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German ARCE ROSS. Paris, le 1er octobre 2017.

Référence bibliographique (toute reproduction partielle, ou citation, doit être accompagnée des mentions suivantes) : ARCE ROSS, German, « Les Ruines psychiques parmi les objets du deuil et du design », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2017.

Psychic Ruins among the Objects of Mourning and Design

The problem of mourning is that the loss of the object produces the splitting of the loved object into a waste object or into an object of ruin, on the one hand, and into ruined love, on the other.

This object formerly loved, reduced to the status of an object of ruin but still love, becomes the vestige of the love of an age. Such a vestige of what has been comes to haunt love that must cease to be associated with it.

We have then, on the one hand, the secondary, yet no less material, relics of the lost object, and, on the other hand, what has been but remains alive, despite the absence of the object .

The work of mourning means that, between the vestiges or the psychic traces of the lost object and the libidinal attachment which remains to them correlated, new objects are created in order to eliminate the affective association which no longer exists. Thus, between the vestiges of the loss and the absence of the object, there are the objects of the mourning.

Las Ruinas psíquicas entre los objetos del duelo y del design

El problema del duelo es que la pérdida del objeto produce la división del objeto amado en un objeto inútil o en un objeto de ruina, por un lado, y en amor arruinado, por el otro.

Este objeto anteriormente amado, reducido al estado de objeto de ruina pero aún amado, se convierte en el vestigio del amor de una época. Tal vestigio de lo que ha sido viene a atormentar al amor que debe dejar de estar asociado con él.

Tenemos así, por un lado, las reliquias secundarias, aunque no menos materiales, del objeto perdido, y, por otro lado, lo que ha quedado vivo, a pesar de la ausencia del objeto .

El trabajo del duelo significa que, entre los vestigios o las huellas psíquicas del objeto perdido y el apego libidinal que les queda correlacionado, se crean nuevos objetos para eliminar la asociación afectiva que ya no tiene lugar. Así, entre los vestigios de la pérdida y la ausencia del objeto, están los objetos del duelo.

Les Ruines psychiques parmi les objets du deuil et du design

On débute toujours un deuil dans la mesure où on se trouve sans objet. Mais, paradoxalement, il n’y a pas de deuil sans objet. Tout processus de deuil normal, pathologique ou anticipé, s’effectue sur la base inévitable d’un objet perdu, à perdre ou en déperdition. Et ce qui est curieux, c’est que le deuil s’appuie sur une série d’objets pour symboliser l’absence de l’objet aimé.

Un tel paradoxe est possible car, parfois sans transition, la perte impose au sujet désirant une disjonction entre l’objet d’amour et l’attachement affectif, ou l’investissement libidinal, qui lui est corrélé. Cela produit donc une dissociation entre l’objet de la perte et l’attachement qui devient contrarié. L’objet extérieur est peut-être perdu mais l’objet psychique demeure présent. Le premier est un objet absent tandis que le second est l’absence elle-même, en tant qu’objet psychique nouveau. Autrement dit, pour dépasser la problématique de l’objet absent, le sujet s’appuie sur un autre objet qui est l’absence elle-même.

Le problème du deuil est que la perte de l’objet produit le dédoublement de l’objet aimé, d’une part, en objet-déchet ou en objet de ruine et, d’autre part, en amour ruiné. Cet objet anciennement aimé —réduit au statut d’objet de ruine mais malgré tout encore aimé—, devient le vestige de l’amour d’une époque. Un tel vestige de ce qui a été vient hanter l’amour qui doit cesser de lui être associé. Nous avons ainsi, d’un côté, les vestiges secondaires, pourtant non moins matériels, de l’objet perdu, et, de l’autre côté, ce qui a été mais qui reste encore vivant, malgré l’absence de l’objet.

Le travail du deuil veut dire qu’entre les vestiges ou les traces psychiques de l’objet perdu et l’attachement libidinal qui leur demeure corrélé, sont créés de nouveaux objets pour faire disparaître l’association affective qui n’a plus lieu d’être. Ainsi, entre les vestiges de la perte et l’absence de l’objet, il y a les objets du deuil.

Objets et espaces topologiques du deuil sous transfert

Des Temps logiques aux espaces topologiques du deuil
Dans d’autres travaux, j’ai eu l’occasion d’étudier les diverses étapes qui composent le travail de deuil sous transfert. Ces étapes font émerger ou s’exercent sur des objets précis qu’on peut facilement identifier. Cependant, pour qu’un patient mette en place et mène à bien le travail de deuil — puisqu’on m’a posé cette question laquelle est devenue la raison du présent texte —, je n’ai à proposer, en tant que psychanalyste, aucun objet matériel ou physique, aucun objet extérieur, en dehors évidemment d’une parole encadrée par le déploiement de la problématique du sujet.

