ARCE ROSS, German, « Paradoxes d’une passion nymphomane chez Brigitte Bardot », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse, PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2026

Paradoxes d’une passion nymphomane chez Brigitte Bardot

Ingénue libertine, ayant fait le sacrifice de la maternité sur l’autel d’une séduction impérieuse, cette BB de la France est une Lolita inattrapable et éternelle femme-enfant, celle qui vous mène par le bout du nez et, comme un feu de paille, s’évanouit dans la nature.

Brigitte Bardot présente des terribles paradoxes. Déjà, celui de combiner un nécessaire et bienvenu antiféminisme avec pourtant un libertinage qui passe faussement comme une libération de la femme. Mais également la recherche d’amour et la construction de couples monogames qui cohabitent paradoxalement avec une passion nymphomane dévorante. Ou encore le mariage avec un homme qui devient père de son enfant lesquels paradoxalement elle rejette de façon radicale.

Tout en supportant des politiques de droite et amie de gens d’extrême droite comme Jean-Marie Le Pen (ancien Front national) et se disant antiféministe, elle continue paradoxalement à être considérée par certains comme une icône de la libération de la femme (mouvement en général de la gauche identitaire).

Et ainsi de suite, il y a tout un tas de paradoxes chez Brigitte Bardot qui semblent reposer sur une seule et même plaque tournante. À savoir, une passion nymphomane où des phobies – comme la phobie de la maternité et de la paternité, la phobie des femmes belles, la phobie du cinéma, la phobie de la vie bourgeoise, la phobie de la famille, la phobie des hommes équilibrés et stables, la phobie de son enfant – trouvent un apparent socle fétichisé. 

Elle finit sa vie extrêmement seule, entourée par le fantasme compulsif de devenir une Fée animaliste où sa morale zoophile vient fétichiser les bébés phoques au détriment d’un BB humain qui suffoque.

Dans ce texte, notre question est de montrer comment se présente, dans le cas de Brigitte Bardot, cette association paradoxale entre phobicisation et fétichisation du lien à l’Autre.

Effets secondaires du succès médiatique

Dès le début de sa carrière et devant les excès liés au succès cinématographique d’une femme actrice, Brigitte Bardot a souhaité que l’on parle moins d’elle, qu’on l’oublie un peu. Dans une interview des années 1950, elle s’est plaint du fait que son nom était moins difficile à porter au début qu’après le succès. Sur cet emballement favorisant surtout l’industrie cinématographique et les médias en général, Brigitte Bardot souligne très tôt que les excès du succès médiatique l’ont dépassée « comme quand on se noie » (Bardot, 1956-1960, 2012).

Nous savons, en effet, que la production de la star en général est une imposition médiatique, moyennant bénéfices matériels, ne laissant à la femme actrice qu’une impression de liberté somme toute très relative. « Ma vie ressemble à une grande prison. J’appartiens à tout le monde. On me fait dire ce que je ne dis pas, on me fait faire des choses que je ne fais pas. On a l’impression de ne plus être libre. […] Je suis obligée de vivre avec les rideaux ou les volets tirés parce qu’il y a des téléobjectifs sur le toit d’en face. On ne se rend pas compte à quel point ma vie est insupportable » (Bardot, 1956-1960, 2012).

Bien plus tard, lors des années 1990, depuis longtemps cloisonnée chez elle, la toujours rebelle Brigitte Bardot s’est exclamé devant un Bernard Pivot étonné que « le cinéma est devenu une merde molle » (Bardot, le 4 octobre 1996). Est-ce  parce qu’elle n’était plus la star du moment ? Ou plutôt parce que le système du succès cinématographique a fini par abîmer ce qui reposait sur un socle fragile ?

Nous savons toutefois que le problème psychologique que produit l’industrie cinématographique sur la star n’est pas intentionnel, le but étant seulement de s’assurer de la réussite des films. Le problème vient plutôt de ce que l’industrie cinématographique produit indirectement chez le public en sublimant à l’excès la beauté et le rayonnement de la star. Les effets secondaires de cette réussite se trouvent dans le fait que le public passe à avoir un intérêt prononcé, exagéré, passionné, surmoïque, exigeant, moraliste, complaisant, ambivalent pour la vie intime et personnelle de la femme derrière la star (Lipovetsky et Serroy, 2013, pp. 209-212).

Un film devient culte non seulement par l’histoire et par la succession de photos, musiques, sons et dialogues combinés par le réalisateur, mais également (et parfois, surtout) par l’interprétation des acteurs que l’on adule. Cela dit, il y a bien plus dans le cinéma dramatique psychologique. Il parle de la réalité relationnelle, psychique et sociale actuelle, ou la précède de peu. Et c’est là qu’il peut exister une connexion impressionnante entre le jeu des acteurs et les éléments macropsychiques de l’actualité présente, ou imminente, de tout un chacun.

Une telle connexion passionnelle peut néanmoins devenir dangereuse surtout par les effets de foule vis-à-vis de la femme derrière l’actrice car, même dans son intimité, c’est son image déformée qui vient la recouvrir malgré elle. Son rôle ou ses rôles, son mode d’interprétation selon ces rôles lui collent désormais à la peau où qu’elle aille et se mélangent chez le public avec des extraits, réels ou supposés, de sa vie personnelle et intime. Partant de là, la réputation de sa personne se confond avec la résonance des rôles joués.

Il se peut également que – malgré son opposition farouche à l’image que le public lui fait subir par amour passion – la propre actrice absorbe consciemment ou inconsciemment une partie des traits appartenant à ce personnage public pour améliorer, adapter ou forcer son jeu de rôle en fonction de ce que le public attend. C’est à cet endroit précis que nous pouvons observer l’émergence d’un personnage que la femme derrière l’actrice assume. Celui-ci est parfois décliné en pseudonymes (comme Marilyn Monroe pour Norma Jean Mortensen) ou en acronymes (comme  par exemple Initials BB pour Brigitte Bardot). Et c’est donc là, ce personnage se substituant à son identité réelle, l’espace précis où se profile et fait incidence un danger sur sa santé mentale. 

