German ARCE ROSS. Paris, mars 2014.

Référence bibliographique (toute reproduction partielle, ou citation, doit être accompagnée des mentions suivantes) : ARCE ROSS, German, « Les Impasses du genre. Intersexes, sexuation et n’essence I », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2014.

IMG_0516

Intersexes, sexuation & “n’essence”. Deadlocks of gender theory

The sentence of Simone de Beauvoir, « one is not born a woman, but becomes one », is problematic on several levels. Is it a nonsense of the second half of the Twentieth century, which has deceived many people of good faith? Is it a misconception or a simple banality? Or should we rather see an intention of political and ideological propaganda?

Intersex people demonstrate perfectly that their state is not at all because of gender, but that it was already there at birth. Indeed, one is born intersex, but one does not becomes one! And so it is done in this space and in this time than I call “n’essence”, i.e. in this transitional area and in this placentary period before birth. Intersexes are not transvestites nor homosexuals nor heterosexuals. They are simply marked forever by the real components (not only anatomical but mainly functional and psychological) belonging to both sexes.This would mean that they may not be located in sexuation, since this one supposes mutual and binary exclusion between the sexes.

 

La phrase de Simone de Beauvoir, « on ne naît pas femme, on le devient », pose problème à plusieurs niveaux. S’agit-il de l’une des bêtises de la deuxième moitié du XXème siècle, qui a trompé beaucoup de gens de bonne foi ? S’agit-il d’une idée fausse ou d’une simple banalité ? Ou faut-il y voir bien plutôt une intention de propagande politique ?

Notons que, bien avant Simone de Beauvoir, Erasme avait déjà dit, dans De Pueris Instituendis, publié en 1529 : « on ne naît pas homme, on le devient »[1]. Voici exactement ce qu’il dit : « Arbores fortasse nascuntur, licet aut steriles, aut agresti foetu, equi nascuntur licet inutiles ; at homines, mihi crede, non nascuntur, sed finguntur », c’est-à-dire : « les arbres naissent arbres, même ceux qui ne portent aucun fruit ou des fruits sauvages ; les chevaux naissent chevaux, quand bien même ils seraient inutilisables ; mais les hommes, crois-moi, ne naissent point hommes, ils le deviennent, par un effort d’invention. » Simone de Beauvoir s’approprie cette phrase de façon futile, tout en la décontextualisant à outrance, ce qui revient à un contresens, comme dans les mauvaises traductions. Car ce qu’Erasme soutient, c’est qu’il faut instituer très tôt l’éducation aux enfants pour les humaniser. Devenir homme chez Erasme n’est donc pas un devenir sexué, mais devenir grand et élevé grâce à une éducation institutionnelle qui, comme dans sa propre vie d’orphelin, puisse se substituer à l’absence de père ou à l’absence de parenté de chair.

Voyons alors cette phrase dans la version décontextualisée de Simone de Beauvoir : « on ne naît pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. Seule la médiation d’autrui peut constituer un individu comme un Autre. En tant qu’il existe pour soi, l’enfant ne saurait se saisir comme sexuellement différencié »[2].

Aucune figure symbolique ne définit la femelle humaine ? C’est un constat de la structure même de la différence sexuelle. Une femme ne peut se définir d’abord que par rapport à l’homme qu’elle n’est pas, pas toute en tout cas. Ensuite cependant, c’est à cela que la féminité s’attèle justement : à définir et redéfinir cette forclusion d’origine, à laquelle malgré tout elle peut trouver des suppléances largement efficaces.

Le féminin comme produit intermédiaire entre le mâle et le castrat ? Si, comme le soutient Simone de Beauvoir aucune autre figure symbolique que celle du castrat ne permettait de qualifier le féminin, alors aucun être non-mâle ne pourrait « devenir » femme non plus. Ce serait tout simplement impossible, car elles ne pourraient pas être castrées ! En tout cas, ce serait bien triste, maladroit, malvenu, faux et réducteur pour les femmes de les considérer comme des castrats, c’est-à-dire rien d’autre que des hommes ayant perdu leurs attributs virils. Cela dit, si un homme réellement castré peut se féminiser en quelques aspects, il reste malgré tout un homme car, même s’il a perdu ses organes génitaux, il ne peut en aucun cas devenir femme pour autant. Un castrat reste un homme. Et les femmes ne sont pas que des êtres sans pénis ! Elles ont aussi et surtout des organes et des fonctions qu’aucun homme ne peut avoir et qui conditionnent leur être-au-monde.

L’enfant existe pour soi ? Rien de plus faux ! Aucun enfant n’existe « pour soi ». Sauf peut-être l’autiste, et encore ! Non seulement, en termes de procréation, il a bien besoin d’un géniteur et d’un corps féminin qui le conçoit et le porte. Mais aussi parce qu’en termes psychiques, l’enfant a évidemment besoin de l’Autre (Autre du langage, Autre du désir, Autre corps) ainsi que des autres, voire d’un petit autre, pour exister et se constituer en tant que sujet. Mais surtout il a besoin de son propre corps (sexué), en tant qu’Autre de lui-même, pour fonctionner dans la dialectique du désir et de la demande.

L’enfant ne peut pas se saisir tout seul comme sexuellement différencié ? Ah bon ?! Et tous les jeux des nourrissons et des tout petits enfants qui montrent, sans l’aide du verbe, sans l’influence de l’éducation ou des adultes, les différences entre filles et garçons ? En effet, pour l’identité sexuelle (différente du genre), l’enfant a bien besoin de l’intermédiaire d’un Autre. Mais, dès le début de la vie, chaque enfant, chaque foetus même, bien avant la naissance, est déjà dans la différentiation sexuelle, sauf évidemment les intersexes.

La vie intime de Simone de Beauvoir a toujours été dominée par la haine vis-à-vis de ses parents, lesquels n’ont pas su l’aider à construire sa féminité. La fille rangée, faute d’être la jeune femme aimée du père, est devenue une féministe dérangée mais, pour cela même, aimée du public. La haine de l’identité sexuelle binaire, à cause de ces parents faibles et d’un père très déçu de ne pas avoir eu un garçon et qui considérait qu’elle avait « un cerveau d’homme »[3], l’ont poussée à des troubles importants de sa condition féminine. Non seulement elle s’est refusée de vivre auprès d’un homme, mais elle a vécu toute sa vie des phénomènes que j’appelle trans-limites[4]. Fuyant le mariage, la maternité et la vie familiale pour ne pas devenir la « domestique d’un homme », elle est devenue paradoxalement dépendante de l’affection stérile d’hommes et de femmes de passage.

À cause probablement de la terrible ruine financière du grand-père maternel et de la déception du père, qui comptait vivre de la fortune de sa femme, Simone de Beauvoir a vécu son déclassement social et la déception paternelle comme des éléments à incorporer. Est-ce cela qui l’a amenée à théoriser la négation de la réalité sexuelle à la naissance ? C’est possible. Aussi bien que l’idée utopique de devoir vivre un amour vraiment « libre »[5]. Ou le projet pervers de jouir sans limites, au point de séduire et de coucher avec ses élèves mineures (en fait, des manipulations psychologiques avec un but érotique à la limite de l’abus sexuel)[6]. Pour cela, elle a été poursuivie pour « excitation de mineure à la débauche », ce qui lui valut d’être suspendue de l’Éducation Nationale[7].

Contrastant avec ses slogans de propagande, sa vie était très loin d’un véritable modèle de liberté. Ce qu’elle a montré aux autres femmes comme exemple de libération s’est traduit en fait en : l’absence d’une véritable vie professionnelle en dehors de l’écriture et d’une courte période d’enseignement, une errance amoureuse, une vie sexuelle insatisfaisante (dépendance des caprices érotiques de Jean-Paul Sartre, qui en plus était un piètre amant[8]), une instrumentalisation du signifiant résistance alors qu’en vérité elle avait collaboré avec Radio Vichy[9], une hyper-dépendance passionnelle vis-à-vis de certains hommes, comme Nelson Algren[10], celui sans qui probablement elle n’aurait pas pu écrire le Deuxième sexe[11], un grand libertinage sexuel (relations lesbiennes avec ses élèves mineures et avec d’autres femmes dont peut-être aussi sa fille adoptive, Sylvie Le Bon[12], et nombreuses relations avec d’autres hommes). L’addiction au sexe et la soumission à l’impératif de l’amour étaient, par ailleurs, accompagnées d’un véritable sacrifice de la maternité, ainsi que d’un sacrifice de la constitution d’un couple stable. Au fond, sa vie montre clairement l’impasse et l’impossibilité du projet féministe, à savoir que, pour pouvoir être “libérée”, une femme est forcément obligée d’agir comme un homme dans l’amour, dans le sexe, dans le travail et dans la vie sociale, tout en renonçant à la maternité et au lien conjugal.

Si, pour Sartre, sa relation plus fraternelle que sexuelle avec Simone était « nécessaire » pour vivre, à côté, d’autres aventures « contingentes », pour Simone, l’idéologie féministe qu’elle a construit n’était qu’une justification et un paravent pour son homosexualité. Elle soutient, en effet, que la féminité équivaut à l’amour lesbien (!) : « les amours saphiques sont dans la majorité des cas une assomption de la féminité, non son refus »[13]. Nous voyons bien la disjonctive féminité versus féminisme (ou amour saphique). Si l’homosexualité était sa prison psychique, le féminisme pouvait devenir son idéologie de « libération ». Sauf que, comme le dit Marie-Jo Bonnet, la relation de l’une avec l’autre ne fait que l’enfoncer dans une conception perverse où l’amour devient forcément prédateur.[14] L’ultra-féministe E. Audet dit même de la Simone : « elle a réglé sa conduite et sa pensée sur celle de Sartre, faisant de l’égalité une schizophrénie où les femmes auraient dû se délester de leur propre expérience du monde pour devenir comme des hommes »[15].

