple. À la fin, ils faisaient l’amour tous les quatre.

Le film porno peut figurer une sorte de projection de fantasmes en provenance de l’ambiance sexuelle du couple parental qui déborde sur l’enfant. À cela s’ajoute la solitude érotique de la mère et la relation étroite et intime de la mère avec l’enfant (le partage du lit) qui renforce l’ambiance d’un inceste fantasmatique. Mais, au lieu de glisser vers un acte incestueux, l’enfant préfère tourner sa sexualité solitaire vers le film porno. C’est ainsi que la masturbation put devenir compulsive et Etienne accroché à la pornographie. D’un côté, la masturbation représenterait dans ce cas une sexualité qui ne peut pas, qui ne doit pas, s’accomplir (l’inceste) et, d’un autre côté, la pornographie se substitue aux fantasmes incestueux assez insupportables et en provenance de l’intimité de sommeil partagée avec la mère. Mais, qu’est-ce qu’on peut dire sur la place du père dans ce système?

Son père avait eu beaucoup de maîtresses et traitait les femmes avec condescendance, avec un profond mépris et une claire agressivité y compris (ou encore plus) la mère de mon patient. À cet âge, son père lui a même présenté, en cachette, l’une de ses maîtresses clandestines lui faisant comprendre qu’il ne fallait rien dire. La réalité reprena un peu la mise-en-scène du film et Etienne ressenti que son père lui avait transmis sa culpabilité concernant la sexualité. Ainsi que la contrainte morale de réaliser la sexualité à plusieurs, selon une procédure pornographique, à savoir celle où les femmes sont et restent des jouets sexuels des hommes.

Du coup, l’une des formations de compromis qu’il s’est construit réside dans la sublimation de l’objet féminin et dans la sublimation de l’amour, grâce à un excessive idéalisation des femmes. Sauf que de ce procédé érotique se dégage cependant un véritable ravalement de la vie amoureuse à la mode freudienne. Du côté de l’amour, il y a une excessive idéalisation débouchant sur une sublimation exacerbée. Du côté du désir, il y a des fantasmes pornographiques, dans une ambiance incestueuse, qui le paralysent sexuellement et qui ne lui accordent qu’une masturbation solitaire, compulsive. Comme si le sexe et l’amour cohabitaient dans des chambres séparées.

À la base de son inhibition sexuelle, le sentiment d’infériorité, qui s’illustre par l’idée d’avoir un petit pénis, possède, chez Étienne, une double source : d’abord, la masturbation initiatique en groupe et, ensuite, la mise en scène hard d’un film porno de l’enfance où plusieurs hommes prennent violemment une femme. L’infériorité serait celle de la femme du film et aussi celle d’un sujet ayant un pénis trop petit pour participer à la scène. En outre, le film avait appartenu à une femme proche de la famille, réputée pour être nymphomane, et pour cela implicitement séduisante aux yeux de l’enfant, mais, paradoxalement, complètement soumise à un seul homme. Le système compulsif touchant la sexualité chez ce jeune patient peut se résumer dans la série suivante : relations de domination-soumission hommes-femmes, position de tiers spectateur de l’enfant, sentiment d’infériorité du soumis, débordement de la sexualité des adultes par séduction implicite, sur-excitation anxio-sexuelle, masturbation anxiolytique, éjaculation libératoire. Nous ne parlons pas ici d’une relation sexuelle, mais d’une activité sexuelle solitaire chez un enfant, ou chez un adolescent, devant la scène sexuelle, réelle ou mise-en-scène, des adultes. La position de tiers-spectateur de l’enfant semble être une des clefs pour mieux comprendre ce système.

Asexualité relative, masturbation compulsive et déclin de la sexualité.

Patrick, un jeune homme de 28 ans, avait souffert d’une asexualité temporaire bien que persistante qui a duré plusieurs années, de troubles de l’érection, de défaillances du désir sexuel et, paradoxalement, d’une masturbation compulsive depuis l’enfance. On trouvait aussi chez lui un ravalement freudien de l’amour : dissociation entre le désir et l’acte sexuels, d’une part, et l’amour et la tendresse, d’autre part. Ainsi, ayant contesté fortement un père fort dominateur, toujours très infidèle, clairement misogyne et ne voulant surtout pas lui ressembler, Patrick ne parvenait pas à être l’homme qui domine les femmes.