Cependant, pour que ce danger puisse opérer, il a fallu que Brigitte Bardot ait été soumise à un autre fléau déballant en trombe quelques années plus tard. À savoir, les graves complexes d’un féminisme multipliant de façon exponentielle les effets secondaires du succès médiatique des femmes au cinéma.

Réaction antiféministe

Ayant opposé une réaction très forte et très à propos au féminisme ambiant, Brigitte Bardot a puisé ses arguments dans sa solide éducation bourgeoise, conservatrice et catholique. Son développement et sa défense des principes de la vraie féminité y trouvent tout naturellement leur source, leur socle, leur raison d’être. Elle en a hérité sans le rejeter. Au moins, théoriquement. Et, paradoxalement, de manière partielle, comme nous le verrons plus bas.

Bardot féministe ?

Beaucoup considèrent Brigitte Bardot comme ayant libéré les femmes. Mais, de quoi ? Des vêtements, des corsets, des longues jupes ? Un peu mince comme libération, n’est-ce pas ?

Mais au moins ce point est vrai. Au moins dans la mode, Brigitte Bardot a réellement été un vecteur de changement pour les femmes, même s’il n’y en a pas qu’elle. Ceci, dans la mesure où Mary Quant, sa contemporaine en Angleterre, avait déjà créé la mini-jupe lors de la deuxième moitié des années 1950. À ce propos, de par mon travail en tant qu’étudiant lors du milieu des années 1980, grâce auquel je rencontrais de gens du milieu de la mode, j’ai eu la chance de discuter quelques fois avec elle. En lui demandant comment avait-elle fait pour inventer et lancer la mini-jupe – un accessoire qui, à mon avis, sublime les femmes d’une anatomie fine –, Mary Quant m’a simplement répondu, avec son souffle alcoolisé qui ne la quittait que rarement, “because, I love legs!”.

Ces mêmes personnes qui croient que Brigitte Bardot a libéré les femmes soutiennent que le féminisme est un mouvement de libération de la femme. Libération de quoi, en fait ? Libération de leur corps ? De leur sexe ? Des relations avec les hommes ? De leur position de victime pour devenir des revanchardes ? De leurs inhibitions pour sublimer la féminité ?

À quelle classe de libération s’attend-on dans ce féminisme hérité des années 1960 ? Et, surtout, pouvons-nous sérieusement considérer Brigitte Bardot comme féministe ? 

Selon l’intéressée, « les femmes [féministes] de nos jours ont le mépris des hommes. Je ne suis pas du tout une féministe qui croit à la libération de la femme » (Bardot, le 4 octobre 1996).

Féminisme versus féminité

Brigitte Bardot a également eu le mérite de se rendre compte très vite de l’impasse, non seulement idéologique mais réel, que présente le féminisme. Selon elle et contrairement à tout ce que le mouvement féministe véhicule, « jamais les femmes ne seront comme des hommes. Si elles sont si malheureuses, c’est qu’elles ne veulent plus être ce qu’elles sont. Ne plus être “l’objet”. Mais revendiquer les droits propres aux femmes. Je trouve que le MLF, c’est parfaitement comique et idiot. Bien sûr, il faut trouver un juste milieu. Mais pour se réaliser pleinement, les femmes doivent rester des femmes. Et les vraies femmes, il n’y en a plus. Les vrais hommes non plus. On constate en ce moment une mutation d’un sexe à l’autre. […] Les hommes sont des minets et les femmes essaient d’être des hommes » (Lucovich, 1973, p. 41).

Les féministes ne comprennent pas pourquoi Brigitte Bardot n’acceptait pas le mouvement féministe et ses dogmes. C’est le reproche que lui adresse Claude Sarraute, par exemple. Dans sa réponse, elle considère que, même libérée, « une femme doit rester femme avant tout. […] Vivre et gagner sa vie sans dépendre de personne, c’est très bien. D’un autre côté, je pense que les femmes, en voulant trop se libérer, vont devenir trop malheureuses. Parce qu’une femme n’est pas faite pour mener la vie d’un homme. C’est là que la société dans laquelle nous vivons est complètement déséquilibrée. […] C’est la femme qui doit être tendre et douce, c’est la femme qui doit donner l’ambiance de la merveilleuse chaleur d’une maison, c’est la femme qui doit agrémenter la maison pour que l’homme s’y sente bien. Et je trouve dommage que les femmes maintenant, tout en se libérant, perdent un peu cette notion de beauté, de douceur » (Bardot, 1996, 2022).

Dans cette même interview, Claude Sarraute lui rétorque sur son cas personnel en lui disant que Brigitte Bardot fait exactement ce qu’elle critique, à savoir qu’elle vit comme un homme, qu’elle gagne beaucoup d’argent (comme un homme) et qu’elle peut aussi vivre comme elle l’entend (sous-entendu, qu’elle peut coucher avec n’importe qui, comme un homme).

Et c’est là que se trouve le paradoxe de Brigitte Bardot. D’une part, toutes ses critiques contre le féminisme sont absolument limpides et bienvenues ; elle a tout à fait raison sur le mal que le féminisme peut faire aux femmes. Toutefois, d’une autre part, grâce aux facilités de son travail dans le cinéma et à l’argent qu’elle y gagne, elle vit comme un homme libertin.

Le paradoxe de Brigitte Bardot est devenu le paradoxe et le malheur de certaines femmes (féministes ou postféministes) d’aujourd’hui, lesquelles, confondant libération avec hypersexualité, se sont forcées à vivre une sexualité comme celle des hommes libertins. Et leur malheur est que cela a fait fuir les hommes raisonnables et équilibrés confinant ces femmes dans la solitude ou dans la détresse de divorces à répétition.