Toutes ses relations amoureuses avec des hommes étant vouées à l’échec, elle a fini sa vie avec une jeune femme, Sylvie Le Bon, amie privilégiée, avec qui elle a entretenu une relation ambiguë, mi-charnelle, mi-tendre, mais qu’elle a adopté pourtant légalement comme sa fille pour déshériter sa propre soeur, Hélène. En créant des relations érotiques, suivies mais sans engagement, avec des jeunes filles fragiles et extrêmement dépendantes de par leur âge, de par leurs finances ou de par leur affection, Simone de Beauvoir les a utilisées, dominées, soumises et fait souffrir comme le font ces hommes que les féministes détestent. Sans aucun doute, dans sa vie amoureuse avec les femmes, Simone de Beauvoir a été une féministe lesbienne et très macho.

Ainsi, la vie affective à la dérive de Simone de Beauvoir a été l’exact négatif de la névrose « bourgeoise » qu’elle refusait. Le chemin de cette perversion de genre est orienté par l’idée saugrenue de convertir les troubles sexuels, aussi bien que les troubles de l’identité sexuelle, en idéologie de « libération » des femmes. Simone de Beauvoir aurait vécu comme si elle avait été un être intersexes, comme si elle était en marge de la sexuation binaire, tantôt femme tantôt homme, tantôt féministe tantôt macho. Sa féminité est devenue malheureusement un permanent comme si. Mais revenons à la phrase principale du paragraphe qui nous occupe.

 

Le on-sexe, ou le mythe de l’indifférentiation sexuelle

La phrase qui dit « on ne naît pas femme, on le devient » pose problème, déjà, concernant le « on » en question. C’est qui, c’est quoi, le «on »? S’il s’agit d’une fille ou d’un garçon, ce n’est pas pareil. On ne peut pas être les deux en même temps, même si Freud a soutenu l’idée d’une bisexualité psychique d’origine, certes bien théorique et relative, chez les deux sexes.

 

Omar OritzSexuation, identité sexuelle, orientation sexuelle et genre sociétal.

Dans les Trois essais sur la théorie sexuelle, en étudiant l’étiologie de l’homosexualité (où il situe surtout le « manque d’un père fort »), Freud fait recours aux théories sur un « hermaphrodisme » anatomique général, bien que très relatif, présent chez tous les hommes et femmes, même ceux qui ont une claire orientation hétérosexuelle. Cependant, cette prédisposition bisexuelle originaire, aussi bien anatomique que psychique, ne repose, dit-il, que sur quelques « traces de l’appareil de l’autre sexe, qui ou bien subsistent, dénuées de fonction, en tant qu’organes rudimentaires, ou bien on été remodelées pour assumer d’autres fonctions »[16]Cela veut dire que le nouveau-né, garçon ou fille, comporte des minimes traces anatomiques et fonctionnelles de l’autre sexe, mais qui restent non-opérationnelles en tant que telles et qui sont au service d’une nette dominance monosexuelle (masculine ou féminine).

Et c’est pour cette raison d’ailleurs que Freud considère que l’on ne peut pas expliquer par exemple l’homosexualité par l’existence de cette bisexualité d’origine. Ce sont les débuts de la différentiation conceptuelle entre sexuation et orientation sexuelle. Aujourd’hui, nous avons une différentiation encore plus importante. Elle s’établit, selon ma propre conception, en quatre termes bien différents : il y a d’abord la sexuation, ensuite, l’orientation sexuelle, après, l’identité sexuelle et, seulement en dernier lieu, le genre sociétal ou rôle social à connotation sexuelle. La sexuation détermine que l’on puisse ou bien être homme, ou bien être femme, ou bien encore être intersexes. L’orientation sexuelle c’est le fameux “choix d’objet” qui peut être varié : hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, etc. L’identité sexuelle concerne la conformité subjective et psychique inconsciente plus ou moins réussie, plus ou moins conflictuelle, avec le sexe d’appartenance. De son côté, le genre n’est que le mode social voire sociétal et comportemental par lequel cette identité, combinée à l’orientation sexuelle, s’exerce dans la relation aux autres.

Contrairement à ce que dit Simone de Beauvoir, uniquement le quatrième de ces termes, le genre, dépend vraiment des modes, des tendances sociales, de l’éducation et de la psychologie comportementale. Tous les autres, représentant des domaines beaucoup plus profonds et sérieux, dépendent de facteurs biologiques d’origine, de données hormonales, anatomiques et fonctionnelles, mais aussi de questions anthropologiques caractérisant le genre humain (le seul genre vraiment valable), ainsi que de relations intersubjectives et psychiques inconscientes, de complexes familiaux, du vécu de l’adolescence, du choix inconscient d’un enfant selon le vécu parental, voire de cascades inter-générationnelles. Pour cette raison également, le «on » d’origine qui devient exclusivement homme ou femme, s’il existait, ne pourrait être ni vraiment bisexué ni vraiment intersexes.

 

Ou intersexes ou monosexué.

Partant d’une bisexualité toute relative et largement dominée par un monosexuel qui s’impose très vite, il y a donc bien une hiérarchie inévitable d’origine. En principe, on ne peut pas être, on ne peut pas naître, autre chose que fille ou garçon. Y compris les intersexes (autrefois appelés hermaphrodites, du mélange d’Hermès et d’Aphrodite[17]), lesquels possèdent non seulement les gonades (testicules et ovaires), éléments anatomiques sexués primaires mais également les caractères chromosomiques des deux sexes[18], développent souvent une asymétrie hiérarchique entre les deux sexes de tel façon qu’il y a soit une dominante féminine (possibilité de grossesse), soit une dominante masculine (possibilité de fertilité)[19]. Ou alors, le « on » serait, selon Simone de Beauvoir et les idéologues féministes, un objet indéterminé. C’est-à-dire que tous les bébés du monde ne seraient ni filles ni garçons, ils seraient une troisième chose indéfinie. Un troisième sexe duquel découleraient plus tard, éventuellement, homme et femme ? Une préfabrication, ou une prématuration, du sexe ?

Pour suivre jusqu’au bout les idées de Simone de Beauvoir, il faudrait dire que : ou bien, on naît un truc indéterminé et on devient après fille ou garçon. Et dans ce cas, il faudrait savoir à partir de quoi et à quel moment on devient fille ou garçon. Partant de là, il faudrait plutôt dire : « on ne naît pas fille, on le devient ». Ou plutôt, « on ne naît pas fille (ou garçon), on naît on ». Mais si on naît on, pourquoi faudrait-il que les enfants deviennent filles ou garçons ? Ne pourraient-ils pas d’ailleurs être tous des intersexes ? Le problème c’est que, même les intersexes, tout en présentant une réelle indétermination quant à la sexuation binaire, présentent les caractères des deux sexes et non pas ceux d’un troisième ! Quel intérêt donc que le on devienne seulement fille ou seulement garçon ? D’autant plus qu’il faudrait, plus tard, ne plus être fille ou garçon, pour devenir à son tour femme ou homme. Et ceux qui seraient arrivés en retard à ce processus ? Ceux qui ne se seraient pas aperçus de la nécessité de devenir fille ou garçon pour ensuite devenir femme ou homme, que seraient-ils, que deviendraient-ils ? Et si les bébés ne naissent ni il ni elle, comment faudrait-il les appeler ? Ça ? Les enfants ça ? Ou faudrait-il créer un autre pronom spécialement pour cela ? Et continuer à renforcer la perversion de la langue par l’ajout d’un lexique idéologique et sexiste-féministe, par exemple, selon la mode actuelle qui pousse à féminiser tous les titres, professions, activités et substantifs neutres ? Parce qu’aujourd’hui tout devient normal, et tout ce qui était normal est devenu incertain, peut-être que nous pourrions nous habituer à l’appeler, sans le pronom il, ni elle, un bébé-ça, un bébé-on. Nous serions ainsi devant un nouveau-né artificiellement asexué par la langue.

Ou bien, cette idée d’être (et de devenir) fille ou garçon serait alors également contestable et nous devrions nier farouchement la réalité de la différence sexuelle. Dans ce cas, les enfants non-intersexes, n’étant ni filles ni garçons au départ et ne pouvant devenir rien d’autre non plus, se situeraient peut-être en dehors des sexes et seraient vraiment indéterminés, sans sexuation connue. Mais alors, pourquoi rejoindraient-ils, plus tard, à la puberté ou à l’âge adulte, la sexualité binaire ? Ils pourraient continuer, la vie entière, pourquoi pas, à n’être ni une chose ni une autre. Ils pourraient continuer à ne pas naître, à ne pas être, sans rien devenir non plus… La nouvelle version serait : « on ne naît pas femme et on ne le devient pas non plus ».

 

Négation idéologique de la différence sexuelle.

Nous pouvons observer jusqu’où peut aller le fondamentalisme féministe, allié souvent avec les théories du genre, si nous nous penchons sur le cas de la Suède. Ce pays est non seulement l’un des plus égalitaires du monde (égalitaire, dans le sens où ils croient au mythe de l’égalité entre les sexes), mais il est aussi l’un de ceux qui veut gommer toute référence symbolique et sociale à la différence sexuelle pour parvenir à la neutralité ou à l’indétermination presque totales. Et ils commencent par modifier radicalement le lexique qui serait connoté sexuellement. Ainsi, par exemple, les Suédois estiment que les prénoms donnés aux enfants ne devraient plus être connotés sexuellement, ni même les toilettes ne devraient plus se diviser en « Dames » et « Messieurs » ! Un livre récent de Jesper Lundqvist, rempli de références neutres et indéterminées concernant les éléments, les rôles, les activités et les postures de chaque sexe, propose même la modification de l’appellation de mère et père en néologismes neutres. Ainsi, au lieu d’appeler une mère par le terme usuel « mammor » et un père « pappor », il propose, respectivement, « mappor » et «pammor »[20] !