Il a fini par se rendre compte que sa dissociation amour-désir et son asexualité n’étaient qu’une rébellion revêche contre la posture et les discours de son père lors de son enfance, mais qui avaient cours encore. Le discours et l’exemple de son père véhiculaient les éléments suivants : extrême valorisation des conquêtes féminines, exercice obscène du pouvoir masculin, apologie de l’infidélité, virilité exagérée et mal placée, dégradation des sentiments amoureux et critique acharnée contre la construction du couple.

La masturbation compulsive et clandestine (plusieurs fois par jour) est devenue la première “rivale” pour le couple qu’il formait avec sa copine. Même si la masturbation récurrente de Patrick était secrète, sa copine le ressentait inconsciemment, puisqu’elle rêvait fréquemment que « quelqu’un près d’elle » se masturbait pendant la nuit et elle entendait des bruits, des frictions, des gémissements… aussi sourds que solitaires. Sa copine avait développée une véritable phobie de l’activité masturbatoire de Patrick, exactement l’équivalent opposé à l’amour fétichisé qu’il lui professait. Sauf que, derrière la masturbation compulsive, se profilait une autre “rivale” du couple, une “rivale” beaucoup plus dangereuse car insidieuse et diablement puissante : la pornographie, dont il était sous la dépendance depuis son enfance.

Le problème le plus grave pour Patrick est venu lorsque la pornographie a commencé à se suffire à elle-même car, selon lui, cela l’a empêché de faire l’amour pendant des années. Dans un stade assez avancé, la pornographie produisit une excitation directe qui semble être plus forte que celle qu’il put éprouver pour sa copine, d’autant plus que celle-ci était aussi inhibée sexuellement que lui. Et la masturbation récurrente vint prêter un service très utile à la pornographie pour parvenir à cet état de fait. Mais c’est surtout lorsque Patrick atteignit le stade où la pornographie se dissocia complètement de tout acte sexuel que le danger d’une autonomisation totale de la pornographie, y compris vis-à-vis de la masturbation, put être réalisé. Le déclin de la sexualité fut atteint lorsque la pornographie devient compulsive et complètement dissociée même de la masturbation. L’activité porno devint alors comme une addiction à un jeu virtuel, comme une addiction à un jeu informatique. Patrick laissa tomber l’acte pour ne faire régner que le monde des images et du fantasme.

Devant un tel tableau, il s’agit pour Patrick, d’abord, de désidéaliser l’amour excessif pour sa copine, pour pouvoir finalement la prendre comme un réel objet sexuel, sans pour autant courir le risque de devenir “macho” comme son père. Fort de cette expérience, il s’agit ensuite de réintégrer sans ambages les plaisirs de la masturbation (mutuelle) dans l’acte sexuel avec elle.

Facteurs familiaux.

La problématique essentielle à la base de la pornographie consommée par les enfants ou par les adolescents est que la sexualité des adultes déborde, à un moment ou à un autre, sur eux. Et ceci, dans tous les sens du terme. Il y a la sexualité de chaque parent pris séparément, la sexualité du couple parental réel, la sexualité du couple parental fantasmé dans l’ambiance incestueuse familiale, la sexualité d’un Autre adulte (homme ou femme) ayant un commerce illicite avec l’un des parents et qui, par ce biais détourné, séduit implicitement l’enfant. Sans parler de la “sexualité” violente et perverse des films porno qui “forment” l’enfant tout en le faisant fantasmatiquement déborder de ses propres limites.

On peut décrire assez facilement les familles que la plupart sinon tous les patients dépendants de la pornographie et de la masturbation compulsive peuvent avoir. On peut repérer un père “trop” viril, c’est-à-dire un père avec un discours et des actes “trop” sexualisés concernant l’Autre sexe. Il s’agit d’un père dominateur, parfois violent, ayant de multiples femmes, avec parfois plusieurs enfants de plusieurs femmes et une relation un peu distante vis-à-vis de son enfant.

Lors de leur enfance, ces patients ont eu une mère “trop” soumise ou perdue, confrontée à des déchirures importantes dans sa vie amoureuse, souffrant en silence et, vivant sans aucun autre homme après son divorce, presque coupée du plaisir conjugal ou sexuel. Pour tout cela, les mères de ces patients sont avec eux intrusives, possessives et involontairement ou secrètement séductrices.