Cela étant dit, je peux témoigner que, côté analysant, il y a plusieurs objets psychiques, qu’ils soient intimes ou extimes voire même extérieurs, ou matériels, qui sont proposés, apportés, imposés et parfois directement fabriqués par les divers temps logiques du deuil. Ces objets, liés aux divers moments de la perte et produits, à quatre mains, par le travail du deuil transférentiel, finissent par être installés dans un réarrangement inédit du désir. En conséquence, les objets de chaque nouveau décor, ou de chaque réaménagement de l’espace, aussi bien que les personnages inconnus et placés dans de mises en scène inédites et renouvelées, scandent les temps logiques du travail de deuil et constituent le scénario novateur pour un design original du désir.

Comme l’ont avancé quelques psychanalystes et psychiatres, le temps et l’espace dominent en grande partie la profusion des signes, des troubles et des symptômes de la psychopathologie en général. À certains moments, ils peuvent aussi être combinés synchroniquement pour contribuer à la résolution des problématiques posées. Mais il y a aussi des cas où le temps et l’espace sont disjoints de façon diachronique ou topologique.

De façon générale, on considère également que c’est, en grande mesure, le temps qui aide à l’oubli des attachements liés au deuil avec le risque cependant qu’il ne se produise qu’une accommodation symptomatique tenant lieu de résolution factice. Dans ces cas, il se trouve parfois qu’on a négligé la problématique liée à l’espace. Ainsi, par exemple, Ludwig Binswanger, dans Le Problème de l’espace en psychopathologie (Binswanger, 1998), considère que, selon ses dispositions thymiques, un sujet peut osciller d’un élargissement trop important à un resserrement sans profondeur de l’espace, alors que, bien souvent, il faut à un moment ou à un autre localiser ou effectuer un véritable ancrage au coeur, ou au centre, du terrain pour le travailler. Les termes de planification, destruction, nettoyage du terrain, réutilisation des vestiges, construction, etc., comme dans l’architecture ou dans le travail du styliste ou du designer, peuvent tout à fait convenir à une description du travail de deuil sous transfert.

Nous pouvons parler de six types d’objets matériels, qui sont au fond psychiques, lesquels seraient intrinsèquement liés aux grandes étapes du travail de deuil spontané ou sous transfert. Le trois premiers types d’objet, à savoir les objets négateurs, les objets phobicisés et les objets fétichisés, oeuvrent soit pour une négation de la perte, soit pour un négation de la souffrance liée à la perte. Tandis que les trois derniers objets, c’est-à-dire les objets processuels, les objets sacrificiels et les objets novateurs, concernent au contraire l’affirmation de la souffrance de perte.

Objets négateurs

Les objets négateurs sont ou bien des masques de la réalité de la perte, soit des masques de la valeur affective de la perte.

Lors de l’instant d’absorption du choc émotionnel liée à la conscience de l’événement, il se produit souvent, tout d’abord, une tendance à refuser et à nier la réalité de la perte. Cet instant négateur est régulièrement suivi d’une phase dans laquelle se produit, assez rapidement, une décharge affective où pointe la première expression de la douleur psychique, dont le cri signe le ton inaugural de ce que seront plus tard les pleurs de chagrin.

C’est contre la douleur, qui risque de le déstabiliser profondément, que le sujet tente inconsciemment de se défendre en cherchant à commettre tout un tas d’actions diverses et parfois farfelues. Elles sont centrées autour d’objets variés de satisfactions substitutives, ou artificielles, qui ont le rôle de masquer la réalité de la perte.

Il s’agit ainsi, par exemple, d’objets matériels que le sujet se met à consommer, ou tout simplement accumule, lors d’achats excessifs et irrationnels, tels que des vêtements non nécessaires, des livres qu’il ne lira jamais, des objets de décoration les plus variés et incongrus. C’est-à-dire que le sujet se lance dans un programme de shopping inutile en choisissant aussi des objets qu’on consomme oralement mais de manière compulsive, comme l’alcool, les drogues, les aliments ou les médicaments calmants et euphorisants.

Aux dépenses compulsives et à l’alimentation perturbée et obsédante s’ajoutent également quelques objets psychiques qui sont clairement et momentanément négateurs de la valeur de la perte, tels que les actions inconséquentes et inadaptées à la situation de perte comme faire la fête, complimenter des personnes inconnues dans la rue, faire des blagues excessives, communiquer de façon trop expressive, et même pathétique, le sentiment triomphaliste qui envahit le sujet.

Ces objets négateurs de la perte sont les tout premiers objets qui préparent la base du travail de deuil, en ce sens qu’avant l’affirmation du vide et de l’absence, se situe la négation comme inversion logique de la perte. Malgré leur réaction opposante, les objets négateurs affirment involontairement et radicalement, dans la négation elle-même, la réalité de l’événement de perte.

