German ARCE ROSS. Paris, le 6 octobre 2018

Référence bibliographique (toute reproduction partielle, ou citation, doit être accompagnée des mentions suivantes) : ARCE ROSS, German, « Voici pourquoi Jair Bolsonaro n’est pas d’extrême droite », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2018.

That’s why Jair Bolsonaro does not belong to the far right

How and why can not we say that Jair Bolsonaro belongs to the far right? What can psychoanalysis say about the abusive label of “fascist”, “Nazi” or belonging to the “far right” of a public figure? What are the ideological underpinnings of insults instead of political analysis?

Eis por que Jair Bolsonaro não é de extrema direita

Como e por que não podemos dizer que Jair Bolsonaro pertence à extrema direita? O que a psicanálise pode dizer sobre o rótulo abusivo de “fascista”, “nazista” ou de pertencer à “extrema direita” falando de uma figura pública? Quais são os fundamentos ideológicos do uso dos insultos em vez das análises políticas?

He aquí por qué Jair Bolsonaro no es de extrema derecha

¿A partir de qué y por qué no podemos decir que Jair Bolsonaro pertenece a la extrema derecha? ¿Qué puede decir el psicoanálisis sobre el rótulo abusivo de “fascista”, “nazi” o de pertenecer a la “extrema derecha” hablando de una figura pública? ¿Cuáles son los fundamentos ideológicos del uso de los insultos en lugar de los análisis políticos?

Voici pourquoi Jair Bolsonaro n’est pas d’extrême droite

En quoi et pourquoi on ne peut pas dire que Jair Bolsonaro appartient à l’extrême droite ? Qu’est-ce que la psychanalyse peut dire sur le qualificatif abusif de « fasciste », de « nazi » ou d’appartenance à l’ « extrême droite » d’un personnage public ? Quels sont les soubassements idéologiques des injures en lieu et place des analyses politiques ?

Normes sociétales, genrisme et extrême droite (ou extrême gauche)

À la base de mon travail sur les troubles de civilisation se trouve l’hypothèse suivante. Mon hypothèse de base est que “plus la société avance dans la formation des normes sociétales (comme le mariage identitaire, la PMA ou la GPA) et plus elle se rapproche, directement ou indirectement, activement ou passivement, d’un renouveau du national-socialisme, c’est-à-dire de l’extrême droite (ou de son alter-ego l’extrême gauche)”.

Cet état de fait, s’il est validé, produit comme conséquences ce qui est appelé par mes travaux les troubles de civilisation.

Cependant, avant de sombrer dans la catastrophe totalitaire d’extrême droite ou d’extrême gauche, il y a des mesures auto-thérapeutiques que la civilisation se construit, par exemple par le biais du jeu politique. Ainsi, l’émergence de Donald Trump aux USA, le développement des travaux d’intellectuels européens ou américains comme Jordan Peterson au Canada et tant d’autres positionnements en politique et en sciences humaines que nous voyons apparaître en France et en Europe, contribuent à mettre des barrières à ce processus psychopathologique et à revenir sur les versions classiques et non totalitaires de l’existence. Il me semble que l’émergence de Jair Bolsonaro au Brésil appartient à ce mouvement auto-thérapeutique du pays qui veut se régénérer. Sauf que, comme il n’est pas un intellectuel mais un ancien militaire, ses points de vue ont été parfois très maladroits.

Nous savons que, parfois, la thérapeutique d’une grave maladie doit passer par un acte chirurgical qui peut paraître violent et ce qu’ils proposent, pour ne pas sombrer dans la société totalitaire, peut s’assimiler à une chirurgie civilisatrice. C’est pour cette raison, entre autres, que Donald Trump, Jordan Peterson et tant d’autres ont été injustement considérés comme « fascistes », « homophobes », « misogynes », « racistes », et que l’on est venu à faire un amalgame de tout cela avec les vrais positionnements d’extrême droite.

Aujourd’hui, il est rare que l’on continue à considérer Donald Trump comme quelqu’un d’extrême droite alors qu’avant son élection, et juste après celle-ci, presque tout le monde le considérait ainsi. Après presque deux ans de mandat, on se rend compte qu’il se situe bien dans le jeu démocratique, qu’il s’est délié de certains personnages proches de l’extrême droite américaine et qu’il présente un bilan plutôt positif en termes économiques et sociaux et sans extrémismes. Il me semble que c’est exactement la même chose qui risque de se passer pour Jair Bolsonaro, s’il est élu.