Critique du mouvement Me Too

Selon la même ligne de conduite liée à son héritage civilisationnel, Brigitte Bardot considère à juste titre que, dans la grande majorité des cas, le mouvement Me Too a été « hypocrite, ridicule, sans intérêt » non seulement pour les actrices, mais aussi pour les femmes en général. Selon elle, « cela prend la place de thèmes importants qui pourraient être discutés. Moi, je n’ai jamais été victime d’un harcèlement sexuel. Et je trouvais charmant qu’on me dise que j’étais belle ou que j’avais un joli petit cul. Ce genre de compliment est agréable. Or il y a beaucoup d’actrices qui font les allumeuses avec les producteurs afin de décrocher un rôle. Ensuite, pour qu’on parle d’elles, elles viennent raconter qu’elles ont été harcelées… En réalité, plutôt que de leur profiter, cela leur nuit »  (Bardot, 2018a).

Dans la mesure où il repose sur le visuel, sur le contact intime et sur les impressions immédiates, émotionnelles, affectives, pulsionnelles, largement induites par le son, la musique, les formes, les ombres et la photographie hyper focalisée, le système cinématographique impose souvent aux actrices belles et sensuelles une adhérence conséquente à la mise-en-scène du libertinage. Ce dernier peut être, dans la plupart des cas, à peine joué mais, dans certains cas – où la réciprocité de sentiments, affinités ou intérêts réels n’est pas exclue – il peut participer à de passages à l’acte, consentis, désirés, acceptés, ou non.

Nous connaissons tant de sujets fragiles et de personnalités pathologiques dans le milieu du cinéma que l’on pourrait se demander à quel point ce dernier peut exister sans la présence, en son sein et dans les marges, des premiers. Le problème est que le cinéma dramatique psychologique d’aujourd’hui provoque de courts circuits avec la réalité sociale et avec le réel de tout un chacun y compris du spectateur. Non seulement le cinéma reprend la réalité psychique et sociale pour la mettre en scène, mais le spectateur fragile, ou pathologique, est également profondément tenté de mettre le réel de sa vie en adéquation avec ce que la toile du cinéma lui apporte comme inspiration. De là, que notre vie imite le cinéma ou les acteurs.

C’est cela qu’il se passait également concernant le mouvement Me Too, comme tant d’autres mouvements hyper moralistes, tout en sachant que cet œuf et cette poule sont tous les deux originaires probablement d’un facteur tiers. C’est contre cette association – ou plutôt collision – entre cinéma et vie réelle que la Brigitte Bardot que nous aimons s’insurge. Ainsi, selon elle, aujourd’hui, « on n’a plus le droit de leur dire [aux femmes] qu’elles sont belles, de leur mettre la main sur les fesses, on est tout de suite envoyé au tribunal comme harceleur. Je trouvais adorable quand on me disait que j’avais un joli cul. J’allais pas porter plainte pour ça » (Bardot, 2018b).

Par cette même collision qui a ses sources ailleurs que dans le cinéma – ne soyons pas trop durs avec ce grand art qui conjugue des femmes, mais aussi des hommes exceptionnels, tant devant que derrière la caméra –, il y a bien souvent une inversion regrettable des choses. Partant d’une femme actrice supposée victime d’un homme du cinéma, ou du monde médiatique, dès l’accusation lancée et médiatisée, l’homme en question devient immédiatement victime d’une persécution morale, inquisitrice, faite de cancellation sociale, professionnelle, comme un bannissement à vie, indépendamment de la justice.

En prenant la défense des acteurs comme Nicolas Bedos et Gérard Depardieu, accusés d’agressions sexuelles contre des femmes, Brigitte Bardot a déclaré que « le féminisme, c’est pas mon truc. Moi, j’aime bien les mecs », a-t-elle déclaré (Bardot, BFMTV, 2025). Et, en attendant qu’ils aient un procès judiciaire, « on pourrait au moins les laisser continuer à vivre : ils ne peuvent plus vivre ; après ce qui leur est arrivé, ils [ne] vont plus trouver beaucoup de travail » (Bardot, BFMTV, 2025).

Hypersexualité infantile et nymphomanie amoureuse

Jusque là, les points de vue de Brigitte Bardot sur les problèmes inhérents au succès médiatique des stars femmes et sur les problèmes liés au féminisme sont tout à fait logiques, cohérents, bienvenus. Cependant, cela ne constitue qu’une partie de sa personnalité apparemment clivée en deux segments opposés et contradictoires.

L’autre partie en opposition au reste de sa personnalité se présente comme une complicité avec la question du succès médiatique de la femme star de cinéma, bien que sa source se trouve dans les complexes familiaux ou dans des événements clefs de son enfance.

Quelques événements très clairs d’hypersexualité infantile, bien souvent impulsés par les parents, ou, au contraire, des graves maltraitances corporelles subies dans l’enfance ou l’adolescence par l’un des parents (le père sur une fille, par exemple) ou par les deux, peuvent entraîner une sur-stimulation des sensations corporelles liées au système transgressions–culpabilité–punitions. Les punitions peuvent avoir comme effet de calmer la culpabilité aussi bien que d’apporter le signe distinctif d’une attention (traduite parfois en amour) de la part du parent punisseur, ce qui apporte un caractère de répétition aux transgressions. Nous observons ces deux types d’événements dans l’histoire de Brigitte Bardot. 

Déçue de ne pas être devenue actrice et danseuse, la mère de Brigitte, Anne-Marie, modiste et créatrice de robes, l’impulse à approfondir ses activités de danse, de modèle photos et de modèle vidéos depuis toute petite, d’autant que son père également était passionné de films et avait l’habitude de la filmer depuis sa petite enfance (Roussell, 2007). Par exemple, à l’âge de 5 ans, ses parents l’enregistrent dans des poses suggestives avec un garçon et mimant les baisers que se font les adultes amoureux (J.A., 1959). D’ailleurs, l’habitude des initiales BB viennent de l’époque où, grâce à ses contacts, sa mère avait réussi à la faire apparaître dans des magazines de mode, à l’âge d’à peine 5 ans (Rihoit, 2003) et qu’elle veut garder le nom de sa famille en discrétion. 