Objets phobicisés

Entre les deux moments qui préparent le deuil, à savoir l’instant de négation de la perte et le cri de douleur, par où on expulse le contingent sensitif du choc émotionnel, on peut facilement observer également une nette mais relativement courte explosion de colère.

La colère peut éventuellement pousser le sujet endeuillé à accuser certaines personnes d’avoir été responsables de l’injustice de la perte (les médecins, par exemple). Mais le véritable objet de cette intense bien qu’éphémère colère —si elle a lieu en tant que moment inaugural du choc émotionnel–  reste, de préférence, tout ce qui peut évoquer ou représenter l’image de l’être aimé.

Dans certains cas, le sujet endeuillé peut s’acharner sur quelques objets représentant l’injuste abandon de l’être aimé qui laisse le sujet sans défenses face à sa terrible solitude. La colère peut, par exemple, prendre comme cible des objets d’utilisation quotidienne ayant appartenu mutuellement à l’être aimé et à l’endeuillé.

En effet, la colère est une décharge affective primaire et elle produit aussi, dans la réalité, un espace de décharge par où vont transiter les déchets représentant le cadavre réel du disparu. La colère pousse ainsi à jeter de manière impulsive, à détruire sans raison, à dégrader sans méthode, à casser et à supprimer de son entourage, sans ménagement, les personnes et mille et un objets, désormais, phobicisés, qui étaient, il n’y a pas si longtemps, au coeur de la relation avec le disparu.

La cible phobique est un moyen émotionnel à deux versants : d’un côté, il y a une tendance à se détacher des restes matériels qui évoquent le disparu. En même temps, d’un autre côté, ces mêmes objets, ou restes matériels, lui permettent de satisfaire de façon presque hallucinatoire la fantaisie de retrouver enfin le disparu.

En toute logique, d’ailleurs, la formule est, reste et sera celle valable pour la fin du deuil : d’une certaine façon, comme le dit Freud, rencontrer un nouvel objet d’amour n’est que retrouver l’objet perdu.

Objets fétichisés

Dans la mesure où il y a désormais une reconnaissance de la réalité de la perte et puisque l’apparition de celle-ci, pourtant dans le cadre d’un “oui, mais…”, devient une jouissance à exploiter, les objets négateurs et les objets phobicisés sont progressivement substitués par des objets fétichisés.

Grâce à la force d’une colère dirigée implicitement contre le disparu, l’endeuillé cherche inconsciemment à le retrouver, ou au moins à garder une trace inaltérable de celui-ci. Cette tentative désespérée de préserver paradoxalement la souffrance de la perte comme une valeur de jouissance s’exerce d’abord par le moyen d’une multitude d’images, de ressemblances, d’analogies, de visions, d’illusions et même d’hallucinations parfois.

Le sujet se sent soi-même divisé, altéré dans sa capacité de perception, de conscience, de concentration, ou dans un état d’inquiétante étrangeté concernant l’environnement, comme si on jouait un rôle et que la réalité n’était qu’un film de science fiction. Il peut avoir par exemple l’impression de revoir l’être disparu chez quelqu’un qui a un geste, un visage, une silhouette, une odeur ou une voix lui ressemblant. Et, malgré toute évidence rationnelle, il veut retenir cette image indélébile projetée et repérée dans le spectacle d’un monde devenu brutalement indifférent.

Quelques uns de ces objets fétichisés peuvent aussi être appelés objets sanctuarisés étant donné qu’ils deviennent vite la cible de rituels individuels et inavouables et qu’ils sont habillés d’une aura mystérieuse de sacré. Devenus sanctuarisés, ces objets auparavant fétichisés —qui ne sont, en général, que des traces de la période précédant la perte—, ont le rôle de garder (trop) intact un aspect partiel et figé de la mémoire. C’est pour cela qu’en tant que tentative de nier la souffrance de la perte, dans la sanctuarisation de la perte il s’agit d’une mémoire fonctionnant comme une prison de la conscience. L’hommage permanent devient le mausolée où s’enferme le sujet, sans pouvoir crier sa douleur pour de bon.

J’ai un exemple de ces objets sanctuarisés dans mon histoire familiale, notamment l’épisode du dernier noeud de la cravate de mon grand-père que mon père gardait comme une relique entre ses chemises et sa collection de cravates.

Ces objets inertes appartiennent à la période “pensée magique”, à la partie “colère” et à l’étape “refus d’acceptation” du processus de deuil. La chambre du mort tel qu’il l’à laissé en partant, avec ses vêtements et sa décoration inchangés, ce sont des objets anti-design, des objets figés dans le temps et dans l’espace, des objets anti-sacrifice. Ce sont des ruines psychiques laissées par une vie qui a fatalement disparu, ce sont des traces involontaires d’une possession devenue abruptement désuète, des signes désormais d’un état d’abandon ou de mort, des vestiges sans aucun souffle de vie ni utilité pragmatique.