De toute façon, ce sera simple de valider ou non mon diagnostic et mon pronostic sur Jair Bolsonaro. Car il suffira, s’il est élu, de vérifier quelques mois plus tard si, oui ou non, il applique vraiment une politique d’extrême droite.

Et si je me trompe sur Jair Bolsonaro, s’il se révélait vraiment d’extrême droite, alors, mon hypothèse de base, laquelle indique que les normes sociétales comme le mariage homosexuel et l’idéologie genriste sont en lien avec le développement de l’extrême droite, serait du même coup validée. Mais si je ne me trompe pas sur Jair Bolsonaro, s’il n’est pas d’extrême droite et si’l réussit à défaire toutes les normes sociétales et à extirper l’idéologie genriste imposées par l’extrême gauche à la société brésilienne, alors, on se sera éloigné du risque totalitaire.

Ainsi, il me semble que si Donald Trump et Jair Bolsonaro, s’il est élu, ne réussissent pas leurs politiques, là, oui, il y aurait un risque de voir triompher le totalitarisme que ce soit sous la forme de l’extrême droite suprémaciste, que ce soit sous la forme de l’extrême gauche genriste.

Des Préjugés idéologiques à la place de l’analyse politique

Aujourd’hui, au Brésil, ce sont les artistes, les personnages du show-business et quelques journalistes un peu trop idéologiquement engagés qui contribuent largement à faire passer une série de stéréotypes et de préjugés idéologiques à la place de l’analyse politique. Ce marketing identitaire, superficiel et volontairement populiste, largement véhiculé par une mentalité d’extrême gauche envahissant subrepticement tous les espaces d’opinion, se constitue comme un nouveau moralisme.

Ce mouvement désespéré répond à une conquête de l’opinion publique basée sur une réactualisation postmoderne et néomarxiste du programme conçu, entre autres, par Antonio Gramsci (Alves de Oliveira, 2018). Cette révolution idéologique progressive, hautement moralisatrice, instrumentalise principalement les affaires de mœurs (relations hommes-femmes, sexualité infantile, éducation sexuelle, etc) et lesdites sexualités identitaires. Un renversement sans précédents des valeurs morales est opéré de sorte à uniformiser et à manipuler plus facilement les consciences. Cette nouvelle révolution “culturelle” se fait plus précisément par le traitement idéologique du sexuel. Et cela convoque inévitablement l’intérêt de la psychanalyse, dans la mesure où on assiste à des véritables troubles de civilisation composant une néopsychopathologie.

C’est à cause de ces préjugés idéologiques que les qualificatifs sur les positionnements politiques (“extrême droite”, “populiste”, “nazi” ou “fasciste”) ne sont pas utilisés à bon escient. Ils ne servent plus à établir une analyse en profondeur du programme politique du candidat, mais sont utilisés pour le disqualifier moralement aux yeux de l’opinion publique. La fausse analyse politique fonctionne comme une fabrique d’injures dont il est difficile par la suite s’en défaire.

Dans un pays comme le Brésil où presque tous les candidats sont de gauche ou d’extrême gauche, l’attribution de l’étiquette extrême droite à un candidat s’exerce de manière arbitraire. Cette attribution est faite notamment par la prise en compte de la manière où il se place vis-à-vis du panféminisme, du genrisme, des normes sociétales et des sexualités identitaires qui dominaient jusqu’à il y a peu les mentalités brésiliennes.

Est considéré fallacieusement comme étant d’extrême droite celui qui n’accepte pas de croire que les minorités ethniques continuent à être les victimes des blancs, ou celui qui n’accepte pas de considérer les femmes comme victimes des hommes, ou encore celui qui n’accepte pas que les homosexuels sont les victimes d’une supposée homophobie des hétérosexuels. Ou si, en plus, ce candidat dit vouloir s’attaquer avec vigueur à l’insécurité, c’est-à-dire à la délinquance et à la criminalité qui gangrènent la société brésilienne, en favorisant le port d’armes.