Nous savons que le mode psychopathologique de Lolita (Nabokov, 1955) va ensemble avec une hypersexualisation de l’enfance qui peut évoluer en une habitude libertine faite de séduction éhontée, nymphomanie amoureuse, infidélités répétées, instrumentalisation généralisée de la sensualité du corps, compulsion à l’exhibition sélective de la nudité et, dans certains cas, au striptease professionnel.

Ayant une mine très féminine et adorable, une beauté à couper le souffle et un corps qui fait bander, Brigitte Bardot était la femme qui séduit, qui excite, qui scandalise, qui provoque. Se montrant toujours aguicheuse, souvent nue ou presque et ayant des gestes séducteurs, Brigitte Bardot a créé un style de femme exhibitionniste au cinéma. C’est en tout cas de cette façon que l’on peut voir la suite de ses films tout au long des trois décennies où elle a été engagée dans le cinéma (Hennig, 2009, p. 68).

En outre, dans une excellente interview pour Bouillon du culture, Bernard Pivot lui rappelle que les femmes la détestaient car Brigitte Bardot était pour elles « une bouffeuse d’hommes » (Pivot, 1996). Elle ne s’y défend pas. Au contraire, elle le confirme. « Je n’ai jamais été fidèle. [.…] J’ai besoin de me voir dans le regard d’un homme qui m’aime et me désire » (Pivot, 1996).

Selon Marie-Dominique Lelièvre, « avant Bardot, une femme qui changeait d’amant au moindre caprice s’appelait une pute, une salope. Après Bardot, une telle femme était simplement perçue comme libérée. Contrairement aux actrices hollywoodiennes qui respectaient les règles, Bardot a établi les siennes. Elle attirait les femmes qui voulaient faire comme elle, et les hommes qui la voulaient tout simplement » (Lelièvre). Oui, en fait, le terme « femme libérée » est donc devenu l’équivalent de femme facile, de femme dominée par le fantasme de la prostituée ou de femme hypersexuelle voire nymphomane.

Si malgré son antiféminisme il y a quelque chose que certains appellent féminisme chez Brigitte Bardot, il ne peut s’agir que d’un féminisme libertin, à savoir un mouvement qu’un homme ne pourrait tolérer que par l’intérêt que son beau visage et son corps sensuel lui inspirent. Il serait proche d’un « féminisme » inspiré par les déesses stripteaseuses de Playboy

Comme Marilyn Monroe, le libertinage de Brigitte Bardot se concentrait sur le fait de prêter son corps au regard, au désir et à la consommation masculine. Et c’est cette nymphomanie amoureuse, culturelle et esthétique, accolée à son refus égoïste du désir maternel, qui ont propulsé la pente féministe qui a touché les jeunes femmes des années soixante. Grâce à cela, les garçons de la jeune génération n’avaient plus besoin d’aller vers des prostituées puisque les copines, les camarades féminines, les filles en général, n’avaient plus de pudeur pour consentir à l’escroquerie généralisée de « l’amour libre ».

Nous savons que, pendant les années soixante, beaucoup d’hommes-à-femmes se sont autoproclamés féministes seulement par intérêt dans le but d’avoir des femmes qui agissaient comme Brigitte Bardot. C’était une question d’adaptation pragmatique aux nouvelles vagues des relations hommes-femmes.

S’il y a une libération des femmes à laquelle Brigitte Bardot aurait contribué, ce n’était que dans le monde des images. Nous savons qu’en dehors des images, des regards, des icônes ou des artifices, l’émancipation de la femme n’existe pas, comme celle des hommes non plus d’ailleurs. Dans les questions de sexe, du sexuel, de la sexuation et de la sexualité, il n’y a pas, il ne peut pas y avoir, de libération.

Mépris de l’amour maternel et rejet radical de son enfant

Ex-fan des sixties, Brigitte Bardot est devenue, rapidement et malgré sa position en faveur de l’avortement, un étendard de l’antiféminisme. Mais elle a rapidement perçu les limites de sa liberté imaginaire lorsque, comme Marilyn Monroe, elle a été poussée vers un refus radical de la maternité.

Le paradoxe entre libertinage, ou nymphomanie esthétique, et antiféminisme va s’accentuer lorsque Brigitte Bardot se confronte aux grossesses induites par sa conduite hypersexuelle. Plutôt que d’accepter avec joie les maternités pour être en adéquation avec son antiféminisme de fille bourgeoise et catholique de Passy, elle opte pour des avortements à chaque fois que cette conjoncture se présentait. « Ah, moi, l’avortement, je suis pour ! » […] Je trouve qu’une femme a le droit de choisir le moment qu’elle veut pour mettre un enfant au monde » (Bardot, 1973, 2023). Même si elle critiquait le féminisme, Brigitte Bardot était donc pour l’avortement de confort (Arce Ross, 2024).

Malgré cela et grâce au père de l’enfant qui s’opposait farouchement à l’avortement, son enfant Nicolas est né en 1960 mais le couple des parents se sépare en 1962 et c’est Jacques Charrier, le père, qui obtient par refus maternel la garde de l’enfant. Cette double rupture (avec son mari et son enfant) est une grande souffrance pour Brigitte Bardot. En plus, treize ans plus tard, en 1973, elle vient à perdre l’autorité parentale de son fils. Il s’agit de la même année où elle décide de quitter définitivement le cinéma. Cela l’a probablement poussé également à s’inventer un militantisme obsessionnel pour la défense des animaux, dont les bébés phoques du Canada. Et on ne peut pas s’empêcher de faire l’analogie entre les bébés phoques et le fait que, dans son ventre, les BB suffoquent. 