À part l’absurdité actuelle de vouloir contraindre les hommes à uriner assis[21] (!), notons aussi la folie collective en Suède où une école maternelle, Egalia, prône l’indétermination des pronoms personnels pour les petits enfants. Au lieu d’indiquer les garçons par le pronom « han » (il) et les filles par le pronom « hon » (elle), ils en viennent désormais à appeler tous les enfants par le pronom indéterminé « hen » ! Selon la journaliste Nathalie Rotschild, « une autre école maternelle a préféré supprimer toutes les plages de “jeu libre” de son emploi du temps car, comme l’a expliqué un de ses pédagogues, c’est quand les enfants sont livrés à eux-mêmes que “naissent et s’enracinent les stéréotypes sexuels. Quand ils jouent librement, on retrouve de la hiérarchie, de l’exclusion et les fondements du harcèlement” »[22]C’est-à-dire que “pour le bien de l’enfant”, “pour sa liberté sexuelle”, on lui impose de créer des confusions entre son sexe de base (biologique et psychique) et son genre sociétal, de telle façon qu’entre les deux son identité sexuelle puisse devenir psychiquement indéterminée, ou neutre. Cette imposition idéologique est une confusion grave, voire un conflit inutile, entre genre sociétal, identité sexuelle, orientation sexuelle et sexuation.

Cela nous fait penser au règlement de la Ferme des animaux, de George Orwell[23], lequel prescrit avec autoritarisme, contre toute évidence sur leur différence radicale, que « tous les animaux sont égaux ». Sauf que, pendant ce temps, les cochons passent à prendre progressivement des prérogatives, des privilèges et des droits indus, par abus de pouvoir, par abus de confiance, par conflits d’intérêt, par prise illégale d’intérêts…! Ce système corrompu se fonde sur la manipulation des consciences par les cochons, en faisant croire qu’ils font cela pour le bien des autres animaux. Comme quoi, la morale de l’histoire c’est qu’il y a toujours des animaux « plus égaux » que d’autres. Le chemin du totalitarisme est parsemé de très bonnes intentions égalitaristes et sociétalistes.

Le problème que les suiveurs des idéologies fondamentalistes et égalitaristes de genre ne pourront pas éviter c’est que les enfants viendront eux-mêmes à se créer, depuis tout petits, leurs propres théories sur la venue des enfants au monde. Ils se rendront très vite compte, peut-être dès le premier jour où une loi de ce type est votée, qu’il y a des « hen » qui ont un pipi et d’autres « hen » qui n’en ont pas. L’habillement ne faisant pas le moine, même obligatoirement habillés en rose, les « hen » qui ont un pipi éprouveront de temps en temps des érections de leur « hen » sexuel devant certains gestes, postures, attitudes, ou tout simplement devant les charmes anatomiques des « hen » qui n’en ont pas. Et ceux derniers, anciennement dites filles, éprouveront également des émois pour les premiers. Et, ce faisant, en éprouvant ces événements pulsionnels et amoureux, les enfants se rendront compte que tous les « hen » ne sont pas pareils, qu’il y a bien deux types très différents et, pour faire référence à cette différence, pour la symboliser, pour l’intégrer et pour la situer psychiquement dans l’ordre des choses, ils trouveront eux-mêmes des noms pour différencier les « hen » entre eux. Et on reviendra ainsi au problème du départ !

 

Perversion de la langue et de la culture.

Pour qu’un dessein aussi totalitaire que celui des idéologies ultra-féministes du genre en Suède soit réellement efficace, il faudrait supprimer les pronoms personnels de tous les gens que les enfants côtoient, il faudrait supprimer toute la littérature du monde, les chansons, les traditions, les cultures, les souvenirs de mamie, les photos du mariage des parents, interdire la drague, la séduction, la galanterie, il faudrait interdire la maternité et la paternité, interdire les différences, bref interdire le désir hétérosexuel. Comme tout système totalitaire, tel que le fascisme, le communisme ou le national-socialisme, qui, en tant que religions laïques fanatisées, imposent des illusions extrêmes et définitives pour déconstruire le monde dans le réel, le féminisme fondamentaliste de genre est sans doute obligé, pour réussir, de gommer radicalement le passé.

Dans son texte prophétique 1984, Orwell avait justement prévu un cas similaire de ce qui se passe en Suède pour, au plus tard, la deuxième décennie du XXIème siècle[24]. Il avait donc prévu la création d’une novlangue, nouveau système linguistique appuyant l’idéologie totalitaire en cours. Cette novlangue, partant d’une réduction stricte, quantitative mais surtout idéologique de la langue traditionnelle, viendrait empêcher toute libre pensée ou toute pensée critique de ce qui est considéré par le pouvoir dominant comme politiquement correct. Elle implique aussi faire table rase de tout le passé culturel, de toutes les traditions, des us et coutumes ancrés dans les peuples, bref de l’ancienne pensée, pour imposer une attitude mentale soumise au nouveau système au pouvoir. C’est ce qui se passe aujourd’hui en Occident concernant, par exemple, l’application de l’idéologie féministe de genre à l’éducation.

On imagine aisément que cette éducation sociétale genrée ne supprimera pas la sexuation de base, sauf qu’elle produira des effets psychiques nuisibles très importants aussi bien dans l’assomption de l’identité sexuelle que dans le vécu de nouvelles psychopathologies liées à l’orientation sexuelle. Ainsi, par exemple, il n’est pas exclu que des enfants ayant été privés d’une éducation ouverte et pragmatique sur les différences sexuelles puissent être plus facilement la cible d’individus pédophiles, exhibitionnistes et autres marchands de prostitution infantile. Ou on créera, au moins, une réelle confusion psychique concernant l’identité et l’orientation sexuelles.

En outre, les sujets intersexes nous démontrent parfaitement que leur état n’est pas du tout du fait du genre, mais qu’il était déjà bien là à la naissance. Effectivement, on naît intersexes, on ne le devient pas ! Et donc que cela se processe dans cet espace et temps que nous appelons la n’essence, à savoir dans cette aire transitionnelle et dans cette période placentaire qui précède la naissance. Les intersexes ne sont ni travestis ni homosexuels ni hétérosexuels. Ils sont tout simplement marqués à jamais par des composantes réelles (pas seulement anatomiques mais surtout fonctionnelles et psychiques) appartenant aux deux sexes. Cela voudrait dire qu’ils ne se situent peut-être pas dans la sexuation, puisque celle-ci suppose une exclusion mutuelle et binaire entre les sexes.

 


La n’essence de l’étant, ou l’Autre-sexe-en-puissance

Dans la phrase « on ne naît pas femme, on le devient », en plus du on, le terme naître pose aussi problème. Dans un sens, cette phrase équivaut à dire  « on ne naît pas vieux (ou vieille), on le devient » ! C’est en effet une banalité de dire qu’on ne naît pas femme, puisque évidemment on ne naît pas adulte déjà. On naît bébé. Mais le bébé féminin naît petite femme. Elle n’est encore que toute petite, mais c’est une fille. Puis, côté absurdité de la phrase, qui a dit que la femme doit-elle naître ? La femme a-t-elle besoin de naître ou se trouve-t-elle n’être qu’un espoir Autre en puissance déjà ? Naît-elle ou se réveille-t-elle ? Cependant, n’est-elle déjà Autre à la naissance de la fille qui l’incarne ? Et d’ailleurs, qui a dit qu’il faut attendre la naissance pour que le devenir se mette en marche, pour que le on tente de ne plus être un simple on ? Sinon, il faudrait dire : « on n’est jamais conçu, on le devient ». Ou alors, « on n’est jamais conçu, on se construit tout seul ». À notre avis, la vie psychique est déjà bien là avant la naissance et nous postulons, alors, que l’étant-Autre-sexe-en-puissance est déjà là, au moins dès le cinquième mois de grossesse. Parce que les organes, les fonctions, les conditions pour pouvoir plus tard enfanter à son tour et vivre la sexualité, autrement que chez les hommes, sont déjà là, certaines en puissance et d’autres partialement déjà constituées ou déjà à l’oeuvre.

Du coup, nous pouvons inverser la proposition : qu’une fille devienne femme accomplie, ou pas, ce n’est pas la question essentielle du moment de l’accouchement. Mais plutôt qu’à la naissance, et bien avant, les processus pour qu’elle puisse le devenir sont déjà là, et peuvent désormais commencer à opérer si les conditions psychologiques, sociales et surtout psychiques inconscientes ne lui opposent pas de barrières. On ne devient pas un être féminin, on l’est déjà à la naissance (si on est une fille). Ainsi, si un nouveau-né est né garçon, il ne pourra jamais devenir femme. Aucune chirurgie plastique, ou transsexuelle, ne pourra lui apporter autre chose qu’un semblant anatomique de femme, sans pour autant lui insuffler l’essence substantielle et fonctionnelle de la féminité (jouissance Autre, possibilité de grossesse, réactions émotionnelles féminines, cycles menstruels, lactation après l’accouchement, utilisation du langage spécifiquement féminin tout le long de la vie, ménopause…).

 

On ne naît pas sans un corps sexué.

La naissance, ou plutôt la n’essence de son corps, conditionne le nouveau-né. Définissons par n’essence ce que nous pouvons concevoir comme l’essence de l’être sexué (et de l’être psychique en général) avant la naissance. La n’essence ce n’est pas tout à fait l’être, mais c’est l’étant avant la naissance. La n’essence de la fille à naître, c’est l’étant-bymel0i8Autre-sexe-en-puissance. La notion de n’essence est ainsi à comprendre en trois temps sémantiques. En premier lieu, phonétiquement elle a un lien intrinsèque avec la naissance, même si ces deux états ne se confondent pas vu leur écriture différente. En deuxième lieu, le mot n’essence comporte une négation partielle accolée à essence pour situer une limitation de l’état de l’être dans le pur étant. Il s’agirait d’un être sans conscience dans le pur vécu placentaire. En troisième lieu, la n’essence se réfère à l’état du foetus lors des six, cinq ou quatre mois qui précèdent la naissance.