Or, nous savons que ces éléments ne sont pas suffisants, loin de là, pour situer quelqu’un dans l’extrême droite. Pour cela, il faudrait plutôt évaluer l’apologie qu’un personnage politique fait des crimes contre l’humanité, sa tendance à vouloir étatiser la plupart des activités essentielles d’un pays, l’appel concret qu’il peut faire pour des actes violents ou terroristes, son programme liberticide et totalitaire, l’absence de valeurs éthiques, morales ou religieuses, la volonté de restreindre le pouvoir au seul bénéfice d’une nation ou d’une communauté ethnique, la suppression ou la restriction considérable des libertés individuelles comme la liberté d’expression et la liberté d’entreprendre, la persécution et la violence réelle contre des adversaires politiques, la création de groupes secrets pour exercer un pouvoir clandestin dans l’exercice du pouvoir officiel, la création d’un système de corruption pour financer un pouvoir dans le pouvoir, l’utilisation de toute manœuvre légale ou illégale pour la manipulation idéologique des consciences, le développement au sein de son groupe de la jouissance identitaire.

Contre toute logique, ce sont justement les gens qui critiquent le renversement des valeurs, cette dérive perverse dans la civilisation poussant à la victimisation des minorités ethniques, des femmes ou des homosexuels, qui se voient être traités de nazis, de fascistes ou d’appartenir à l’extrême droite sans respecter la réelle signification que ces qualificatifs ont dans l’histoire de l’humanité. C’est le cas de Jair Bolsonaro dans les élections présidentielles de 2018 au Brésil.

Manipulation idéologique de la perception sociale

Comme nous venons de le dire, la majorité des candidats brésiliens sont de centre gauche, de gauche (Ciro Gomez du Parti Démocratique Travailliste) et surtout de l’extrême gauche totalitaire (Fernando Haddad du PT, Marina Silva do PV, Guilherme Boulos du Partido Socialismo e Liberdade). Il n’y a que deux candidats que l’on peut classer dans le centre droite (Geraldo Alckmin du social-démocrate PSDB et João Amoedo du Partido Novo, libéral). Devant ce tableau rouge, rose ou bleu ciel, le seul candidat représentant réellement la droite, Jair Bolsonaro, est facilement vu par certains comme étant d’extrême droite. Cela ne tient donc qu’à l’effet d’une perception erronée, induite par 16 ans au pouvoir de l’extrême gauche totalitaire. Au Brésil, l’opinion publique a été longtemps manipulée par une ambiance culturelle de gauche et surtout par le long exercice du pouvoir de l’extrême gauche.

Y compris entre eux-mêmes, les candidats se sont habitués à qualifier les autres par des étiquettes utilitaires mais toujours approximatives et parfois contradictoires ou abusives. Ainsi, par exemple, Marina Silva a accusé Jair Bolsonaro d’être d’extrême droite alors que, de son côté, elle, qui combine des éléments de gauche avec des principes conservateurs de droite, était appuyée par une partie de l’extrême gauche et, paradoxalement, elle est aussi accusée à son tour, par l’autre partie d’extrême gauche, d’être d’extrême droite (Moura Brasil, 2017). Également, selon les quelques élus de l’extrême gauche bolivarienne auxquels la presse occidentale donne parole, comme Chico Alencar, du Partido Socialismo e Liberdade (PSOL, extrême gauche) l’élection de Bolsonaro représenterait « l’opportunité, pour l’extrême droite ultraréactionnaire et nostalgique de la dictature militaire, de sortir du placard. Et même de prendre le pouvoir » (Gatinois, 2018). Il est vrai que Claire Gatinois, la correspondante du journal Le Monde au Brésil, ne perd jamais l’opportunité d’accorder la parole aux représentants de la gauche totalitaire brésilienne et d’attribuer, sans aucune explication valable, l’adjectif d’extrême droite à Jair Bolsonaro. Nous sommes bien là dans la pleine manipulation idéologique des médias.