Vingt-et-trois ans plus tard, à la suite de la publication de ses Mémoires, Brigitte Bardot a été condamnée dans un procès intenté par son fils. D’abord, pour avoir écrit dans ce livre qu’elle s’était donné des coups sur son ventre lorsqu’elle était enceinte de lui dans une tentative ratée d’avorter. Ensuite, pour avoir écrit qu’elle ressentait que son bébé à naître était « comme une tumeur qui s’était nourrie de moi, que j’avais portée dans ma chair tuméfiée, n’attendant que le moment béni où l’on m’en débarrasserait » (Bardot, 1966). Enfin, pour avoir écrit qu’elle aurait préféré mettre au monde un chien plutôt qu’un bébé humain. Ahurissant cet amour animaliste se substituant à l’amour humain, un véritable renversement zoophile du mépris humain.

Femme de grand caractère et bercée de contradictions vis-à-vis des enfants, probablement pour cause de la maltraitance vécue lors de son enfance, Brigitte Bardot s’est, en revanche, engagé dans une lutte exagérée pour l’animalisme. La maltraitance des animaux lui rappelait probablement la maltraitance infantile dont elle avait été l’objet chez sa famille.

Notons ici que, depuis son enfance, ses anniversaires étaient très difficiles à supporter, ce qui semble indiquer une relation très problématique avec sa mère, rééditée possiblement dans son propre rejet de la maternité (Garat, 1974). Ce qui nous renvoie au fait que le problème ne se situait pas dans le fait que ses parents étaient conservateurs, bourgeois ou catholiques mais que notamment sa mère avait induit un style hypersexualisé chez la petite Brigitte, probablement pour qu’elle corresponde à ce qu’elle-même n’avait pas pu accomplir dans sa jeunesse. 

Le type de femme qu’elle a véhiculé en grandissant est celui d’une femme dominée par la séduction du fantasme masculin qu’elle croyait pouvoir maîtriser. La liberté dont on fait l’éloge chez Brigitte Bardot se réduirait à avoir créé des accessoires, des artifices, des gestes, des voix et des voies à suivre par un public féminin. Mais également à coucher avec Pierre, Paul ou Jacques. Elle séduisait et dansait avec Pierre pour attiser Paul sous le regard tendu de Jacques. « Je n’ai besoin d’aucun homme à condition qu’il me propose des aventures en Harley Davidson », comme lorsqu’elle est infidèle à son petit copain en sortant avec le patron du Spoutnik en voiture sportive décapotable (Clouzot, 1960). La multiplicité des hommes avec qui elle sortait chassait la possibilité de la vie de couple avec un seul homme et l’immense bonheur d’accéder à l’amour maternel.

De son côté, son fils, qu’elle voulait tuer avant même de voir la lumière de ses yeux, est ainsi un enfant sauvé de l’avortement. Elle disait l’aimer, mais très à la distance car ses actes prouvaient tout à fait le contraire. Non seulement Brigitte Bardot ne s’est pas occupé de lui, mais elle n’a jamais créé un quelconque lien pour, même à la distance, opérer un minimum de désir maternel. Nous sommes là devant un phénomène de la forclusion radicale de la maternité de chair et de cœur.

De la phobicisation nymphomane à la fétichisation animaliste

Très loin de l’idée de libération de la femme, Brigitte Bardot a montré toute sa vie avoir été extrêmement dépendante de phobies, obsessions, angoisses, compulsions, addictions sexuelles, haines identitaires (racisme antimusulmans, haine des femmes belles) et excès idéologiques (végétalisme, véganisme, animalisme).

Compulsion à la vengeance et à l’infidélité

Brigitte Bardot n’a pas voulu, n’a pas pu se développer en tant que femme, demeurant à jamais une icône sans pouvoir se détacher sainement de cet emblème mortifère derrière lequel elle a trouvé le gouffre d’une solitude subie, comme un bébé en désaide, comme si elle avait été rejetée par ses propres parents.

À cet égard, nous observons un parallélisme impressionnant entre la biographie de Brigitte Bardot et le film La Vérité (Clouzot, 1960) dans lequel elle avait le rôle principal. Dans le deux cas, la jeune femme en question a un rapport conflictuel à ses parents ainsi que de la jalousie envers la sœur. C’est partant de là que, dans le film, elle séduit le fiancé de sa sœur pour se venger d’un crime qu’elle n’aurait pas pu commettre mais que Dominique (Brigitte Bardot) ressentait comme vrai. Non seulement, elle réussit à séduire ce garçon (Sami Frey) mais crée avec lui une relation passionnelle et, dans un état de vertige émotionnel, finit par le tuer.

En dehors de ce crime, on pourrait avoir l’impression que ce film a été écrit pour évoquer la biographie de Brigitte Bardot et, d’un certaine façon, son destin. Même si dans sa propre vie Brigitte Bardot n’est jamais allée aussi loin, elle a été détestée par beaucoup de femmes et par beaucoup d’hommes avec qui elle avait créé des liens profonds tout en les trompant malgré tout.

Aussi bien dans le cas du personnage Dominique que chez Brigitte Bardot, il y a une compulsion à l’infidélité, un libertinage assez poussé, des relations passionnelles avec les hommes et, plus tard, avec le monde en général, une insatisfaction permanente dans chaque relation amoureuse, un état permanent de séduction centré sur son image, ainsi qu’une absence sélective de culpabilité.

Passion nymphomane et anesthésie vaginale

Au fond, la psychopathologie de Brigitte Bardot commence bien à l’image du personnage  Dominique (Clouzot, 1960) et évolue sans se situer du tout dans un état passif de souffrance, mais dans un savoir-faire de jouissance perverse et inconséquente, purement ludique. Un tel savoir-faire traverse la jouissance hypersexuelle ou nymphomane, la jouissance passionnelle, et la jouissance vengeresse contre la femme rivale pour parvenir au rejet de l’Autre et à son abandon. Un tel savoir-faire de la jouissance équivaut à une course effrénée vers l’accumulation d’expériences qui déshumanisent en ce sens que cette tendance rappelle les étapes primitives de  l’humanité.