Expliquons notre idée. Il serait tout autant absurde de dire : on ne naît pas mortel, on le devient. Évidemment, plus on s’éloigne de la naissance, plus on s’enfonce dans le creux de l’existence et plus on se rapproche de la mort. Cependant, l’être promis à la mort n’est pas un être en devenir puisque, qu’on le veuille ou pas, on naît déjà mortel ! C’est une donnée du réel depuis toujours, et pas seulement depuis la naissance mais dès que l’on obtient la vie, car on peut tout à fait mourir avant de naître. La mort que l’on porte en nous est une affaire de n’essence, à savoir l’essence avant la naissance que nous avons en nous de ne plus être. C’est à ce titre que l’on ne peut pas guérir de la mort. On peut vivre bien, sans maladies, vivre de plus en plus vieux et en bonne santé. Mais on ne peut pas devenir immortel. C’est impossible. En tout cas, sans l’augmentation trans-humaniste de la condition naturelle de l’existence.

De la même façon, l’être sexué n’est pas un être en devenir. Il est ou il n’est pas, et cela avant la naissance. Et sans en avoir conscience. Ni conscience d’identité, ni conscience de rien du tout de l’après naissance. C’est le pur étant et non pas l’être[25]. Si l’être est peut-être un sujet traversé et surdéterminé par le langage, l’étant au contraire est posé tout simplement dans un espace coordonné par le temps d’y être sans avoir conscience de l’être. Mais pendant que l’étant y est, l’être n’y est pas forcément encore. L’étant est de l’être mais avant la déréliction, avant l’émergence claire et nette du Dasein. Pourquoi ? Parce qu’il manque la séparation d’avec l’enveloppe placentaire. Donc, à ce moment précis, l’étant ne peut pas se concevoir à lui-même, faute de l’être. L’étant est ainsi dans la n’essence de l’être. Et l’être à son tour fera exister, par rétroaction, l’étant. La n’essence est ainsi forcément une nescience[26], d’où d’ailleurs l’idolâtrie ou la nostalgie inconscientes que l’on peut ressentir à son sujet.

Si l’identité sexuelle ne peut se permettre que d’être, alors, la sexuation vient de l’étant de la n’essence. Car la sexuation baigne déjà dans l’étang de l’atmosphère placentaire, c’est-à-dire dans cet espace-temps constitué d’échos, d’ombres et d’effets translucides comme dans le mythe de la caverne de Platon[27]. Ainsi, la n’essence pose les trois conditions, ou les trois coordonnées, les trois impossibles, du réel lacanien, à savoir l’être-pour-la-mort, l’être-pour-le-langage et l’être-pour-le-sexe.[28] On ne peut pas “guérir” de ces trois éléments-là, car tout simplement on ne peut pas faire sans eux. C’est donné d’origine, c’est donné de structure.

Nous devons ici établir une précision importante. Avant naissance, on a un vécu placentaire en termes masculin ou féminin. Mais ce vécu n’est, en quelque sorte, qu’à l’état brut, c’est-à-dire qu’il est sans identité. C’est pour cela, d’ailleurs, que Freud soutient que l’inconscient ne veut rien savoir de la différence des sexes, mais cette différence est entendue seulement en termes d’identité sexuelle[29]. L’inconscient ne veut rien savoir de la différence sexuelle en tant qu’identité. Évidemment ! Puisqu’il faut pas mal de tours et de paramètres du vécu après la naissance, quelques fois jusqu’à l’adolescence et parfois même au-delà, pour que l’identité sexuelle soit véritablement accomplie. Dans celle-ci, il s’agit d’un mouvement psychique important (qui, dans quelques cas, peut perdurer toute la vie), dans lequel le sujet tente d’équilibrer les tendances en une unité psychique sexuelle. Mais cette identité ne peut se supporter que sur une différence sexuelle inconsciente déjà là.

Ce qui précède, nous amène à soutenir que bien avant le genre (couche la plus superficielle et la moins importante de cette affaire), bien avant l’identité sexuelle (produit d’un profond travail psychique nécessaire pour le lien social et, pour cela, bien plus important que le genre), bien avant l’orientation sexuelle (produit d’une transmission parallèle à l’identité sexuelle, bien qu’indépendante d’elle), bien avant tout cela donc, vient la sexuation. En termes de genre, on peut devenir plus ou moins ce que l’on veut, selon les modes sociaux et comportementaux du zeitgeist ou du weltgeist du moment. En termes d’identité sexuelle psychique, on a affaire aux complexes familiaux strictement vécus lors de l’enfance et l’adolescence. Cela nous sert à modeler inconsciemment la sexuation d’origine. Et, en termes de sexuation, on ne devient rien car, tout simplement, on ne naît pas rien. On est. C’est tout.

Il faudrait d’abord considérer alors deux facteurs indéniables qui n’ont rien à voir ni avec les influences culturelles ni éducatives ni comportementales ni cognitives, mais qui sont plutôt en lien à des traits réels déjà enregistrés depuis la n’essence. D’un côté, la sexualisation du cerveau et surtout la sexualisation du corps avant la naissance ; de l’autre, la poussée hormonale lors de la puberté introduisant la jeune fille aux cycles féminins. Ni l’une ni l’autre n’étant commandées par aucune influence sociale, l’inconscient a plutôt à voir aussi bien avec ces questions du réel du sexe qu’avec les couches les plus superficielles de la modulation du genre. Après ces considérations, il nous faut toutefois faire référence ensuite à un troisième facteur, qui est la source des deux autres et qui se situe dans le domaine et le temps du vécu placentaire.

 

semaine-140La Sexualisation du cerveau à la n’essence.

 Chaque nouveau-né vient déjà avec ses organes sexuels présents, ainsi qu’avec les fonctions potentielles nécessaires pour une reproduction ultérieure, grâce au travail pré-natal de sexualisation du cerveau. Ceci constitue le premier facteur de détermination sexuelle. Il ne s’agit pas d’une simple présence anatomique, mais bien d’une présence de fonctions (plus que d’organes) encore inactivées mais potentielles pour un usage ultérieur éventuel. Il s’agit d’un environnement interne capable de respecter les rôles féminins (ou masculins) que le futur être pourra jouer dans la reproduction, le cas échéant. Autour du troisième mois de gestation, on observe une masculinisation hormonale du cerveau chez le foetus du futur garçon. Il s’agit d’une augmentation de la production de testostérone, même si le foetus se trouve dans un milieu féminin, celui de la mère. En revanche, le cerveau du foetus de la future fille n’a pas besoin de se défendre de l’environnement féminin (maternel) qui l’enveloppe et elle n’a donc pas à masculiniser hormonalement ses fonctions.

Que cette sexualisation originaire soit orientée effectivement vers une activité de reproduction ultérieure, ce fait va induire des processus psychiques, des agissements, des intérêts, des positionnements dans le désir et évidemment des rôles sociaux très différenciés chez les foetus et les nourrissons garçons et filles. Mais ces différences de relation se retrouvent non seulement chez le petit sujet, mais aussi chez les adultes (parents, famille, auxiliaires maternels, instituteurs…). Si des stéréotypes sociaux en fonction des sexes existent selon les différentes cultures, sociétés et époques, cela n’est pas tant dû au zietgeist d’une société, mais surtout à l’existence même de la différence des sexes dès la vie psychique pré-natale. C’est dans ce sens qui vont les travaux de la neuropsychologue québécoise Doreen Kimura lorsqu’elle dit : « men and women differ not only in their physical attributes and reproductive function but also in many other characteristics, including the way they solve intellectual problems. For the past few decades, it has been ideologically fashionable to insist that these behavioral differences are minimal and are the consequence of variations in experience during development before and after adolescence. Evidence accumulated more recently, however, suggests that the effects of sex hormones on brain organization occur so early in life that from the start the environment is acting on differently wired brains in boys and girls »[30].

Plusieurs autres études montrent les grandes différences entre hommes et femmes concernant la capacité de repérage spatial, les aptitudes motrices, la mémoire émotionnelle, la perception d’événements vécus, la compétence en mathématiques, le rapport à la langue en termes de sens et signification et le fonctionnement intellectuel en général. Les travaux de Doreen Kimura sont orientés dans ce sens[31], mais nous pouvons faire référence aussi à d’autres auteurs, comme Deborah Blum. Elle part de l’idée qu’il arrive toujours un moment dans la vie de tout le monde où « le sexe opposé apparaît soudain comme une espèce étrange et incompréhensible »[32]. Suivant les travaux sur la neuroplasticité comme ceux de Marian Diamond, Deborah Blum pense que si on manipule à bon escient la culture et la politique, on peut à terme influencer positivement la biologie du cerveau pour une modification adéquate et bienvenue (idéologique et politique, cela s’entend, ce qui laisse ouverte la possibilité de manipulations vraiment efficaces). Cela dit, je pense que, même si cette idée est un peu exagérée, il y a effectivement ce type de risques justement dans l’orientation que prend la science aujourd’hui.

En tout cas, Marian Diamond se pose la question suivante : « existe-t-il des différences liées au sexe dans la croissance du cortex cérébral à la naissance? » Et sa réponse est que « le cortex femelle montre que certaines zones sont développées plus fortement que d’autres à la naissance par rapport à celui du mâle. Le cortex moteur (frontal) de la femelle présente le plus fort développement alors que son cortex sensoriel (pariétal) et son cortex visuel (occipital) est moins développé. En revanche, dans le cerveau masculin, le cortex moteur, sensoriel et visuel montrent tous les trois le même degré de développement à la naissance. Les différences de taux de croissance apparaissent peu après la naissance»[33]. On peut, en outre, citer Canli et collaborateurs, lesquels soulignent que « memory for emotional stimuli and expériences diffères between the sexes. Women recall more emotional autobiographical events than men in timed tests, produce memories more quickly or with greater emotional intensity in response to cues, and report more vivid memories than their spouses for events related to their first date, last vacation, and a recent argument »[34].

