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German ARCE ROSS. Paris, 2010.

Référence bibliographique : ARCE ROSS, German, « Le Vécu translucide sous l’architecture du placenta » [2010], Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2012.

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Cette fois-ci, je voudrais vous amener un bout de placenta, plutôt que de sein, au bol qui est le nôtre. En effet, partir du corps, ça c’est très parlant. Mais, évidemment, le retour est nécessaire. C’est-à-dire, qu’il nous faut accomplir le trajet suivant : du corps au psychique, et retour. En tout cas, cela me fait associer avec quelque chose que je n’avais pas conçu comme ça auparavant.

Quand on parle de placenta, on fait presque inévitablement référence au traumatisme de la naissance d’Otto Rank. Mais nous pouvons aussi concevoir une angoisse primordiale, d’avant la naissance, d’avant ce passage traumatisant ou non. Car la vie (et la mort et l’angoisse, voire l’angoisse de mort) sont déjà présentes avant la naissance. La naissance ne serait pas ainsi le début de la vie. Il y a de la vie avant (psychiquement, j’entends). Tellement, que l’embryon peut mourir et, pourquoi pas, se suicider, avant même de naître. Imaginons même qu’un embryon puisse capter toute l’angoisse de mort de la mère, dans son état de vie à l’intérieur du placenta, mais qu’il n’accomplisse cet acte que bien plus tard en fonction d’autres variables de sa vie post-naissance.

Le placenta comme objet pulsionnel, voire plutôt comme objet perdu (mais probablement sans deuil), est parlant. Voyons seulement à quelles conditions le pulsionnel peut être un objet du corps de l’Autre.

Je ne voudrais pas trop développer ici mes réflexions sur l’architecture comme projet artistique corporel et pulsionnel que je réserve pour un autre moment et un autre texte. Mais il y a le discours très intéressant d’une patiente qui va dans ce sens. Elle cherchait à donner une signification plus précise à ses expériences dans la serre qu’elle a dans son jardin. Serait-ce un représentant d’un ordre maternel mais oublié ? Alors, il y a l’évocation des cathédrales, des églises. Pourquoi les cathédrales sont-elles construites de la même façon, dans l’architecture classique, baroque, moderne, peu importe, avec un plafond si haut par exemple ?

L’ambiance particulière d’une église, où l’on se sent seul et en même temps accompagné d’une présence non identifiée, où l’on entr’aperçoit la lumière extérieure, filtrée par les vitraux de façon mi-opaque mi-lumineuse, comme dans un rêve, le plafond si haut, oblong, qui répercute sans cesse, comme dans une gigantesque précipitation vertigineuse, l’écho des voix, des coups de coeur, des borborygmes et des gestes, la force impérieuse de reflets liquides, de lumières spectrales, y compris l’opacité blanche ou la scintillement noir tout revêtu en nuances de gris, et pourquoi pas la chaleur infrarouge ou même le rayonnement ultraviolet…, nous fait penser à l’atmosphère possible d’un gigantesque placenta. L’embryon, à l’intérieur du ventre maternel, doit éprouver des choses équivalentes avec ce qu’on éprouve à l’intérieur d’une cathédrale.

Alors, on pourrait dire que si la religion est du Père, la cathédrale nous rend la Mère.

Normalement, les architectes des cathédrales essaient de nous faire recréer un état d’esprit propice à la prière, à la réflexion, au bien-être, à la sérénité, à l’introspection, etc., probablement parce qu’ils prennent inconsciemment modèle dans le vécu placentaire. Si cela est vrai, l’embryon doit éprouver des sentiments analogues, la croyance religieuse en moins. Mais imaginons que, pour plusieurs raisons, des raisons appartenant surtout au psychisme de la mère, l’embryon se connecte avec le possible d’une angoisse non maîtrisable.

Pour conclure, si cette angoisse placentaire est possible, nous serions en mesure d’étudier les possibles liens entre cette angoisse de mort (différente de l’angoisse de castration) et certains suicides à l’âge adulte.

German ARCE ROSS. Paris, 2010.

 

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