Aussi, beaucoup d’artistes brésiliens, connus et admirés en Europe, comme peuvent l’être Caetano Veloso, Gilberto Gil ou Chico Buarque, exercent leur influence médiatique encore aujourdhui pour discréditer Bolsonaro en l’accusant d’appartenir à l’extrême droite. N’oublions pas que les artistes cités ont collaboré, d’une façon ou d’une d’autre, avec les gouvernements Lula et Dilma Rousseff. Par exemple, Gilberto Gil a même été Ministre de la Culture du gouvernement Lula et, à ce titre, il a été dernièrement auditionné, en tant que témoin assisté, par le juge Sergio Moro dans l’un des volets des affaires de corruption du système Lula.

Beaucoup de ces artistes connus sont devenus juges et parties, et aussi bien actionnaires et clients du système Lula, Dilma et PT. Les journalistes correspondants des journaux européens ont plutôt tendance à les écouter et, du coup, une opinion purement idéologique ou clientéliste peut acquerir trop facilement la valeur d’une analyse politique. Si ces artistes qu’on aime tant disent que Bolsonaro est d’extrême droite, c’est qu’il doit l’être. Voilà aussi d’où part ce qualificatif politique. C’est ainsi que des journaux comme Libération (ce qui est encore compréhensible), mais également Le Monde, Le Figaro, Le Point ou L’Express (ce qui l’est beaucoup moins) répètent sans cesse l’attribut d’extrême droite à chaque fois qu’ils font un article sur Jair Bolsonaro. Il y a donc là vraisemblablement la collusion entre une interprétation idéologique de la réalité et l’analyse politique qui requiert une certaine distance et beaucoup moins de passion.

Le soubassement pragmatique est que beaucoup de ces artistes, en compensation de leur engagement “culturel”, on été favorisés par des avantages permis par la loi Rouanet. Cette loi a été créée par le système idéologique des gouvernements d’extrême gauche de Lula pour tenter de matérialiser l’adhésion politique des artistes au plan de gouvernement, sous couvert d’une aide à l’art et au monde du spectacle. En tout cas, ce sont les arguments avancés par ceux qui critiquent l’instrumentalisation de la loi Rouanet à des fins politiques.

Quelques professeurs universitaires s’y sont prêté au jeu de la collaboration avec les gouvernements de l’extrême gauche totalitaire. Nous oublions pas que celle-ci a toujours semé la haine de classe contre la bourgeoisie et contre la petite bourgeoisie pour attiser les contradictions sociales et gagner des espaces d’influence. C’est ainsi que l’une de mes professeurs lorsque j’étudiais Philosophie a l’Université de Sao Paulo, Marilena Chaui, s’est progressivement radicalisé au point de devenir l’un des vecteurs intellectuels des idéologies de la haine. Artistes, professeurs d’université, journalistes, chaînes de TV et intellectuels ont participé à la grande manipulation idéologique d’extrême gauche pour justifier et influencer inconsciemment la perception sociale et politique du peuple.

Sexualités identitaires et banalisation du nazisme

Tout cela a créé, au Brésil, une ambiance idéologique d’extrême gauche colorée par le panféminisme, par les sexualités identitaires et par le genrisme. Nous avons vu des expositions financées par la loi Rouanet, comme celle au Musée d’Art de Sao Paulo, où des hommes se produisaient en dansant nus et en se faisant toucher le corps par des enfants du public. Ou une autre exposition à Porto Alegre, financée par le Banco Santander, où étaient exposés devant un public d’enfants des tableaux où un homme noir se trouvait sodomisé par un homme blanc tout en accomplissant une fellation à un autre blanc. Ou encore un autre spectacle dit “artistique” où hommes et femmes dansaient en cercle tout en insérant un doigt dans l’anus de la personne précédente.

À ce propos, par exemple, Ricardo Boechat, un journaliste de grande qualité, travaillant à la radio Bandeirantes, a fini par décevoir le public en affirmant que les gens qui critiquaient cette forme d’art étaient des « nazis ». Voici donc un clair exemple de renversement des valeurs produits para la manipulation médiatique de la perception sociale. Pour ce journaliste, ce ne sont pas les artistes véhiculant une apologie de la pédophilie qui sont en tort, mais bien les gens qui les critiquent. Immédiatement après ces propos malheureux, Ronaldo Gomlevsky, journaliste, avocat et entrepreneur, directeur des éditions Menorah et ex-Président de la Fédération Israélite de Rio de Janeiro, a dû contester avec fermeté et vigueur ces opinions qui modifient le terme “nazisme” en le banalisant et en le vidant involontairement de sa substance criminelle (Gomlevsky, 2017).