Partant également des études sur la plasticité du cerveau, la neurobiologiste Lise Eliot affirme qu’il y a « des différences qui s’impriment dans le cerveau, et sans doute dans l’esprit, avant la naissance. […] La première poussée de testostérone démarre six semaines après la conception, pour se terminer avant la fin du second trimestre. Ensuite, et jusqu’au moment de la naissance, le niveau de testostérone des garçons n’est guère différent de celui des filles. Une autre poussée survient alors, plus modeste que la première, qui s’étend sur les six premiers mois de la vie. En tout état de cause, la brève période de quatre mois, avant la naissance, durant laquelle les fœtus sont exposés à la testostérone, suffit à les masculiniser entre les jambes et, dans une certaine mesure, dans leurs cerveaux embryonnaires. »[35].

À ce propos, même la neurobiologiste d’obédience ultra-féministe, Catherine Vidal, qui tente par tous les moyens à sa portée de nier les différences sexuelles concernant les aptitudes au travail, est bien obligée de concéder quelques points sur la sexualisation du cerveau lors de la vie placentaire. Elle concède, notamment, que « c’est au cours de la vie foetale que s’effectue la sexualisation du cerveau. Il faut d’abord préciser que, sur un plan strictement biologique, les cerveaux des mâles et des femelles sont différents puisque la reproduction sexuée implique des hormones et des comportements sexuels, lesquels sont contrôlés par le cerveau. C’est au cours de la vie foetale que s’effectue ce qu’on appelle la sexualisation du cerveau. Au début du développement embryonnaire, le sexe génétique de l’embryon –XX pour les femmes et XY pour les hommes- induit la formation des organes sexuels (ovaires et testicules) ; ces organes sexuels, chez l’embryon, entrent en fonction très tôt pour fabriquer les hormones sexuelles. Ces hormones sont sécrétées dans le sang du foetus et vont ainsi pénétrer dans son cerveau. Cette imprégnation hormonale précoce va influencer la formation de circuits de neurones qui, plus tard, à la puberté et chez l’adulte, seront impliqués dans la physiologie des fonctions de reproduction. […] C’est dans ce sens qu’est pertinente la notion de sexe du cerveau, considéré en tant qu’organe biologique. »[36] De cette façon, en termes purement biologiques, pendant la gestation il existe bien une sexualisation différenciée du cerveau chez le foetus selon que celui-ci soit masculin ou féminin.

Lors de la n’essence, il y a le passage progressif du sexe génétique au sexe phénotypique. Si le sexe génétique est déterminé dès la fécondation par les chromosomes sexuels présents dans la conjonction entre ces deux histoires familiales, l’acquisition d’un phénotype sexuel différencié est progressive et dépend des processus liés à la vie pré-natale, c’est-à-dire dans une certaine mesure cela peut dépendre des relations très intimes entre mère et enfant. Quatre étapes permettent la mise en place des structures et de la fonctionnalité des appareils génitaux mâle et femelle. Trois d’entre elles ont lieu durant la vie fœtale, la quatrième étant celle de la puberté.

De nombreux travaux assez récents, comme ceux de Doreen Kimura, de Deborah Blum ou de Lise Eliot, tendent à montrer, malgré qu’ils sont le fait de chercheurs en dehors du champ de la psychanalyse, que, par exemple, les variations des hormones sexuelles actives dans le cerveau dès le début de la vie foetale peuvent être déterminées par des influences « environnementales ». Et que ces influences « environnementales » concernent des éléments de la vie pré-natale, tels que « le stress, l’état de santé général, la nutrition, etc. »[37], ce que nous n’appellerons pas tout à fait environnemental mais bien plutôt psychique, parce qu’une grande partie de ces influences ne viennent pas seulement de l’extérieur mais bien de la vie psychique de la mère, voire de son histoire ancienne réactualisée lors de la période de gestation et de grossesse.

C’est pour cela que ces travaux nous apportent deux points essentiels : d’une part, les différences sexuelles se déterminent lors de la vie pré-natale et, d’autre part, que l’opposition entre inné et acquis est trop simpliste. Voire même que l’opposition entre nature et nurture ne suffit pas pour expliquer les déterminants de la différence sexuelle et que nous devons, d’urgence, introduire le facteur psychique inconscient apporté par la psychanalyse dans ce débat.

En tant que psychanalyste, je suis bien loin de penser que, hommes et femmes, nous sommes enfermés dans la seule prédétermination génétique, phénotypique ou hormonale de la différentiation sexuelle. Même les neurobiologistes sérieux ne le pensent pas non plus. Par les deux voies de détermination biologique et psychique, toutes les deux transmises par l’environnement maternel interne, la base réelle du corps sexué est indéniablement déjà bien présente avant la naissance. Pour cela, il ne me semble pas sérieux de penser que l’éducation puisse déterminer la sexuation. Et la base réelle du corps sexué n’est pas que biologique mais aussi bien psychique et inconsciente, selon tout ce que la psychogénétique peut nous apprendre en termes de précipité inter-générationnel, mais également selon la trame des échanges et des événements inter-subjetifs actuels. Dans ce sens, en termes matériels, organiques, hormonaux, fonctionnels, potentiels, génétiques et phénotypiques, mais aussi en termes psychiques et inconscients, c’est-à-dire familiaux et inter-subjectifs, nous naissons tous ou garçon ou fille. Ces deux aspects composent la base réelle de la sexuation.

La seule exception étant, non pas les bisexuels ni les homosexuels, qui sont tout autant ou  des hommes ou des femmes, mais ceux chez qui les deux pôles coexistent dans un résultat théoriquement indéterminé du point de vue de la différentiation sexuelle, c’est-à-dire les intersexes. Ces cas nous montrent, d’une part, qu’un sujet donné ne peut porter in fine que les caractéristiques des deux sexes (masculin et féminin) et non pas ceux qui seraient les caractères d’un troisième sexe par exemple, ce qui veut dire qu’un degré théorique zéro du sexué serait à exclure. D’autre part, il faut également souligner que la plupart des intersexes présente une véritable hiérarchisation de dominance soit masculine, soit féminine. Par leur exception, les intersexes nous confirment la règle de la sexuation qui est strictement et exclusivement binaire.

 

La Fonction de reproduction et les cycles féminins à la puberté.

À partir de la puberté, lorsqu’intervient le deuxième facteur de détermination sexuelle, la jeune fille sera confrontée aux tout nouveaux cycles menstruels de sa vie sexuelle, intimement en lien avec sa capacité à enfanter. Mais, même si ces cycles n’éclatent qu’à la puberté, les conditions fonctionnelles de base (somatiques et psychiques) sont déjà données à la n’essence.

Pourquoi la nature produit-elle les deux sexes ? Pourquoi entre le troisième et le cinquième mois de la grossesse, à tel foetus l’organisme maternel envoie de la testostérone et pourquoi à tel autre il adresse des oestrogènes ? Pourquoi, à ce moment-là, l’univers hormonal s’inscrira selon celui chromosomique déjà là depuis la fécondation ? Qu’est-ce qui permet que l’univers féminin (celui de la mère) où baigne l’embryon en train de se masculiniser, ou de se féminiser, “décide” de produire testostérone ou oestrogène ? Les réponses seraient à donner, à mon avis, par le vécu placentaire qui englobe l’embryon, c’est-à-dire par ce qui représente l’inconscient maternel.

Nous savons que l’existence des deux sexes répond en principe, dans et pour la nature, aux besoins de la reproduction de l’espèce. C’est de cette fonction essentielle de la vie que toute l’anatomie du garçon et de la fille est le signe. Et le moyen. Du coup, l’essentiel de la différentiation sexuelle n’est pas du tout l’anatomie, mais la fonction que chacun peut occuper dans la reproduction. Cependant, cette base biologique n’est pas suffisante pour l’établissement d’un individu en tant que sujet homme ou en tant que sujet femme. Car cela dépend de plusieurs facteurs, dont d’ailleurs l’éducation ou le conditionnement comportemental ne sont que des données très superficielles, presque anodines. Cela est plutôt la base sur laquelle tous les complexes familiaux, l’histoire de la trame inconsciente, le vécu du sujet, mais aussi ce qu’on lui a transmis depuis des générations, y compris le rapport au corps, à l’anatomie, etc., s’exercera.

Lors de la puberté, les caractères sexuels primaires, comme les trompes, se développent grâce aux œstrogènes qui modifient également la morphologie de la jeune fille en dessinant les caractères sexuels secondaires (développement des seins et modification du bassin qui devient plus large, plus souple). À la fin de ce stade, le corps féminin est préparé pour la fonction de reproduction, laquelle est signée par le début des cycles menstruels, l’une des différences majeures entre femmes et hommes, mais aussi par l’anatomie de la jeune femme qui devient adaptée à l’accouchement.

De nombreux travaux, tels que ceux de Wolf & Kirschbaum (2002), Sisk (2005), Sherwin (2006) et Farage, Osborn & MacLean (2008), montrent également les influences hormonales des cycles menstruels dans le fonctionnement intellectuel et émotionnel en général, à partir de la puberté ainsi que, bien plus tard, lors de la ménopause[38]. Une autre étude neurologique très récente (Pletikos, décembre 2013), a également montré que l’expression génétique dans le développement du cerveau est plus active avant la naissance, lors des premiers mois de la grossesse, ainsi qu’au cours de la puberté et de l’adolescence[39].