Également, dans la plupart de ces cas, le couple parental a rompu très tôt, parfois lors de la prime enfance du sujet. Et cela a renforcé l’ambiance incestueuse de certains fantasmes débouchant même sur un vécu sexuel infantile très heureux. En effet, tous ces patients ont la particularité d’avoir découvert la sexualité avec un ou une autre enfant étant encore petits, et de l’avoir éprouvée de façon épanouie (avec désir, avec plaisir et sans aucun blocage) à cette époque.

Description de la pornomanie.

Sans aucun doute, en suivant la plupart des travaux cités et déduisant ce que nos cas cliniques nous apprennent, on peut affirmer que la pornographie est particulièrement dangereuse et néfaste dans la mesure où elle constitue une véritable escroquerie. Car elle profite de sa ressemblance avec la sexualité pour s’y substituer. En effet, la pornographie ressemble à la sexualité, mais n’en est pas une. En n’étant pas une sexualité mais se posant malgré tout comme telle, l’industrie pornographique introduit alors un artefact qui devient de plus en plus complice ou en adhérence avec la sexualité. Il s’agit de mises-en-scène, à haute connotation fantasmatique, qui vampirisent graduellement la possibilité même du vécu sexuel. Ressemblant à la sexualité et s’en étant progressivement introduit dans le vécu intime du sujet par une vampirisation du désir, de l’exécution et de la jouissance, la pornographie peut alors passer à sa dernière phase manipulatrice qui est celle de se substituer presque totalement à la sexualité.

Comme le soutient le psychiatre Jean-Claude Matysiak, certains fantasmes sexuels, parfois violents, « que le sujet, consciemment, réprouve et auxquels il ne souhaite pas s’adonner dans la réalité », tels que « le crime pédophile, le viol, entre autres, peuvent s’accomplir virtuellement »[23] , grâce justement à la pornographie. Mais, comme l’alcoolisme n’est pas à reprocher à la bouteille de whisky mais à son utilisation exagérée et incontrôlée par le sujet alcoolique, de même, on ne peut pas reprocher outre mesure à la production pornographique la sexualité compulsive, violente ou inhibée. Aussi bien la pornographie que les excès de l’addiction sexuelle, ou ses empêchements, ce sont tous les deux des conséquences, ou des nouveaux symptômes, dérivant d’un processus pathogène tiers qu’il s’agit d’isoler, de décrire et d’analyser.

Pour l’instant, je me limite à situer cette problématique que je rencontre chez plusieurs patients (hommes surtout) autour de ce qu’on peut appeler la pornomanie. Dans ce terme, il ne s’agit pas de la simple utilisation sporadique du matériel sexuellement explicite, mais bien plutôt d’une réelle addiction à la pornographie. Ainsi, la pornomanie, en tant qu’addiction sexuelle comporte la combinaison des éléments suivants : 1) une utilisation envahissante de la pornographie, 2) des fantasmes pervers violents et 3) des actes masturbatoires compulsifs.

Premièrement, l’usage de la pornographie s’étale et s’installe durablement dans la vie du sujet, au point d’envahir profondément ses activités imaginatives quotidiennes. Cela provoque un renforcement envahissant, une récurrence soutenue et une pornographisation des fantasmes sexuels. La conception psychologique de la sexualité devient progressivement violente, désaffectée, froide, déconnectée d’un désir dialectique avec les motions représentées par l’Autre sexe. Le sujet devient trop masculin (ou trop féminin), c’est-à-dire coupé de la relativité dialectique nécessaire à la rencontre avec l’Autre sexe. Le sujet se perçoit lui-même comme une machine à sexe et perçoit l’autre seulement (ou à l’excès) pratiquement comme un outil sexuel. Le sujet quitte la subjectivité pour se fondre dans la peau d’un personnage lequel ne fonctionne que comme un écran identitaire. La pornographisation veut alors dire que l’identité du sujet est doublée par ce personnage-écran qu’il est désormais devenu.

Deuxièmement, la tonalité des fantasmes sexuels initiaux commence à changer sensiblement. Non seulement ils deviennent de plus en plus récurrents et envahissants, comme on vient de dire, mais ils se précisent de plus en plus sous des multiples formes violentes. Les fantasmes sexuels deviennent clairement pervers et polymorphes, c’est-à-dire variés en termes de mises-en-scène mais avec une gradation constante de violence grandissante. Selon les cas, l’on peut observer des fantasmes exhibitionnistes, échangistes, fétichistes, sadomasochistes, mais aussi des fantasmes pédophiles, de viols, etc. Le caractère le plus important, à part celui de la violence grandissante, est le fait que les fantasmes deviennent stéréotypés, c’est-à-dire fixés à une signification très réduite, très personnelle et très secrète de domination ou de victimisation.