Étant donné que Jair Bolsonaro a le courage de s’opposer à l’extrême gauche de Lula, Dilma Rousseff et PT, mais également au panféminisme, aux sexualités identitaires et au genrisme, il ne peut être considéré par ses adversaires que comme étant à l’opposé voire à l’autre extrême de leurs points de vue. Toutefois, il ne s’agit là que d’une illusion idéologique ou d’un cynisme préconçu, selon les cas. Car la plupart des propos de Jair Bolsonaro ne sont que du sens commun avec l’objectif de remettre les choses à leur place, dans un pays souffrant d’une grave crise sociale, économique, morale et macro-psychique.

Jair Bolsonaro est-il raciste, misogyne, homophobe ?

Jair Bolsonaro est-il raciste ?

Il est devenu très courant d’accuser l’Autre, quel qu’il soit, de raciste si on lui prête, ou si on projette sur lui, la moindre suspicion de haine concernant la jouissance des autres. Selon notre époque perverse, tout le monde est devenu potentiellement le raciste d’un Autre, même si celui-ci se trouve idéologiquement dépourvu de race. Pour peu qu’on se méfie de quelqu’un, on peut lui supposer la tendance à contenir des sentiments racistes. C’est par ce système d’interdépendance persécutrice, né comme une excroissance de la jouissance identitaire, qu’on a voulu faire de Jair Bolsonaro un homme d’extrême droite et un nazi. Un antisémite en somme.

Cependant, cette supposition est trop difficile à la lui faire porter, étant donné qu’il est un grand ami d’Israël aussi bien que de la culture juive. Très croyant, il a même organisé, en 2016, son baptême en Israël (Estadão, 2016). Également, comme Donald Trump, s’il est élu, Jair Bolsonaro prévoit une politique étrangère qui inclurait la défense sans équivoques d’Israel aussi bien que la légitimité de Jérusalem comme capitale (Nascimento, 2018).

Quant à la question des noirs, l’une des phrases polémiques de Bolsonaro a été le produit, selon lui, d’un malentendu concernant le sens d’une question posée à la TV. La chanteuse Preta Gil lui a posé la question, à travers un enregistrement préalable fait à l’extérieur avec un peu de bruit autour, sur ce qu’il ferait s’il savait que l’un de ses fils sortait avec une femme noire. Ce à quoi Bolsonaro avait répondu que, puisque ses fils avaient été bien élevés, ils ne tomberaient jamais « dans pareille promiscuité ». Comme il est naturel, cette phrase a produit un scandale. Cependant, Bolosonaro a pu expliquer après-coup qu’il avait compris que la chanteuse lui demandait ce qu’il ferait si l’un de ses fils sortait avec un autre homme. Et là, évidemment, sa réponse a un sens, puisqu’il parlait de «promiscuité » (Bresciani, 2011). Pour lui, promiscuité il y a si l’un de ses fils couchait avec un autre homme et non pas avec une femme noire. Par ailleurs, ce serait étonnant que Bolsonaro soutienne le racisme contre les noirs puisqu’il se trouve que du sang noir africain court dans les veines de sa fille. Cela nous permet de lui faire confiance quant à sa sincérité.

Notons ici que le mot « noir » pour faire référence à un citoyen noir, ou afro-descendant, n’est pas connoté négativement. Ou, en tout cas, pas seulement. Car il peut avoir et a effectivement une connotation positive, revendiquée bien souvent par les intéressés eux-mêmes. Cependant, du fait d’un développement des idéologies politiquement identitaires comme celles qui priment en Europe, on commence au Brésil à avoir peur du mot « noir ». Mais, « après tout, qui a peur du mot “noir”? L’expression “peur” présuppose que nous avons une prévention donnée contre ce qui peut la causer. Nous évitons donc les situations qui peuvent nous effrayer. Les mots aussi, parce qu’ils sont pleins de significations, peuvent nous effrayer. Il y a encore beaucoup de gens aujourd’hui qui évitent certains mots comme si, en les prononçant, le mal était attiré. Il est probable que le mot “noir”, pour ceux qui sont racistes ou pour leur victime conformiste, doit avoir ce sens du tabou: si on l’énonce, il risque d’attirer le mal. Dans le cas présent, cela attire la vengeance du noir contre le blanc ou la pratique du racisme du blanc et du métis contre le noir. Ainsi, faire taire le mot “noir” serait une mesure de précaution » (Silva, 2010).