Je fais référence là aux protosexualités de l’ère primitive qui existent encore à l’état fossilisé dans l’être hyper-moderne et qui sont actualisées selon des conditions particulières. Et, selon ce point de vue, nous pouvons aisément déduire l’existence, dans la nymphomanie amoureuse ou iconique de Brigitte Bardot, une probable incapacité à la jouissance sexuelle féminine normale. À cet égard, je peux témoigner de plusieurs cas des femmes présentant une anesthésie de l’orgasme vaginal dont la formation réactionnelle principale était une recherche nymphomane désespérée de ce but lequel, paradoxalement, dans chaque nouvelle rencontre libertine, brillait par son absence.

Dépression et tentatives de suicide

Sa biographie montre que Brigitte Bardot était cycliquement atteinte de périodes de dépression, notamment entre ses 25 et 30 ans par peur de vieillir (Garat, 1974, 2024) ou par détresse amoureuse, mais aussi parce que c’était la période de la grossesse et de la naissance de son fils, et qu’elle a commis plusieurs tentatives de suicide, au moins trois (Pivot, 1996). Nous avons ainsi une première tentative de suicide à l’âge de16 ans, en mettant la tête dans un four à gaz, lorsque ses parents ont voulu l’envoyer en Angleterre pour l’empêcher de se marier avec Roger Vadim. Ensuite, à 26 ans, lors de son anniversaire, par une phlébotomie combinée à la prise de sédatifs, à l’époque de la naissance de Nicolas. Enfin, à ses 58 ans, elle souffre d’une overdose par ingestion abusive de calmants et anxiolytiques.

Ayant eu cette overdose en 1992, cela suppose que Brigitte Bardot s’était habituée à prendre ces psychotropes depuis quelque temps déjà, soit à la suite immédiate de la période où sont nées ses deux petites filles (respectivement, en 1985 et 1990 ; Reygner, 2009). On peut aisément imaginer que n’ayant aucun contact avec son fils exilé en Norvège, le fait de ne pas pouvoir voir ses petites filles, de s’être elle-même maintenue à l’écart de sa propre descendance a pu lui causer des dégâts proches de ce que j’appelle un facteur blanc ; à savoir, un événement de perte ou de rupture qui ne produit ni la valeur traumatique ni l’affect correspondant mais des actes autodestructeurs ou suicidaires (Arce Ross, 2009). Voici ce qu’elle dit à ce propos : « Je ne suis pas une bonne grand-mère. Elles [ses petites-filles âgées de 17 et 20 ans] vivent en Norvège avec leur père (Nicolas Charrier, ndlr), elles ne parlent pas français, et nous n’avons pas l’occasion de nous voir. Pourquoi tricher ? Tu le sais, j’ai toujours dit ce que je pensais et pensé ce que je disais. Je n’ai jamais cru aux liens du sang » (Reygner, 2009).

Également, on peut mettre sur le compte des actes autodestructeurs le fait d’avoir refusé le traitement proposé par les médecins (la chimiothérapie) lors d’un cancer du sein « pour ne pas perdre [ses] cheveux » (Pigozzi, le 19 janvier 2018). En outre, si elle soufrait d’une double arthrite qui l’obligeait à marcher avec des bastons, elle éprouvait fréquemment plein d’autres douleurs physiques mais surtout psychiques. Étaient-ils en lien avec un processus sournois d’autodestruction ?

Renversement de la phobie nymphomane en fétichisation animaliste 

Femme solitaire, uniquement comprise à la fin par ses seuls animaux, c’est toujours sa beauté et son charme immense qui, comme Marilyn Monroe, ont construit et maintenu vive sa carrière. Pourtant, ce charme et cette beauté ont été très malmenés par les expériences assez précoces qu’elle a vécu sans expérience et sans prudence ainsi que par ses choix de vie, faute probablement d’un conseil parental ou équivalent. 

Il est très curieux sinon qu’elle se soit sentie « beaucoup plus proche des animaux que des êtres humains » (Pivot, 1996), comme si elle avait souffert d’une terrible déception, désormais refroidie et longtemps consolidée, du commerce avec presque tous les êtres humains, mais principalement ceux qui ressemblaient aux hommes qu’elle avait aimé et désiré. Comme le disait si bien Catherine Deneuve, « Brigitte Bardot n’ a jamais été très sympathique avec les êtres humains en général. Ni sympathique tout court. C’est une misanthrope » (Cérésa, 2025).

Bien plus que ça, ses phobies sociales, notamment sa phobie de la foule – qu’elle appelait « un monstre sans visage » pour faire référence à la haine qu’elle déclenchait chez les gens – montrent bien que le noyau principal des reproches de la foule concernaient principalement sa relation hypersexuelle avec les hommes. C’est ainsi que la fétichisation nymphomane s’étant renversée en phobie il lui fallait désormais trouver une défense contre le nouveau danger que présentait cette nouvelle phobie, d’où la fétichisation animaliste. Brigitte Bardot n’a-t-elle pas avoué : « Sans les animaux, je me serais suicidée » (Cojean, 2025) ?

En effet, l’animalisme consiste en une nouvelle fétichisation dont la source est la nymphomanie devenue phobie. Et nous savons que certaines femmes, victimes d’agressions physiques ou psychiques commises par des hommes, présentent des troubles alimentaires comme le véganisme ou le végétalisme dans la mesure où la viande peut facilement représenter le commerce avec l’homme. Quelle différence entre la très belle, espiègle et jeune femme que Brigitte Bardot était et la femme austère sinon sinistre qu’elle est devenue ! C’est comme si elle s’était réfugiée dans une réserve de loups véganes pour se protéger des misères commises par les hommes courant les filles nymphomanes.

Il y a deux versions opposées chez Brigitte Bardot. La première, avant de perdre l’autorité parentale de son fils, en 1973 ; la deuxième, après cet événement dévastateur.