Concernant spécifiquement quelques différences au niveau de la psychopathologie, nous savons par exemple que les femmes sont bien plus susceptibles d’éprouver des dépressions que les hommes. Ainsi, la psychiatre américaine Louann Brizendine, très attaquée par les féministes, s’est rendu compte, selon Tom Butler-Bowdon, que « until puberty, depression rates between boys and girls are the same. » Alors, elle s’est demandée : « could the hormonal changes to girls in the early teenage years might make them suddenly more prone to getting depressed? ». Il s’agit d’un élément que nous observons aussi dans la clinique psychanalytique où certaines patientes sont beaucoup plus sensibles aux émotions, à la colère, au chagrin voire aux troubles dépressifs lors des phases menstruelles ou pré-menstruelles. Brizendine a alors tenté de répondre à cette question par des observations neuroscientifiques : « women and men have the same number of brain cells, but the woman’s is more tightly packed into the skull » ; « in relation to speech, emotional intelligence and the ability to store rich memory, therefore, women have a natural advantage » ; « the female brain experiences greater stress over the same event as a man’s, and this stress is a way of taking account of all possible risks to her children or family unit » ; « women actually use different parts of the brain and different circuits than men to accomplish the same tasks, including solving problems, processing language, and generally experiencing the world » ; « studies have shown that men think about sex on average every 52 seconds, while for women it is once a day »[40].

Compte tenu de ces observations, Brizendine vient à considérer que si la jeune adolescente a autant besoin de faire du shopping ou de communiquer, par exemple, tout comme à éprouver des moments de déprime, c’est probablement « à cause » de modifications hormonales importantes à cet âge, telles que : une fluctuation importante du niveau d’oestrogène (l’une des hormones pour “se sentir bien”), de progestérone (le “valium du cerveau”) et de cortisol (l’hormone du stress) dans son cerveau. Ou encore par la production d’ocytocine, qui donne envie d’aimer et de se connecter aux autres, aussi bien que de dopamine, qui stimule les centres du plaisir du cerveau. Pour Brizendine, que ce soit pour plus ou moins d’oestrogènes, ou pour plus ou moins d’androgènes (les hormones associées aux agressions), ce qui est important d’observer, c’est que la période de la puberté amène de grandes fluctuations hormonales chez l’adolescente lesquelles fluctuations sont très différentes, en niveau, intensité et qualité, de celles du garçon. Ainsi, pour cet auteur, « in summary, in the teen years the differing hormonal affects on the brain cause males and females to go off in different directions: boys gain self-esteem through independence from others, while females gain it through the closeness of their social bonds »[41].

La base biochimique de la fonction de reproduction n’est pas suffisante, mais elle est incontournable pour la différentiation des sexes. Y compris dans les cas où telle femme, ou tel homme, n’aura jamais d’enfants. Ce qui compte nécessairement pour l’établissement de la sexuation est le fait que notre corps est fait pour occuper la place du géniteur, ou au contraire la place de la maternité, dans la fonction de reproduction. Les corps de l’homme et de la femme se différencient déjà en fonction de cela. Ce n’est pas suffisant pour devenir un adulte homme, ou une adulte femme, mais c’est une condition sine qua non. Et cela est produit déjà dans la période de la n’essence, c’est-à-dire lors des 6 ou 5 derniers mois de la vie du foetus avant sa naissance. Pendant cette période, le foetus a le temps de s’habituer inconsciemment à un corps masculinisé, ou à un corps féminisé, selon les places potentielles qu’il pourra occuper plus tard dans la fonction de reproduction. Cela peut laisser des traces très fortes qui seront plus tard mobilisées psychiquement.

Toutefois, lors de la n’essence, nous ne pouvons pas faire abstraction d’un facteur essentiel qui n’est ni biologique ni génétique ni purement hormonal non plus. Ce facteur peut se lier à l’hormonal, mais il ne se confond pas avec celui-ci. En plus de la part chromosomique de base (génétique) et le début, déjà entre le 3ème et 5ème mois de la grossesse, d’une sexualisation du cerveau du foetus (hormonal) —laquelle sexualisation sera opérationnelle plus tard, par exemple, dans les cycles de reproduction (phénotypique) chez la femme ou dans l’absence de cycles chez l’homme—, nous avons la relation de tout cela avec un environnement intime, non seulement vital et biologique mais surtout psychique. Cet environnement intime et matériellement psychique est celui produit inconsciemment par le vécu placentaire.

 

Le Facteur placentaire à la n’essence.

Le troisième facteur, représenté par le vécu de l’enveloppe translucide ou placentaire, sorte de caverne platonicienne avant la naissance, est donc le psychisme maternel. La mère est inévitablement confrontée à toute une série d’événements inter-subjectifs historiques, familiaux, actuels, de désir, d’amour et d’angoisse, de vécu problématique ou serein, de projections, identifarticle-new-thumbnail_ehow_images_a04_va_dr_lung-development-fetus-800x800ications, doutes, émotions, affects… qui se précipitent avec force dans son corps lors de la grossesse. Ces événements inter-subjectifs de la vie maternelle peuvent alors influencer énormément, d’une part, le type de lien entre les hormones sexualisants et la base chromosomique déjà là et, d’autre part, les impressions psychiques de la vie placentaire, à savoir les échos, les effets translucides, les ombres, les sensations et autres émotions et affects que le foetus éprouve.[42] Cela peut provoquer, soit synchroniquement, une plus grande ou une plus petite sexualisation hormonale du cerveau, en accord ou pas avec la base chromosomique, soit diachroniquement, cela peut être emmagasiné pour se manifester plus tard non seulement dans l’identité sexuelle mais également, pourquoi pas, dans l’orientation sexuelle.

En psychologie clinique et en psychopathologie, surtout lorsque l’on est orienté par la psychanalyse, nous ne considérons pas en général que les questions psychiques trouvent leur origine, encore moins leur cause, dans le cerveau. Mais, en même temps, nous ne pouvons pas nier non plus l’existence, la valeur et la fonction de celui-ci. C’est pareil pour la question sexuelle. Nous ne croyons pas que la sexuation se résume au biologique, qu’il soit génétique ou hormonal. Mais il serait irresponsable de nier la réalité, la valeur et la fonction de l’organique comme étant une partie de la base nécessaire pour la détermination des sexes. La plus grande preuve de tout cela ce sont les intersexes, qui ne deviennent ni hommes ni femmes du fait même d’être nés, déjà, avec les composantes organiques et biologiques des deux sexes. Après, l’orientation sexuelle, l’identité sexuelle ou le genre sociétal, constituent autant de questions qui viennent se superposer sur cette base de n’essence.

Cela dit, la base organique lors de la n’essence est à comprendre comme une plateforme très plastique où se processent, de manière presque inaltérable, durable et solide, l’influence des inter-relations mère-placenta-foetus. L’inter-relation avec le foetus peut prendre un tournant très intense à certains moments clefs de la grossesse, tels que l’échographie du 5ème mois et ceci peut se faire à travers de représentations positives et négatives, des attentes puissantes, voire des angoisses, que la mère ou les parents peuvent avoir sur le futur enfant. C’est ce qui a été étudié par Sylvie Viaux[43] dans sa thèse de doctorat : « la femme enceinte vient à l’échographie fœtale (recommandée, mais non obligatoire) dans l’espoir de rassurer ses craintes quant à l’intégrité du fœtus ». Si certaines mères peuvent être capables de sentir inconsciemment les différences sexuées du foetus un peu avant l’échographie du 5ème mois, c’est-à-dire après que le sexe gonadique soit déjà en place, c’est probablement parce qu’il agit, vit, occupe l’espace et inter-agit différemment en fonction du sexe phénotypique différencié.

Même par rapport à la taille, au poids, à l’activité motrice ou à la nourriture, il y a des différences très importantes entre filles et garçons dans la période placentaire. Ainsi, les garçons sont beaucoup plus dépendants que les filles des capacités ou conditions nourricières de leur mère. C’est l’une des conclusions d’une étude comme celle de Johan G. Eriksson et al.[44]. Ils nous disent que « the growth of every human fetus is constrained by the limited capacity of the mother and placenta to deliver nutrients to it. At birth boys tend to be longer than girls at any placental weight. Boy’s placentas may therefore be more efficient than girls, but may have less reserve capacity. In the womb boys grow faster than girls and are therefore at greater risk of becoming undernourished. […] Boys’ greater dependence on their mothers’ diets may enable them to capitalize on an improving food supply, but it makes them vulnerable to food shortages. The ultimate manifestation of their dangerous strategies may be that men have higher blood pressures and shorter lives than women ». Dans la même veine et lors d’une étude récente dans le domaine sociologique et économique, Prashant & Leah (2010) soutiennent avoir trouvé des « significant differences in the prenatal healthcare choices of women when they are pregnant with boys relative to when they are pregnant with girls »[45]. Il n’est donc pas exclu que ces « prenatal healthcare choices » produisent également des influences notables au foetus, alimentant ainsi les éléments qui entrent en compte dans ce que je peux désormais appeler le facteur translucide de la n’essence.

Par ailleurs, plusieurs expériences, que l’on peut faire soi-même avec un peu d’astuce lorsqu’on va avoir un enfant, montrent que le foetus est sensible et réagit aux impulsions de son, d’odeur et de lumière dans le placenta : « if you shine a very bright light up inside the uterus, the fetus will turn away from it. Similarly, doctors suspect that the fetus may be able to detect a faint glow if a strong light is pointed right at mom’s belly. Ultrasound has also revealed that fetuses gradually open and close their eyes more and more as they near delivery, as if practicing for blinking and seeing in the outside world »[46].

Sinon, pour reprendre le débat sur l’inné et l’environnement, je tiens à souligner que les psychanalystes n’avons pas non plus à céder aux théories comportementalistes, éducatives ou sociologiques, imprégnées des idéologies ultra-féministes, égalitaristes ou queer, qui prônent la « culture » et ses « stéréotypes » comme les déterminants de la différence sexuelle. Les théoriciens et chercheurs des Gender Studies font cela en substituant progressivement, grâce au puissant ziegeist de notre société, le terme genre au mot sexe, de telle façon que subrepticement les influences sociales qui déterminent le rôle social du genre sont automatiquement appliquées à la sexuation et à l’identité sexuelle. Ceci est un symptôme de la complicité entre discours de la science, idéologie égalitariste et modes sociétales. Notons, en outre, que les anti-stéréotypes de genre, qui appartiennent à un nouveau discours idéologique égalitariste, sont aussi des stéréotypes eux-mêmes.