Cependant, dans le discours colloquial et dans la vie de la culture populaire brésilienne, tout le monde presque peut traiter l’autre de « noir », de « petit noir » ou de « grand noir », comme preuve d’affection ou d’amitié. La négritude n’est pas, en soi, quelque chose dont on peut en avoir honte. Au contraire, elle peut être une valeur de fierté car elle appartient à l’une des nombreuses racines culturelles qui composent la richesse humaine du pays. En tout cas, je n’ai jamais vu un autre pays que le Brésil ayant fait autant pour que les différentes ethnies qui le composent vivent aussi bien entre elles. Le problème est que ces deux dernières décennies, du fait des politiques catastrophiques des gouvernements d’extrême gauche, le Brésil est entré dans une période dangereuse d’anomie civilisationnelle. Et c’est à ce niveau qui s’expriment, avec une extrême violence parfois, les antagonismes des différences égoïstes, de plus en plus malheureusement au détriment d’un protagonisme unificateur.

Prenons maintenant la phrase concernant les populations afro-descendantes des esclaves, les quilombolas, qui avait été, à tort, considérée comme « raciste » et qui avait donné lieu à un procès contre Jair Bolsonaro.

Les quilombolas ce sont aujourd’hui les habitants des communautés rurales et descendants africains des anciens quilombos. Les quilombos existaient à l’époque de l’esclavage, notamment entre les XVIème et XIXème siècles, et étaient nommés ainsi par la signification de “fuite permanente” dans laquelle ils vivaient, signification qui appartient à ce mot tupi-guarani. La particularité des quilombos c’est qu’ils étaient composés de populations africaines ayant fuit l’esclavage des fermes consacrées à la cane de sucre, par exemple (Souza, 2012).

Dans les quilombos, les africains n’étaient plus esclaves, sans être cependant pour autant déjà libres. Car ils étaient constamment menacés par des fermiers qui les attaquaient pour tenter de récupérer les esclaves évadés. Petit à petit, les quilombolas ont réussi à se maintenir et à avoir un statut d’hommes libres. Cependant, même encore aujourd’hui les quilombolas se font assassiner, tendance qui a augmenté ces 10 dernières années. Par exemple, rien qu’en 2017, il y a eu pas moins de 18 assassinats à l’intérieur de cette population (Notícias R7, 2018). Ainsi, puisque même aujourd’hui leur situation n’est pas dépourvue de réels dangers et de menaces constantes, que cette situation reste fragile sans des solutions efficaces et qu’en plus les mesures décidées sont trop coûteuses pour l’État, que Jair Bolsonaro a voulu dénoncer la gestion des quilombolas par les gouvernements précédents.

Étant un grand ami de la communauté israélite, Jair Bolsonaro est régulièrement convié à présenter des conférences dans leurs institutions. Dans l’une d’elles, en 2017, au Club Hebraica, à Rio de Janeiro, il a été très applaudi quand il a dit la phrase suivante : « j’ai été dans un quilombo. Le plus léger des descendants africains y pesait sept arrobes [plus ou moins 84 kilos]. Ils ne font rien. Je pense qu’il ne sert même pas pour être procréateur. Et pourtant, on y dépense plus d’un milliard de Réais par an » (Congresso Em Foco, 2017). Les 300 personnes du public, principalement composé de Juifs descendants des réfugiés de la Seconde Guerre mondiale, n’auraient pas autant applaudi s’ils avaient trouvé le moindre propos raciste dans ce discours. Sans doute, la critique de Bolsonaro ne se dirigeait pas envers les quilombolas, mais vers les ONG qui les administrent grâce aux sommes impressionnantes allouées par les gouvernements précédents.