Avec les objets fétichisés et les objets sanctuarisés, on ne tente plus de nier l’absence de l’objet d’amour, puisque le fétiche et le sanctuaire sont déjà, en quelque sorte, les premiers pas pour accepter la perte. Le problème étant qu’il s’agit maintenant de nier la souffrance affective qui en découle. Toutefois, paradoxalement, en agissant de la sorte, on la retient en soi et c’est à ce moment-là que peuvent être expulsés lesdits objets de douleur ou de pitié de soi.

Le travail accompli des objets fétichisés et des objets sanctuarisés mènera ainsi le sujet à vivre un véritable premier moment d’extériorisation de la douleur morale, celle qui deviendra pour un temps sa terrible partenaire. Ceci, dans la mesure où le début de l’extériorisation de la douleur psychique et sa transformation en tristesse ne sont pas suffisants, loin de là, pour résorber sa force et sa profondeur.

Pour cela, des nouveaux objets, des objets d’une douleur morale consacrée à la perte, seront nécessaires.

Objets processuels

Le sujet quitte désormais la phase où il y a eu un arrêt de la narration de sa vie, aussi bien que l’adhérence à une image fixe en lien étroit à la valeur affective où la perte était retenue. Presque tous les affects de l’historicité de sa vie étaient auparavant également retenus à ce point de représentation de la perte, sauf évidemment la colère et un type d’angoisse liée à la rétention de la négation de la perte. Désormais, cependant, le sujet accède à une nouvelle narration de sa vie qui englobe la perte et surtout la douleur qui en découle.


Pour cela, il lui faut s’entourer d’objets dits processuels qui vont l’aider à “processer”, à élaborer en procès psychique, l’événement de perte, c’est-à-dire, ce qui a immédiatement précédé et ce qui a immédiatement suivi le moment crucial et douloureux de la connaissance de la perte. Étant choisis par le sujet en prélevant des propriétés du mort ou des biens le représentant, il s’agit d’objets qui lui permettent de processer une longue amorce du deuil.

La présence des objets processuels correspond à la nécessaire tristesse laquelle a une profonde perspective symbolique et peut durer longtemps, ancrant le sujet dans un processus affectif et émotionnel qui lui empêche de sombrer dans la dépression négatrice du deuil. Nous avons là l’album photo ou la collection de cartes postales, les lettres, les messages, les mails, les sms, les enregistrements, les bandes sonores, le répertoire de chansons, recettes de cuisine, livres, vêtements avec l’odeur et le parfum du mort qui permettent au sujet d’élaborer et de mobiliser, en termes vraiment “sensitifs”, la mémoire affective inconsciente liée directement à l’événement de perte, c’est-à-dire à ce qui n’est plus. Les objets processuels représentent ainsi les souvenirs chéris, agréables ou profondément appréciés par le sujet qui lui permettent de revisiter le passé avec bonheur et de revenir, dans un mélange de joie et de tristesse, aux origines de la relation avec l’objet aimé.

Le sujet viendra notamment à s’intéresser au contenu que ces objets peuvent posséder en termes de projection vers l’avenir. Mais si le sujet peut se diriger à nouveau vers l’avenir, c’est forcément parce que, grâce aux objets processuels, il prend désormais en compte un passé marqué d’une scansion intrusive dans sa narration psychique. Il passe ainsi de la matière inerte et immuable des objets négateurs vers le savoir, vers l’espoir et éventuellement vers l’enthousiasme que les objets processuels peuvent contenir, malgré ou grâce à la nostalgie. En aidant le sujet à rebrousser la narration de l’histoire affective avec l’aimé perdu, les objets processuels sont alors la voie royale pour effectuer l’élaboration psychique du deuil.

D’ailleurs, si la nostalgie — compagne psychomotrice de la tristesse — est un retour incessant de la douleur, c’est en tant que cette douleur se processe autrement dans la mémoire affective inconsciente. Elle s’élabore comme si elle poussait le sujet à se placer sur une spirale rappelant la perte sauf qu’à un étage chaque fois plus élevé. Car la nostalgie, n’est-elle pas une sorte de bonheur du passé ? N’y a-t-il pas, dans chaque travail de deuil, une forte mobilisation de la joie, de l’enthousiasme et de l’espoir contenus abord dans les souvenirs heureux et douloureux qui insistent dans la phase de tristesse ? Tout ce long processus où on revisite le bonheur du passé, ne permet-il pas de désirer et d’espérer profondément un retour de la joie et de l’amour sur un autre espace topologique, dans un autre temps logique, avec un objet encore inconnu ou inattendu ? Et en même temps, tout cela n’apprend-t-il pas au sujet de devoir attendre, de cultiver sa patience et de placer ses espoirs dans la perspective symbolique de l’avenir malgré la douleur du moment ?