D’un côté, nous avons Bardot, l’amoureuse saisonnière, une réalisation du fantasme de prostituée bénévole de l’industrie du cinéma, voire d’escort non rémunérée se prêtant volontiers à la consommation masculine pour ne pas souffrir de l’amour blessé. Il s’agissait, dans cette version,  surtout d’hommes reconnus ou de haut niveau, de préférence célibataires, sans enfants, comme si Brigitte Bardot avait voulu écarter la paternité de la condition amoureuse pour ne pas revivre les relations conflictuelles avec son père. Selon cette logique, elle se prêtait volontiers aux hommes pour satisfaire probablement un désir de vengeance contre son propre père. Cela a été presque toujours vrai, sauf avec son premier mari, ce qui nous fait penser un peu au cas de Marilyn Monroe. 

Jacques Charrier, son premier mari et le père de son seul enfant, était un acteur réservé, sérieux, présentant une grande capacité de stabilité émotionnelle, de sécurité affective et qui possédait des valeurs liées à la vie conjugale et à la paternité. Cependant, quand il est devenu père, en refusant l’avortement de son propre fils, Brigitte Bardot s’est rapidement éloignée de lui bien que jusqu’alors elle eût été très amoureuse.

Le fait qu’un homme en couple avec elle devienne père pouvait lui rappeler le vécu traumatisant avec son propre père. Cela nous indique qu’il existait chez elle, non seulement une phobie de la maternité, mais également une phobie de la paternité. Pour contrer cette double phobie, elle avait, dans une première instance, fétichisé les relations sexuelles et amoureuses avec des hommes célibataires au point de développer une nymphomanie amoureuse ou esthétique.

De son côté pourtant, elle restait, avec ces hommes, une femme-enfant. La position de l’enfant chez elle, pour elle, en elle, est restée jusqu’à la fin de sa vie, où elle n’a pas développé tous les traits spécifiques de la féminité. Restant fixée dans son développement psychosexuel à la période de l’adolescence, elle s’est identifié à Blanche Neige, non seulement avec les hommes et avec le monde en général, mais aussi avec les animaux.

De là, d’un autre côté, qu’un animalisme fétichisé ait été vécu comme un sacerdoce militant. fanatique. Cette nouvelle raison surmoïque de vivre est venue remplacer les activités mondaines, les relations libertines avec les hommes, les événements familiaux et surtout l’amour pour son propre fils. Au lieu de condescendre à la place de la mère aimante de son fils, ainsi que de ses autres enfants avortés et de ses petits enfants, Brigitte Bardot s’est convertie en Fée des bêtes, comme une réédition inversée de Blanche neige.

Je la dit inversée parce qu’au lieu de partir de la méchante mère pour fuir vers la forêt et les animaux en vue d’un prince aimant, Brigitte Bardot a effectué le chemin inverse. Peut-être que sa mère, si rigide et involontairement hypersexualisant malgré cela le corps de la petite fille, a joué le rôle d’une méchante marâtre. Le problème est que Brigitte Blanche neige a trop vite croqué la pomme de la séduction et trop précocement trouvé le Prince charmant vis-à-vis duquel elle s’est comporté de façon légère sans pouvoir établir une réconciliation pacifiante avec son père. C’est elle-même qui, au fur et à mesure du temps, a adopté l’apparence de la méchante sorcière tout en gardant cela dit, paradoxalement, le visage d’une Blanche neige sans Prince mais avec une foule de bêtes charmantes.

L’époque du libertinage, que l’on considère à tort comme une libération en tant que femme, n’était au fond qu’une offrande de son corps nu aussi bien pour l’industrie cinématographique que pour la consommation sexuelle d’une multiplicité d’hommes.

Nous savons qu’un fétichisme peut avoir comme formation réactionnelle le développement d’une phobie correspondante, et vice-versa. Dans le cas de Brigitte Bardot, le développement du fétichisme animaliste, sorte d’humanisation zoophile, a accompagné la progression de sa fuite du social et de l’ancienne nymphomanie donnant sens à une claustration aussi volontaire que phobique.

La Limite de la liberté est l’autodestruction

Désolé pour le mythe fantasmatique ! Mais, par absolu contraste avec l’admiration de la belle, charmante, sensuelle et magnifique actrice qu’elle était, il m’est impossible d’apprécier la femme adulte et la mère rejetante que Brigitte Bardot est devenue.

En somme, le problème n’est pas la nudité, le problème est l’instrumentalisation de la nudité. Cette instrumentalisation a produit des ravages en l’empêchant de vivre sa vie de façon véritablement libre et l’a poussé à s’autodétruire dans les liens avec les êtres les plus proches.

À chaque fois qu’elle avait un lien fort avec un homme, ça se terminait très mal. Et elle a perdu, très tôt et pour toujours, l’immense bonheur d’élever un enfant et de transmettre son expérience et sagesse à ses petits enfants.

Morale de l’histoire : il n’y a pas de liberté, il n’y a pas d’amour, il n’y a pas de paix sous l’ombre d’un enfant rejeté.