En termes de sexuation, on est ce que l’on apporte au monde dans l’étant de notre sac corporel.  Ce n’est ni modal, ni sociétal, ni idéologique. C’est du pur étant qui, dans sa confrontation avec la déréliction du Dasein, devient un profond manque-à-être. Il nous manque-à-être à cause de la mort. Il nous manque-à-être à cause de notre rapport obligatoire au langage. Il nous manque-à-être à cause de la présence indépassable d’un seul sexe. Et on pourrait dire que chez l’intersexes il manque peut-être a half de chaque côté, bien qu’en général il y ait une dominante (masculine ou féminine) qui finit par s’imposer. Il nous manque-à-être donc à cause de la sexuation. Car la sexuation n’est pas seulement ce processus positif et positiviste qui nous permet de nous situer en tant qu’homme ou en tant que femme. Il est surtout ce processus qui, étant ce qu’il est avant la naissance de l’être qui souffre son existence, nous pousse à chercher sans cesse ce que nous ne sommes pas et qui nous manque-à-être, ou ce qui nous manquerait pour être complets. C’est là où la suppléance de l’amour trouvera, en noeud, en tresse, en fil, en gouttes ou en morceaux, un nouveau sinn und bedeutung[47] concernant le manque-à-être de la n’essence.

L’amour vient sans doute apaiser symboliquement la souffrance réelle de la sexuation. Binaire sexuel de la différence absolue[48], la sexuation nous indique surtout ce que nous ne sommes pas. L’homme aime une femme qui n’a pas ce qu’il a, mais qui peut être beaucoup plus qu’il n’est ; tandis que la femme aime un homme qui n’est pas ce qu’elle est, mais qui peut lui donner ce qu’elle ne peut pas avoir toute seule[49]. Si la n’essence se pose comme domaine du manque-à-être absolu, la naissance jette le sujet dans la dialectique du sens et de la signification de l’amour. Il s’agit d’un univers où les arrangements avec la jouissance phallique permettront de sublimer, dans le fantasme, le manque-à-être de origine, voire de suppléer par l’amour à la forclusion du sens de l’être-pour-la-mort. Indépendamment des modes et des époques, les hommes et les femmes ne nous arrangeons pas de la même façon devant ces questions.[50]

 

1863_Alexandre_Cabanel_-_The_Birth_of_Venus

Le Devenir Autre-sexe pour une fille

Également, dans le slogan féministe « on ne naît pas femme, on le devient », le terme devenir pose problème. Soit c’est une idée banale, soit c’est une absurdité. L’idée de devenir femme peut être banale dans le sens où c’est évident que les enfants, en général, deviennent adultes et que, dans le cas qui nous occupe, une fille devient femme. Si un enfant ne devient pas adulte, ce qui peut arriver, on dit de lui, lorsqu’il est déjà grand, qu’il est resté infantile. Ainsi, une fille qui ne devient pas femme, reste une adulte-fille, mais elle ne devient pas homme pour autant. Par ailleurs, si c’était vrai que l’on ne naît pas femme et que naître, au sens figuré, peut être compris comme devenir, alors il est exclu pour une fille de devenir femme, dans le sens où devenir serait l’équivalent de naître. La proposition de Simone de Beauvoir est ainsi une impasse logique.

Sinon, si ce n’est pas à la naissance, il faudrait que Simone de Beauvoir nous dise quand et comment cet être indéterminé, le on, devient effectivement femme. Serait-ce à 7 ans ? Lors de la puberté ? Ou un peu plus tard encore, à l’adolescence ? Voire carrément à l’âge adulte, mais quand ? Et cet âge du devenir femme serait-il pareil pour toutes (ou au moins pour les on à vocation fille) ? Ou, au contraire, chaque femme trouverait-elle son âge pour le devenir ? Et selon quels critères ? Et si c’est possible de le devenir, alors, pourrait-on aussi cesser de le devenir et éventuellement rebrousser chemin pour redevenir fille, voire même redevenir l’être indéterminé qu’elle était avant la naissance ? Et, dans ces cas, si le on qui aurait pu devenir femme ne le devient pas, quand est-ce qu’elle (ou il) peut le savoir ?

Ainsi, qu’est-ce qu’il faudrait dire du on qui ne devient pas femme ? Faut-il croire que ce on qui n’est pas devenu femme, devient pour autant homme ou reste-il on ? Pour les féministes fondamentalistes, nous aurions alors trois versions possibles : celle où le on devient femme, celle où le on devient homme et celle où le petit on devient grand on. Faudrait-il alors considérer le on que l’on reste, ou le grand on que l’on devient, comme un sexe nouveau ? Faudrait-il considérer les gens en tant qu’hommes, femmes et on ?

Par ailleurs, si le on devient femme, c’est qu’être femme (ou être homme) serait secondaire par rapport au sexe originaire appelé le on-sexe. Sauf que si, par hasard, on ne devient pas femme, qu’est-ce qu’il devient alors ? Reste-il toujours on ? Devient-il grand on ? Ou, par défaut d’être femme, le on est-il bien obligé de devenir homme ? Comme nous savons de façon pragmatique que dans l’existence, et sauf preuve du contraire, il n’y a qu’homme et femme, cette dernière possibilité me semble plus probable, c’est-à-dire que, selon l’idéologie féministe, on devient homme par défaut de ne pas pouvoir devenir femme. Dans ce cas, pour les féministes genristes, la hiérarchie théorique des sexes serait la suivante : d’abord, le on-sexe, qui serait un sexe neutre, indéfini, indéterminé et originaire donné à la naissance ; ensuite, la femme, en tant que sexe déterminé comme progrès du devenir du on-sexe ; finalement, l’homme, qui ne serait qu’un sexe par défaut, ou par impossibilité du devenir femme à partir du on. Même si cette théorie ne semble pas très laudative pour les individus appartenant à la “catégorie” des hommes, pourquoi pas. Mais regardons quels seraient les soubassements logiques d’une telle théorie.

Premièrement, cette théorie reviendrait à recréer la différence sexuelle malgré le fait que leurs auteurs soient partis justement, et bien paradoxalement, d’une dénégation de la différence sexuelle. Sauf qu’il s’agirait d’une différence sexuelle où sont sommairement confondus sexuation et aspect sociologique, voire “sociétal”, de l’identité sexuelle. Pour les défenseurs de ces théories féministes de genre, l’être homme et l’être femme équivalent à des choix identitaires et volontaires qui peuvent être modifiés par la simple volonté ou par l’intervention éducative précoce. Il s’agit de positions tout à fait anti-psychanalytiques, car elles supposent la primauté de l’éducation comportementaliste ou de l’auto-détermination cognitive devant les forces inconscientes liées aux complexes familiaux. À mon avis, il faudrait plutôt dire que la fille naît femme en devenir, tout en considérant que toutes les filles ne parviennent pas à devenir complètement femme dans le sens d’Erasme et selon l’activité sexuelle qu’elles peuvent accomplir. Pareillement, toujours dans le sens d’Erasme, le garçon naît homme en devenir, même si tous les garçons ne parviennent pas à se situer complètement en tant que vrais hommes qui aiment et désirent les femmes. Cependant, cela ne les empêche pas d’être sexués, respectivement, en tant que femmes, les premières, et en tant qu’hommes, les seconds.

Deuxièmement, la théorie féministe genriste pose les deux sexes comme secondaires ou logiquement dépendants d’un sexe primaire, indifférencié ou indéterminé, le on-sexe. Nous serions tentés néanmoins de souligner que presque tout ce qui dans la langue, est neutre et général, et qui pour cela englobe les hommes et les femmes, est véhiculé selon une version masculine. Mais si nous regardons seulement la raison selon laquelle l’homme ne serait créé que par un défaut du devenir femme, cela reviendrait à considérer que l’homme n’est au fond que le on qui n’a pas pu devenir femme. Et dans ce cas, il se déduit que le sexe primaire, le on-sexe, comme dans les théories sexuelles infantiles, serait forcément masculin : “on ne naît pas fille, on naît tous garçons”.

Troisièmement, si la cause du devenir homme serait facile à trouver dans l’aporie du devenir femme, on ne visualise pas bien ce qui permettrait précisément de devenir femme. Qu’est-ce qui se passerait dans l’essence ou dans le vécu du on pour que le on devienne femme ? A quel moment, à partir de quoi on deviendrait femme ? Et pourquoi ? Quel intérêt ?, sachant que l’homme en face ne serait qu’un sexe par défaut, un sous-sexe… Ou alors, il faudrait changer la perspective et considérer qu’il n’y a pas trois mais deux sexes seulement, à savoir le on-sexe et la femme qui, sous certaines conditions mystérieuses, peut être, elle-même, un destin du on. Mais s’il ne parvient pas à le devenir, il reste à son état initial, on. Si, d’un côté, le on reste on sans pouvoir devenir femme et si, d’un autre côté, le devenir homme n’est que le défaut du on de devenir femme, alors, le on qui reste on devient homme et cela veut dire que le on est forcément masculin.

Mais, il nous faudrait répondre maintenant à une question qui est à la base des théories féministes du genre. La question est la suivante : malgré tout ce qu’on vient de dire, peut-on devenir femme seulement par l’éducation, par la modification du comportement, par l’acquisition cognitive et par l’influence psychologique de l’environnement proche, sans la base réelle de la n’essence ? C’est-à-dire que, dans certains cas particuliers, peut-on transcender sa sexuation ou la transposer d’un pôle sexuel à l’autre ? Autrement dit, un sujet peut-il procéder à une manipulation réussie de sa sexuation au point de parvenir à une sorte de transsexuation ?

Cette question de la transsexuation sera traitée lors de notre prochain texte sur le sujet.