Troisièmement, l’activité masturbatoire devient compulsive et quitte graduellement le champ du plaisir pour se loger dans un rôle d’hyper-analgésique ou d’hyper-anxiolytique. Autrement dit, le sujet a un recours constant à la masturbation pour contrer ses angoisses les plus importantes et les plus récurrentes. Il perd le contrôle qu’il avait jadis sur le désir, sur l’angoisse, sur les autres affects, sur la satisfaction, sur le plaisir, sur la douleur et sur la jouissance sexuelle. Il s’isole et s’enferme progressivement dans la masturbation, perdant le contact avec le partenaire et parfois aussi avec le lien social. La masturbation compulsive est ainsi fétichisée et se substitue dangereusement à la sexualité à deux.

De par la masturbation compulsive qui devient dépendante de la pornomanie et de par une substitution graduelle de la pornographie au vécu sexuel, le sujet passe souvent à souffrir d’une inhibition, d’un enfermement voire d’un déclin de sa sexualité. Ce phénomène, qui constitue la véritable violence de la pornographie chez les pornomanes courants, est sensiblement visible dans les symptômes que mes patients m’amènent.

Conclusions

Si la pornomanie est un grave trouble de la sexualité, c’est parce que cette activité coupe le sujet de sa relation à l’Autre sexuel tout en l’enfermant dans un monde de fétiches desquels il n’est pas souvent en capacité de se libérer. Dans certains cas, la pornomanie provoque une masturbation de plus en plus pauvre, vécue complètement disjointe de l’acte sexuel et disparaissant presque au profit de la pure activité pornographique. L’un des effets pathologiques de la pornomanie se trouve dans le fait qu’elle produit une incidence très importante et des plus négatives sur la masturbation. Elle fait que la masturbation, d’abord, devienne hypertrophiée, c’est-à-dire qu’elle gonfle de façon monstrueuse ; ensuite, qu’elle devienne indépendante du reste de la sexualité, voire de l’acte sexuel à deux ; et, finalement, qu’elle devienne compulsive et ainsi hyper-dépendante de la pornographie.

Autrement dit, le point plus particulièrement pathologique émerge lorsque le sujet, par exemple, fait dépendre les conditions psychiques sexuelles (fantasmes masturbatoires) vis-à-vis de l’adhérence pornographique tout en substituant partiellement, ou complètement, la sexualité au profit de cette dernière. Si, au début, elle n’était qu’un levier fantasmatique et auxiliaire de la masturbation solitaire ou mutuelle, lorsque l’on parvient à ces extrêmes, la pornographie peut couper sensiblement, ou totalement, le sujet du libre vécu de sa sexualité.

Ce n’est pas du tout, évidemment, le cas de l’ars erotica, de la nudité érotique et de la représentation intime des femmes dans la photographie, le théâtre, la vidéo ou le cinéma, où la narrative proposée à l’interprétation prête au jeu mental et sensible lequel devient de ce fait, au-dessus de tout, créatif. Ces éléments artistiques apportent ainsi des ponts imaginatifs et rêveurs entre ce qui permet la signifiance et ce qui échappe toujours au sujet comme fondement de son désir. L’érotisme est un allié évocateur et sensuel du désir alors que la pornographie est une violence et un esclavage du pulsionnel qui se travestissent en jouissance sexuelle.

La thérapeutique consiste alors à lutter, coûte que coûte, d’abord, pour une libération de la masturbation vis-à-vis de la pornographie, ce qui peut passer par une abstinence importante, et ensuite, nous devons oeuvrer pour une diminution radicale de la consommation de pornographie, jusqu’à parvenir à son bannissement total. Pendant ce temps, la sexualité peut rester encore éteinte mais le désir peut ressurgir libéré des attaches pornographiques.

Il me semble enfin qu’au lieu d’établir une éducation égalitariste et confusionnelle, il conviendrait mieux une éducation marquant très clairement les spécificités et les différences de chaque sexe dans les rôles les plus cruciaux de la vie intime tels que la famille, le couple, l’amitié, l’amour et la sexualité.

Nous savons que hommes et femmes rencontrent bien un jour de grandes difficultés à comprendre l’autre sexe concernant les questions d’érotisme, amour et sexualité. Toutes ces questions liées à la séduction, à la formation des couples, au maintien des relations d’amour, aux ruptures et réconciliations, etc., doivent être apprises, parfois très mal, souvent très tard et avec un grand coût d’incompréhension. Car cela est fait de façon trop empirique et en fonction de coups durs de la vie amoureuse, donc en se faisant du mal à soi-même et souvent à l’autre de manière presque inutile.