German ARCE ROSS. Paris, le 4 janvier 2026

Bibliographie

ARCE ROSS, German, Manie, mélancolie et facteurs blancs, Éditions Beauchesne, Paris, 2009, avec la Préface du Professeur Georges Lantéri-Laura

ARCE ROSS, German, « Psychopathologie de l’avortement », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse, PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2024

BARDOT, Brigitte, Initiales BB. Mémoires, Grasset, Paris, 1996

BARDOT, Brigitte, « Brigitte Bardot, Interview 1956-1960 », Chaîne de Curtis Hayden, YouTube, le 22 octobre 2012

BARDOT, Brigitte, « Brigitte Bardot – Interview sur l’avortement », Interview « Actuel 2 », France 3, le 9 avril 1973, Chaîne Bevervly Hills, YouTube, le 24 janvier 2023

BARDOT, Brigitte, « 1973 : Brigitte Bardot donne son avis sur le féminisme », Interview « Actuel 2 », France 3, le 9 avril 1973 , INA, YouTube, le 22 novembre 2022

BARDOT, Brigitte, « Brigitte Bardot nous dit tout », Paris Match, le 17 janvier 2018a

BARDOT, Brigitte, « Brigitte Bardot : “Je vais finir par devenir communiste…” », Le Parisien, le 1er décembre 2018b

BARDOT, Brigitte, « Interview », BFMTV, le lundi 12 mai 2025

CERESA, François, « La France libre, c’était elle », Le Figaro Magazine, le 2 janvier 2025

CLOUZOT, Henri-Georges, La Vérité, Han Productions, France, CEIAP, Italie, Columbia, 1960. Avec Brigitte Bardot, Sami Frey et Marie-José Nat

COJEAN, Annick, « Brigitte Bardot : “L’espèce humaine est arrogante et sanguinaire” », Le Monde, le 28 décembre 2025

GARAT, Jacques, « Brigitte Bardot interviewée pour ses 40 ans », Aujourd’hui Madame, le 25 octobre 1974, Chaîne Nostalgie Brigitte Bardot, YouTube, le 4 octobre 2024

HENNIG, Jean-Luc, Brève histoire des fesses, Zulma, 2009, p. 68

J. A., « Un nouveau magazine d’actualité “Cinq colonnes à la une” », Le Monde, le 9 janvier 1959

LELIEVRE, Marie-Dominique, « Brigitte Bardot et le scandale qui a rendu Saint-Tropez célèbre », Iconic, iconicriviera.com

LIPOVETSKY, Gilles, et SERROY, Jean, L’Esthétisation du monde, Gallimard, Paris, 2013

LUCOVICH, Jean-Pierre de, « Bardot la misanthrope »,L’Illustré, le 29 mars 1973, p. 41

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PIGOZZI, Caroline, « , Paris Match, le 19 janvier 2018

PIVOT, Bernard, « Interview de Brigitte Bardot », Bouillon de culture, France 2, le 4 octobre 1996

REYGNER, Laureline, « Brigitte Bardot : “Je ne suis pas une bonne grand-mère !” », sur Pure People, le 25 mars 2009

RIHOIT, Catherine, Brigitte Bardot, un mythe français, Éditions Orban, Paris, 2003

ROUSSELL, Benjamin, « Et Brigitte créa Bardot », Empreintes, France 5, le 26 octobre 2007

Paradoxes of a nymphomaniac passion in Brigitte Bardot

An ingenuous libertine who sacrificed motherhood on the altar of irresistible seduction, this French BB is an elusive Lolita and eternal woman-child, who leads you by the nose and then, like a flash in the pan, vanishes into thin air.

Brigitte Bardot presents some terrible paradoxes. First, she combines a necessary and welcome anti-feminism with a libertinism that falsely passes for women’s liberation. But she also seeks love and builds monogamous relationships that paradoxically coexist with a devouring nymphomaniac passion. Or her marriage to a man who becomes the father of her child, whom she paradoxically rejects in a radical way.

While supporting right-wing politicians and friend of far-right figures such as Jean-Marie Le Pen (former National Front) and calling herself anti-feminist, she paradoxically continues to be considered by some as an icon of women’s liberation (a movement generally associated with the identitarian left).

And so on and so forth, there are a whole host of paradoxes surrounding Brigitte Bardot that seem to revolve around a single pivot point. Namely, a nymphomaniac passion where phobias—such as a phobia of motherhood and fatherhood, a phobia of beautiful women, a phobia of cinema, a phobia of bourgeois life, a phobia of family, a phobia of balanced and stable men, a phobia of her child—find an apparent fetishized foundation.

She ended her life extremely lonely, surrounded by the compulsive fantasy of becoming an animal rights fairy, where her zoophilic morality fetishized baby seals at the expense of a suffocating human BB.

In this text, our aim is to show how, in the case of Brigitte Bardot, this paradoxical association between phobicization and fetishization of the link to the Other presents itself.

Paradojas de una pasión ninfómana en Brigitte Bardot

Ingenua libertina, que sacrificó la maternidad en aras de una seducción imperiosa, la BB de Francia es una Lolita inalcanzable y una eterna mujer-niña que lo lleva a uno por donde quiere y, como en un fuego de paja, se desvanece en la naturaleza.

Brigitte Bardot presenta terribles paradojas. En primer lugar, la de combinar un necesario y aceptable antifeminismo con un libertinaje que se presenta falsamente como una liberación de la mujer. Pero también la búsqueda del amor y la construcción de parejas monógamas que conviven paradójicamente con una pasión ninfómana devoradora. O también el matrimonio con un hombre que se convierte en padre de su hijo, a los que ella, paradójicamente, rechaza de forma radical.

Aunque apoya las políticas de derecha y es amiga de personas de extrema derecha como Jean-Marie Le Pen (líder del antiguo Front National) y se declara antifeminista, paradójicamente sigue siendo considerada por algunos como un ícono de la liberación de la mujer (movimiento generalmente de la izquierda identitaria).

Y así sucesivamente, hay toda una serie de paradojas en Brigitte Bardot que parecen girar en torno a un mismo eje. O sea, una pasión ninfómana en la que las fobias —como la fobia a la maternidad y la paternidad, la fobia a las mujeres más guapas, la fobia al cine, la fobia a la vida burguesa, la fobia a la familia, la fobia a los hombres equilibrados y estables, la fobia a su hijo— encuentran una base aparentemente fetichizada.

Termina su vida extremadamente sola, rodeada por el fantasme compulsivo de convertirse en una Hada animalista, donde su moral zoófila fetichiza a los bebes foca en lugar de un BB humano que se asfixia.

En este texto, nuestro objetivo es mostrar cómo se presenta, en el caso de Brigitte Bardot, la asociación paradójica entre la fobización y la fetichización del vínculo con el Otro.