Sans aucun doute, un corps et une psyché travaillés par la douleur vivent une expérience humaine avec des reliefs profonds et contrastés qui permettent de faire émerger la joie de vivre de l’absence permanente de l’Autre et de ce que le sujet n’y est plus aujourd’hui sans l’Autre. Nous avons-là une division subjective radicale qui fait mal mais qui produit également une reconstruction inédite de soi-même. Car le sujet du présent, celui qu’il est devenu après la perte, n’est plus le même que celui qu’il était dans la présence de l’Autre, avant la perte. S’il y a douleur c’est aussi parce que le sujet souffre de la perte de cet autre soi-même qu’il n’est plus pour cause de l’absence permanente de l’Autre. Quelque part, dans le deuil, on est donc obligé d’élaborer la perte de soi-même, c’est-à-dire de celui qu’on était avant la perte de l’Autre.

C’est à ce propos que l’on pourrait se demander — de façon légitime, me semble-t-il — si les objets processuels, qui ne sont en fait que des objets de douleur et paradoxalement aussi d’infinie tendresse pour un bonheur passé, peuvent également être conçus comme des objets de pitié. Peut-on imaginer que la valeur de la nostalgie dans la tristesse équivaut à l’apport d’un affect nouveau, à savoir l’affect d’une profonde pitié de soi ?

Objets sacrificiels

Les objets sacrificiels ont, en général, une fonction positive car ils favorisent et, en même temps, matérialisent l’accomplissement du travail de deuil, aussi bien qu’ils préparent l’espace psychique pour la renaissance d’un désir nouveau. Les objets sacrificiels posent ainsi, de façon aiguë et urgente, la nécessité de quelque chose à perdre. Il est arrivé le moment pour le sujet de devoir matériellement se délester notamment des anciens objets fétichisés et processuels, pour finalement libérer son espace psychique devenu trop sensiblement chargé par le disparu et par ses représentants.

Cependant, paradoxalement, les objets sacrificiels comportent un risque car, sous certaines conditions, ils peuvent aussi relancer la problématique du deuil sans passer à un nouveau désir. C’est le cas, par exemple, lorsque le sujet endeuillé a malencontreusement localisé, dans le sens de Bowlby, l’objet perdu chez un animal domestique par exemple. Si un petit chien est devenu l’objet fétiche de la perte, comme le petit chien d’un vieux couple dont la femme est devenu veuve et qu’il vient également à disparaître, sa perte peut être le début d’un deuil chronique dont l’issue est renvoyée inlassablement vers d’autres objets.

Une autre version malsaine de l’objet sacrificiel existe lorsque l’identité du mort est attribuée à un enfant par un parent en deuil (Bowlby, 1980). C’est le cas souvent, par exemple, lorsque la naissance d’un enfant suit immédiatement la mort surtout d’un enfant du même sexe. Mais cela peut être la transmission projective du souvenir d’un grand-père décédé lors de la grossesse sur le petit bébé qui vient de naître.

Objets novateurs

Il s’agit d’objets créés en fonction du Zeitgeist, c’est-à-dire qu’ils apportent une reconstruction du désir, sour la forme d’un nouvel amour, d’un nouveau design qui, avec du vieux et du déjà perdu, produisent du neuf, de l’inédit, de l’inattendu.

C’est la période d’une création fertile où on recommence à inventer, à créer, à faire des projets et à les mettre à exécution. Un nouveau design psychique, une nouvelle d’architecture de vie, une nouvelle décoration émotionnelle, un nouvel urbanisme affectif, tous des objets d’un pragmatisme inédit, apparaissent en apportant des perspectives insoupçonnées jusqu’alors.

Le sujet en fin de deuil passe à dessiner un nouveau layout inconscient de sa vie et s’y installe avec désir et plaisir. Le socle d’un passé perdu et même les ruines mélancoliques ont été utilisés et modifiées pour créer un horizon ouvert et novateur. Mais cette production n’aboutit que selon le style par lequel le travail de deuil a pu finalement processer l’objet perdu. Les objets finaux du deuil-design sont ainsi les objets du Zeitgeist du sujet.

Cependant, parvenir à construire un nouveau désir — contre vents et marées, malgré tout le contingent affectif qui nous retient dans le passé —, implique forcément remettre les choses en ordre pour apaiser l’angoisse, la colère, la honte parfois et surtout la grande période de tristesse liée à la perte. Le nouveau désir en fin de deuil compacte, en lui, tout ce travail affectif et émotionnel de la même manière que le design produit des objets novateurs, parfois très avant-garde, mais qui comportent inévitablement une très grande nostalgie.