Nous devons, au contraire, redessiner les contours et l’essence de chaque sexe plutôt qu’à confondre les enfants, les adolescents et même les adultes avec une prétendue “égalité”, une “relativité” confuse ou une fausse “indétermination” entre les sexes. Plus que jamais, nous avons besoin d’une famille, d’une éducation scolaire et d’un lien social qui s’appuient sur la différence sexuelle.

Notes

1 LACAN, Jacques, Le Séminaire, Livre XX : Encore, p. 75.

2 LACAN, Jacques, Le Séminaire, Livre VI : Le désir et son interprétation, p. 512.

3 MORGAN, R., « Theory and practice: Pornography and rape », In : L. LEDERER (Ed.), Take back the night, William Morrow, New York, 1980, p. 128.

4 FESCHBACH et MALAMUTH, Feshbach, Seymour, and N. Malamuth. “Sex and Aggression: Proving the Link.” Psychology Today, December 1978, pp. 111–22.

5 DONNERSTEIN, Edward, « Pornography and Violence against Womene: Experimental Studies », Annals of the New York Academy of Sciences, Volume 347, Forensic Psychology and Psychiatry, June 1980, pp. 277–288.

6 RUSSELL, Diana, Dangerous Relationships: Pornography, Misogyny and Rape, Mills College, Oakland,1998, p. 121.

7 KUTCHINSKY, B., « Pornography and rape: theory and practice? Evidence from crime data in four countries where pornography is easily available », Int Jounal Law Psychiatr,. Vol. 14 (1-2), 1991, pp. 47-64.

8 BAUSERMAN, R., « Sexual aggression and pornography: A review of correlational research », Basic and Applied Social Psychology, Vol. 18 (4), 1996, pp.: 405-427.

9 O’TOOLE, L. L., & SCHIFFMAN, J. R. (éds.), Gender violence: Interdisciplinary perspectives, New York University Press, New York, 1997, p. 388.

10 SCHLESINGER et REVITCH, Sexual Dynamics of Anti-Social Behavior, 2e édition, Charles C. Thomas Publisher, Springfield, 1997.

11 ODEM and CLAY-WARNER, Confronting rape and sexual assault, Scholarly Resources Inc., Wilmington, 1998.

12 KIMMEL M. S., et LINDERS, A., « Does Censorship Make a Difference? An Aggregate Empirical Analysis of Pornography and Rape », Journal of Psychology and Human Sexuality, Vol. 8, 1996, pp. 1–20. Cf. aussi, BAUSERMAN, R., « Sexual aggression and pornography: A review of correlational researc », Basic and Applied Social Psychology, Vol. 18, 1996, pp. 405-427.

13 POULIN, Richard, La Violence pornographique, industrie du fantasme et réalités. Yens-Sur-Morte, Cabédita.

14 POULIN, Richard, La Tyrannie du nouvel ordre sexuel. Sisyphe.

15 GIDDENS, Anthony [1992], La Transformation de l’intimité. Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes, Le Rouerge/Chambon, Rodez, 2004, p. 152.

16 DWORKIN, Andrea, Pornography : men possessing women, Perigee Books, New York, 1981.

17 VINER, Katharine, « She never hated men », The Guardian, 12 avril 2005.

18 D’AMATO, A., « Porn up, rape down », Northwestern Public Law Research, Paper No. 913013, June 2006.

19 DIAMOND, Milton, « Pornography, public acceptance and sex related crime: A review », International Journal of Law and Psychiatry, Volume 32, Issue 5, September–October 2009, pp.: 304-314.

20 GIDDENS, Anthony, La Transformation de l’intimité, p. 154. On peut consulter : LOBEL, Karay, Naming the Violence : Speaking Out About Lesbian Battering (New Leaf Series), Seal, Seattle, 1986.

21 POULIN, Richard, Sexualisation précoce et pornographie, La Dispute, coll. Le Genre du monde, 2009.

22 MARZANO, Michela, Malaise dans la sexualité. Le piège de la pornographie, Jean-Claude Lattès, Paris, 2006.

23 MATYSIAK, Jean-Claude, « L’Addiction sexuelle », Les Nouvelles addictions, Scali, Paris, 2007, p. 126.

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