 

Notes

1 ERASME, De Pueris Instituendis (1529), Margolin, Génève, 1966, p. 122.

2 BEAUVOIR, Simone de, Le Deuxième sexe. Gallimard, Paris, 1949, pp. 285-286.

3 BEAUVOIR, Simone de, Mémoires d’une fille rangée. Gallimard, Paris, 2000, p. 161.

4 Les phénomènes et événements trans-limites ont été introduits dans le texte : ARCE ROSS, German, « Asexualité poly-symptomatyique, homoparentalité et événements trans-limites », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse, psychanalysevideoblog.com, 2013. Concernant les phénomènes trans-limites, nous faisons référence à une série d’événements, souvent assez précoces, qui sont autre chose que traumatiques. Ils produisent des graves problèmes, mais ils sont différents des traumatismes psychiques. Notamment en ceci qu’ils véhiculent un sur-plus de plaisir, un excédent d’excitation, un trop d’angoisse, et leur corrélât qui serait un certain “savoir-faire”, ou un “savoir jouir”, à une époque de la vie de l’enfant où il n’est pas préparé pour en supporter autant. Ce sont soit des actes graves de transgression, soit plus sournoisement une ambiance particulière qui domine la vie d’une famille donnée. Ces événements sont dits trans-limites car ils dépassent les frontières, les barrières ou les contours nécessaires pour le développement de l’enfant ou pour l’épanouissement du sujet.

5 Cf. DURAN COHEN, Ilan, Les Amants du Flore. France 3, France, 2006. Avec Anna Mouglalis et Lorant Deustch.

6 BONNET, Marie-Jo, « La Lesbienne dans Le Deuxième Sexe : un universalisme sans universalité », Études francophones, Vol. XVI, nº 1, LaFayette University, USA, printemps 2001.

7 GILBERT, J., Une si douce occupation : Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, 1940-1944, Albin Michel, Paris, 1991, pp. 210-212.

8 BEAUVOIR, Simone de, Lettres à Sartre. Tome I : 1930-1939. Tome II : 1940-1963. Gallimard, Paris, 1990.

9 BEAUVOIR, Simone de, La Force de l’âge. Gallimard, Paris, 1960. Cf. aussi : GALSTER, Ingrid, Beauvoir dans tous ses états. Taillandier, Paris, 2007.

10 BEAUVOIR, Simone de, Lettres à Nelson Algren. Un amour transatlantique (1947-1964). Gallimard, Paris, 1997.

11 FRAIN, I., Beauvoir in love. Michel Lafon, Paris, 2012.

12 ROWLEY, Hazel, Tête à tête. The Tumultuous Lives and Loves of Simone de Beauvoir and Jean-Paul Sartre, Harper Collins, 2006, p. 389.

13 BEAUVOIR, Simone de, Le Deuxième sexe, op. cit.

14 BONNET, Marie-Jo, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ?, Odile Jacob, Paris, 2004.

15 AUDET, Elaine, Centenaire de Simone de Beauvoir – Éloges et critiques, Sisyphe.org, janvier 2008.

16 FREUD, Sigmund, « Trois essais sur la théorie sexuelle » [1905], Oeuvres complètes, 1901-1905, Vol. VI. PUF, Paris, 2006, p. 74.

17 A. D. Dreger, C. Chase, A. Sousa, P.A. Gruppuso et J. Frader, « Changing the Nomenclature/Taxonomy for Intersex: A Scientific and Clinical Rationale », in: Journal of Pediatric Endocrinology and Metabolism, august 2005, 18 (8).

18 Donohoue PA. « Disorders of sex development (intersex) », In: Kliegman RM, Behrman RE, Jenson HB, Stanton BF, eds., Nelson Textbook of Pediatrics, 19th ed., Saunders Elsevier, Philadelphia, Pa, 2011, chap. 582.

19 LEVY, D. J, LEVINE, L. S., and NEW, M. I.,« Male Pseudohermaphroditism », Pediatrics in Review, Vol. 3 No. 9 March 1, 1982, pp. 273-283.

20 LUNDQVIST, Jesper, Kivi & Monsterhund. Olika Förlag, Stockholm, 2012.

21 Cf. le projet de loi dont l’auteur est le député Viggo Hanse

22 ROTSCHILD, Nathalie, Slate : http://www.slate.fr/story/56183/hen-pronom-neutre-genre-suede.

23 ORWELL, George. La Ferme des animaux [1945]. Gallimard, Paris, 1983.

24 ORWELL, Georges. 1984. Gallimard, Paris, 1950.

25 HEIDEGGER, Martin, Être et Temps. Gallimard, Paris, 1986.

26 DIEGUEZ, Manuel de, Science et nescience. Gallimard, Paris, Cf. aussi : LACAN, Jacques, « Subversion du sujet et dialectique du désir », Écrits. Seuil, Paris, 1966, p. 814.

27 PLATON. « Le Mythe de la caverne », La République, Livre VII. Garnier-Flammarion, Paris, 1987.

28 LACAN, J., « L’Étourdit » (1972), Scilicet 4, Seuil, Paris, 1973, p. 44 : « les trois dit-mensions de l’impossible : (…) dans le sexe, dans le sens et dans la signification ». L’être-pour-le-sexe marque le sujet de la résolution impossible du manque pulsionnel. Et si l’être-pour-la-mort représente l’impossible du sens, l’être-pour-le-langage représente l’impossible de la signification. Ces trois impossibles du manque-à-être concernent le réel de la structure.

29 SAUVAGNAT, François et al., « Nomination, diffamation, différence des sexes », Institut des Hautes Études en Psychanalyse, 2013, Paris.

30 KIMURA, Doreen, « Sex Differences in the Brain », Scientific American Presents, 1999, pp. 32-37.

31 KIMURA, Doreen, « Human Sex Differences in Cognition: Fact, Not Predicament », Sexualities, Evolution & Gender, Vol. 6, Issue 1, 2004, pp. 45-53.

32 BLUM, Deborah, Sex on the Brain: The Biological Differences between Men and Women, Viking Press, 1997.

33 DIAMOND, Marian, « Male and Female Brains », Summary of Lecture for Women’s Forum West Annual Meeting, Johns Hopkins School of Education, San Francisco, California, 2003.

34 CANLI, Turhan, DESMOND, John, ZHAO, Zuo, & GABRIELI, John, « Sex differences in the neural basis of emotional memories », Departments of Psychology and Radiology, Stanford University : Proceedings of National Academy of Sciences USA, vol. 99, no. 16, 2002, pp. 10789-10794.

35 ELIOT, Lise, Cerveau rose, cerveau bleu : Les neurones ont-ils un sexe ?, Robert Laffont, Paris, 2011.

36 Extrait : http://1libertaire.free.fr/LesexeducerveauVidal.html. Cf. aussi : VIDAL, Catherine, « Le cerveau, le sexe et l’idéologie dans les neurosciences », L’Orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 31/4 | 2002, mis en ligne le 01 décembre 2005. URL : http://osp.revues.org/index3389.html. Ou encore, VIDAL, Catherine. Hommes-femmes avons-nous le même cerveau ? Le Pommier, Paris, 2012.

37 KIMURA, Doreen, Cerveau d’homme, cerveau de femme ? (1999), Odile Jacob, Paris, 2001, pp. 14-15.

38 FARAGE, M. A., OSBORN, T. W., & MACLEAN, A. B. « Cognitive, sensory, and emotional changes associated with the menstrual cycle: a review ». Arch Gynecol Obstet, 278(4), 2008, pp. 299-307«  ; SHERWIN, B. B. « Estrogen and cognitive aging in women », Neuroscience, 138(3), 2006, pp. 1021-1026 ; SISK, C. L., & ZEHR, J. L. « Pubertal hormones organize the adolescent brain and behavior », Front Neuroendocrinol., 26(3-4), 2005, pp. 163-174 ; WOLF, O. T., & KIRSCHBAUM, C. « Endogenous estradiol and testosterone levels are associated with cognitive performance in older women and men », Horm Behav, 41(3), 2002, pp. 259-266.

39 PLETIKOS, Mihovil and coll., « Temporal Specification and Bilaterality of Human Neocortical Topographic Gene Expression », Neuron., Volume 81, Issue 2, December 2013, pp. 321-332.

40 BUTLER-BOWDON, Tom, 50 Psychology Classics: Who We Are, How We Think, What We Do. Insight and inspiration from 50 key books, Nicholas Brealey, London & Boston, 2006.

41 BRIZENDINE, Louann, The Female Brain, Morgan Road Books, 2006.

42 ARCE ROSS, German, « Le Vécu translucide », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2013.

43 VIAUX, Sylvie, Recherche Clinique en périnatalité : Impact du prénatal sur la psychopathologie du bébé et de la dyade mère-enfant. Thèse de Doctorat, Université de Paris VI – Sorbonne, Paris, 2011.

44 ERIKSSON, Johan G. et al., « Boys Live Dangerously In The Womb », American Journal of Human Biology, 2009.

45 PRASHANT B. & LEAH K. N., « Discrimination Begins in the Womb: Evidence of Sex-Selective Prenatal Investments », Department of Economics, University of California, San Diego, 2010.

46 FLYNN McCarthy, Laura, « What Babies Learn In the Womb », Parenting Magazine, Time Inc., January 1999.

47 FREGE, Gottlob, Écrits logiques et philosophiques (1879-1925), Seuil, Paris, 1971.

48 LACAN, Jacques, Le Séminaire, Livre XI : Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964). Texte établi par Jacques-Alain Miller. Seuil, Paris, 1973, p. 248.

49 « C’est pour ce qu’elle n’est pas qu’[une femme] entend être désirée en même temps qu’aimée ». Cf. LACAN, Jacques, « La Signification du Phallus », Écrits. Seuil, Paris, 1966, p. 694.

50 Y compris dans le suicide. Cf. ARCE ROSS, German, « Le Suicide selon les sexes », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2013.

German ARCE ROSS. Paris, 2014.

 Copyright © 2014 German ARCE ROSS. All Rights Reserved.