 

En effet, dans le design, dans l’architecture, dans l’urbanisme ou dans la décoration, on combine le Zeitgeist d’une époque perdue avec le Zeitgeist d’aujourd’hui. Par exemple, la voiture dite Coccinelle, fabriquée par Volkswagen, a été reprise et refondée avec un tout nouveau design qui conserve, avec les nouvelles fonctionnalités actuelles, l’esprit d’avant. Il s’agit, à mon avis, d’un design réussi aussi bien que d’un deuil réussi. Dans la réussite du processus créatif, on reconnaît, dans un nouveau design surprenant, des éléments du passé qui combinés aux actuels se sont progressivement modifiés en un retour éclatant et inattendu de l’objet perdu dans l’objet de l’avenir.

Dans le design réussi, comme dans le deuil réussi, il ne s’agit pas de maquillage, il ne s’agit pas pas d’un travail cosmétique, mais d’une véritable innovation, d’un véritable nouvel objet. Il s’agit d’une nouvelle narration qui inclut, dans les éléments repris du passé, la réalité de la perte où existait un ancien nouvel amour ayant inévitablement vieilli et ayant malheureusement disparu. Mais, combiné aux éléments actuels, ce processus inédit permet que le sujet rêve à nouveau et projette ses rêves vers l’avenir.

Ce processus du design réussi donne ainsi le ton, le goût ou le tour de main, de ce qui se passe dans un deuil également réussi. N’étant ni complet ni exhaustif, le deuil, comme le design, est logiquement ou réussi ou raté. Cela veut dire que le deuil, comme le design, n’est jamais un processus totalisant, mais une recherche de désir et de narration sans cesse renouvelée.

Ruines psychiques du deuil et Zeitgeist anticipé dans le design

C’est du terme allemand de ruinenlust — à savoir, la fascination ou la jouissance pour les ruines — que part notre concept de ruines psychiques, lequel fait référence aux traces et aux restes des événements vécus lors de notre histoire intersubjective ou inter-relationnelle. Mais ces ruines psychiques peuvent aussi être les traces de catastrophes appartenant à une inhumanité reçue en héritage par les générations précédentes.

De l’anticipation dans le deuil à l’avant-gardisme du design

Les processus du deuil et du design montrent qu’il s’agit de processus humains et mentaux où se processe une énergie affective et créative énorme, avec un immense gaspillage de temps et de moyens individuels pour parvenir à des objets finalement novateurs, qu’ils soient acceptés par les autres ou pas. Beaucoup de leurs inventions et de leurs ratés vont s’amonceler dans la poubelle de l’histoire subjective comme autant d’ébauches, de projets, de prototypes, de tentatives ratées, qui préparent et anticipent un jour la réussite d’un nouveau désir accompli. Et ils viennent ainsi raconter, en silence, l’histoire de toute une vie dominée par le besoin inexplicable de réécrire ou de retraduire les traces intangibles de l’objet perdu.

Par notre terme de ruines psychiques, nous formulons qu’il y a une véritable capillarité entre les processus de rénovation à l’oeuvre dans le travail de deuil et les produits de création du design. Dans tout objet non seulement redécoré, réutilisé, rénové, ou même dans tout objet apparemment créé ex-nihilo et en accord intrinsèque au Zeitgeist, il y a quelque  chose du passé qui réapparait comme arrière fond ou source primitive, lumineuse, archaïque ou prototypique, de l’innovation. Même dans le design ultra-moderne, parfois incompréhensible avant l’heure, on fait du neuf avec l’ancien y compris si le neuf et l’ancien ne se situent pas au même niveau ou s’ils agissent sur des aspects différents d’un même produit. L’ancien qui réapparaît dans le nouveau est aussi une oeuvre du deuil. Si nous pouvons affirmer que les objets ou les êtres oubliés aussi bien que les objets ou les êtres ressuscités sont en complicité secrète avec les objets novateurs du design, c’est dans la mesure où les processus de création sont, dans ces cas, reliés au travail implicite du deuil.

Sans doute, les objets du deuil représentent les étapes d’une révolution subjective toujours en progression d’un désir nouveau. De manière analogique, les objets du design donnent le ton et le goût des étapes appartenant aux révolutions civilisationnelles successives, toujours dans une stimulante quête d’innovation.

Dans le deuil qui se précipite comme aussi bien dans le design avant-gardiste et parfois incompris, le sujet se place en anticipation de l’air du temps, ou de ce qui est convenu d’appeler le Zietgeist, comme anticipation au paradigme d’une époque. Pour déterminer s’il tombe juste ou pas vis-à-vis du Zeitgeist, le problème est de savoir à combien de temps il se situe et combien de traits civilisationnels il associe dans l’objet qui anticipe le changement de l’air du temps. Ce qui est toutefois troublant est que, bien souvent, plusieurs inventeurs indépendants parviennent à anticiper, à précipiter, à traduire, à “paradigmatiser” le Zeitgeit de manière tout à fait avant-gardiste et incompréhensible mais surtout de façon concomitante, comme s’il y avait un déterminisme civilisationnel dans le processus créatif du deuil et du design ! (Grmek, 1967).

Objets ratés du deuil et du design

Nous pouvons parler aussi des objets ratés ou, disons, morts-nés du design qui sont les objets de création un peu ratés, laissés de coté, des tentatives de création, des prototypes d’invention, comme les objets novateurs avant l’heure qui ne sont que des tentatives d’accomplir le deuil. Ceux-ci ce sont des nouveaux objets d’amour, de nouveaux objets de désir, de nouveaux objets de création psychique, mais fugaces, prototypiques et des tentatives, au fond, ratées d’accomplir le deuil.

Une exposition à Milan, en 2005, reprenant un peu l’idée du Salon des refusés de Fernand Desnoyers (Desnoyers, 1863), a présenté ces objets du design qui n’ont pas été pris en compte de manière sérieuse mais qui témoignent d’un tentative, parfois trop anticipée ou trop osée pour l’époque, d’invention ou de création. Dans cette exposition, dirigée par Maria Cristina Didero et Roberto Paoli (Didero & Paoli, 2005), on y a pu apprécier une théière inclinable d’Alberto Meda, une voiture de Marc Newson, une chaise de Christophe Pillet, un vélo de Jasper Morrison, une maison de Matali Crasset(Perrin, 2017), tous des objets qui n’ont pas réussit à être acceptés par le  Zeitgeit ni à l’anticiper avec efficacité.

Souvent, dans des cas de ce type, il s’agit d’une force trop importante, trop précipitée, d’accomplir un deuil par le biais d’un design forcé. Mais il ne faut pas non plus négliger le fait que le design, comme le deuil, apportent toujours son lot d’excentricités et d’incompréhensions comme s’il s’agissait d’une dose trop importante de nouveauté ou d’un avant-gardisme malvenu. Cela veut dire que les ratés du deuil ont les mêmes sources et les mêmes destins que ceux du design, à savoir une anticipation excentrique, un avant-gardisme incompris, un apragmatisme évident, une inutilité pseudo-artistique.

À ce propos, Fernand Desnoyers soutenait qu’« il est des morts qu’il faut qu’on tue » (Desnoyers, 1863) et je trouve sa formulation intéressante, car elle évoque la nécessité de la violence du deuil là où insiste un passé angoissant. Mais, on n’est pas obligé de suivre cette violence-là. Contrairement à Desnoyers, je ne pense pas qu’il faille exactement « tuer les morts ». Bien au contraire, il me semble que l’on peut donner une autre vie, une autre forme de vie, plus apaisée et éclatante, à ce qui insiste à ressusciter, sous la forme de la douleur et l’angoisse, malgré la crue réalité de la perte, ou de la ruine. Sauf que pour lui accorder cette autre forme, cet autre design, il faut bien dépasser la tristesse ou au moins anticiper sa fin. La création est l’un des destins et l’une des perspectives de la tristesse symbolique. Ceci, étant donné que les objets angoissants du passé retrouvent un soulagement, un éclat et un pragmatisme inédit, réédition non pas forcée bien que masquée mais pile-poil ad hoc, dans les objets novateurs du deuil.

Ruines urbanistiques, architecture ruiniste et ruines psychiques

En termes de design et d’aménagement de l’espace, le deuil n’est pas un simple open space où le sujet de l’inconscient travaille comme il faut avec les spectres qui appartiennent à sa vieille équipe. Le deuil est, comme un château hanté, plutôt un labyrinthe de couloirs, de meubles, de formes, de contours et de cloisons, parfois inutiles mais logiques, qui finit néanmoins par déboucher dans un happen space, c’est-à-dire dans un espace-temps où quelque chose peut arriver, là où une innovation peut finalement naître. Les obscurs objets du désir aussi bien que les éclatants objets du design reposent et sont, tous les deux, incessamment retravaillés par le fondamental processus dont les objets du deuil sont les pivots.

Le sujet en deuil habite une maison en partie vidée d’une présence, traîne dans l’urbanisme proche à la recherche d’ombres rappelant la période d’avant la perte, conçoit l’architecture de sa maison et de son quartier comme autant de monuments mélancoliques, ou mausolées psychiques. Tout événement produit ainsi ses ruines urbanistiques, son architecture ruiniste, ses vestiges psychiques dont quelques uns mélancoliques. Il habite désormais sa ville comme une extériorisation de son architecture intérieure pleurant une âme perdue, ravalée, négligée ou sanctuarisée. C’est par là que la décoration des intérieurs, l’architecture de la maison et l’urbanisme proche deviennent les passerelles inconscientes vers des ruines psychiques anciennes, ou transgénérationnelles, sommeillant au plus profond des origines.

Si en tant que projet l’architecture est un rêve à venir, elle est aussi une projection intime, habitée par un langage perceptif présent à travers les formes, les couleurs et les matériaux qui donnent corps aux filtres psychiques de l’inconscient (Herbane, 2013). L’architecture, tout comme l’architecture d’intérieurs, l’urbanisme proche et le design qu’on assimile à son habitat, sont des passerelles pour un transfert puissant et permanent d’affects et de souvenirs les plus divers. Ces affects et souvenirs sont parfois transposés d’une maison à une autre, du vécu dans une maison vers le vécu dans une autre, d’un quartier à un autre ou d’une ville à une autre, par l’intermédiaire du design matérialisé en menus objets du quotidien ou par les meubles et les objets de décoration qu’on garde précieusement. C’est la valeur non seulement de l’architecture mais aussi du design, quelle que soit sa valeur marchande, comme enveloppes matériels de la vie intime, forcément valorisés à l’extrême à ce titre.

L’architecture est tellement remplie de symboles laissant transparaître la lumière, permettant de garder la chaleur ou d’aménager l’espace, parfois le temps de toute une vie, que le sujet finit par habiter des symboles faisant référence au réel du temps vital qu’inlassablement nous échappe. L’architecture sensible et actuelle, celle que nous pouvons toucher et sentir, celle qui nous accompagne narcissiquement, pragmatiquement ou humblement, nous enveloppant comme dans un retour permanent du prénatal, repose sur les ruines des générations précédentes.

On dirait que les maisons ont le pouvoir de garder nos souvenirs, inconsciemment tant que l’on y habite et de manière nostalgique, comme un deuil inaccompli, lorsqu’on y revient pour les voir de l’extérieur et qu’elles ne nous appartiennent plus. Quelque part c’est nous et notre vie qui appartenons aux maisons que l’on habite et que l’on a habité.

Une architecture ruiniste est un peu comme si elle revenait aux origines de la maison, à sa maquette, à ses fondations, à son socle, à ses piliers, souvent sans cloisons ni fenêtres encore… Dans les ruines architecturales et, de façon volontaire, dans l’architecture ruiniste, il y a forcément un rapport entre l’avenir et le passé, un avenir inhabité car déjà en ruine, un passé inhabité car pas encore construit totalement.

Dans l’architecture ruiniste, il s’agit de redonner un souffle nouveau à l’âme mort-vivante qui hante les restes des bâtiments délaissés pour réconcilier le sujet contemporain avec son terrible manque de sens généalogique. L’un des moyens privilégiés pour calmer les fantômes du passé qui l’habitent de manière dispersée est alors justement de réparer, de refaire, de revenir, pour les habiter. Ces anciens habitats en ruine, qui sont utilisés comme socle, matériel ou point de départ, avaient autrefois contenu les insignes du pouvoir, de la production, du cadre ou des limites : anciennes écoles, gares, industries, églises, granges, etc.

Ces ruines urbanistiques et architecturales peuvent équivaloir aux déchets qui se matérialisent, dans certains cas, également dans le corps humain, comme le sont les larmes qui ne coulent pas malgré les cris et les spasmes, les boules vides d’air qui nous empêchent de respirer, les excréments qui peinent à être expulsés, les aliments vomis dans la boulimie, les traces sensibles d’un viol ancien, les douleurs comme monuments musculaires d’une perte non acceptée… Ces objets qui deviennent trop encombrants, ou des sérieux obstacles pour récupérer la santé ou l’équilibre affectif, peuvent matérialiser un traumatisme non-dépassé. Mais nous pouvons observer cela avec plus d’acuité chez le sujet maniaco-dépressif qui traverse une phase hypomane. Il tente par ce biais de lutter de manière artistique contre les ruines du noyau maniaco-dépressif qu’il porte en lui-même. C’est un peu cela ce que la fascination pour les ruines architecturales, le Ruinenlust,  représente.

German ARCE ROSS. Paris, le 1er octobre 2017.

 

Bibliographie

BINSWANGER, Ludwig, Le Problème de l’espace en psychopathologie, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 1998

BOWLBY, John, Attachement et perte. Vol. 3 : La Perte (1980), PUF, Paris, 1984, 2002, p. 211

DESNOYERS, Fernand, Le Salon des refusés. La peinture en 1863, Azur Dutil, Paris, 1863

DIDERO, Maria Cristina et PAOLI, Roberto, Mostra le Salon des refusés, Hangar Bicocca, Milano, 14 aprile 2005

GRMEK Mirko Drazen, « Edwin G. Boring, History, Psychology and Science. Selected Papers », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 22, no 3, 1967, p. 653-655)

HERBANE, Hakim, Dessine-moi une maison : psychanalyse d’un processus de design, Mémoire de Master en Design et complexité, Faculté de l’aménagement, Université de Montréal, mai 2013 : https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/10047

PERRIN, Dominique, « Les objets mort-nés du design », Magazine M, Journal le Monde, le 1er avril 2017

 

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