Le 11 septembre 2018, le Suprême Tribunal du Brésil a rejeté l’accusation abusive de « racisme » contre Jair Bolsonaro pour cette phrase. Il est donc complètement innocenté dans toute affaire concernant la charge de racisme.  Lors du vote qui a conduit au dépôt de la dénonciation du racisme par le MPF contre Bolsonaro, Alexandre de Moraes, ministre et Président du Tribunal, a déclaré : « je ne doute pas de la grossièreté et de la vulgarité par rapport aux quilombolas. L’accusé (Bolsonaro) a montré une ignorance totale de la réalité. Je le répète, c’étaient des critiques acides, brutales et vulgaires, mais il ne me semble pas avoir extrapolé les limites de sa liberté d’expression qualifiée » (Éboli, 2018)

Lors des débats et des analyses qui ont suivi le premier tour des élections, les journalistes brésiliens ne considèrent pas du tout Jair Bolsonaro comme quelqu’un d’extrême droite. Ils le considèrent, tel que je le fais également, comme un « conservateur de droite »Un excellent journaliste et commentateur comme Felipe Moura Brasil — lequel d’ailleurs n’est pas d’accord avec Bolsonaro — dit, à juste titre, que celui-ci n’avait que 9 ans lors du début de la dictature militaire. En effet, Bolsonaro n’a eu aucune participation dans un mouvement militaire ayant eu lieu plus de 40 ans en arrière.

Selon Felipe Moura Brasil, ses phrases sur les Quilombolas ne peuvent pas non plus être considérées comme « racistes » et c’est pour cela, que le Suprême Tribunal du Brésil a d’ailleurs rejeté l’accusation abusive contre Jair Bolsonaro pour « racisme ». Enfin, pour Felipe Moura Brasil, appeler Jair Bolsonaro de « raciste », « fasciste », « nazi » ou « d’extrême droite » est même irresponsable (Moura Brasil, 2018).

À la suite de quelques actes violents de certains extrémistes de droite et de gauche, juste après le premier tour des élections, Jair Bolsonaro a affirmé haut et fort qu’il répudie le nazisme, le racisme et qu’il condamne les actes de violence ayant eu lieu par des gens qui voteraient pour lui. Il a publiquement demandé à ces gens de voter nul ou pour l’opposition, mais pas pour lui. Il espère également que les autorités prennent les mesures nécessaires pour trouver les coupables. Et il a ajouté ceci : « il existe également un mouvement orchestré, qui construit des agressions pour saper notre campagne et qui nous lie au nazisme, ce que, comme le communisme, nous répudions complètement. C’est l’un des nombreux mensonges qu’ils répandent sur moi. Nous admirons et respectons Israël et son peuple » (Azevedo, 2018).

Jair Bolsonaro est-il misogyne ?

Pour savoir si l’accusation est légitime ou abusive, nous devons situer le contexte historique, inter-relationnel et linguistique où la principale injure dite misogyne a été proférée par Jair Bolsonaro, aussi bien que ce que ce contexte est devenu sur le plan légal.

Le 31 octobre 2003, un jeune couple d’étudiants, Liana Friedenbach, de 16 ans, et Felipe Silva Caffé, de 19 ans, passa la nuit dans l’espace ouvert sous le Musée d’Art Moderne de São Paulo. Traversés par des rêves propres à ce jeune âge, ils ont attendu le petit matin pour partir, à l’aventure, faire du camping sauvage dans une maison abandonnée à Embu-Guaçu, à quelques 47 kilomètres de la capitale de l’État.

Non sans raison, les parents de Liana Friedenbach, une famille assez riche, se méfiaient un peu de Felipe Caffé et n’étaient surtout pas d’accord avec la relation de leur fille avec lui. Mais nous savons combien il est difficile de nos jours que des parents exercent pleinement leur fonction et interdisent des attitudes dangereuses à leurs enfants adolescents. Comme tant d’autres, ces parents étaient réduits à s’interdire d’interdire pour suivre l’idéologie et la nouvelle morale en vogue chez les gens “éclairés” et “progresistes”. Ils se cantonnaient ainsi à seulement énoncer leur désapprobation quant à la relation amoureuse de leur fille. C’est pour cette raison que les deux amoureux sont partis faire du camping en cachette, dans un lieu presque complètement isolé, au milieu de la forêt. Pour tempérer l’inquiétude de ses parents, Liana leur avait dit qu’elle allait plutôt à un endroit sécurisé et chic avec des jeunes de la communauté israélite à laquelle elle appartenait.

Ils sont arrivés sur place dans l’après-midi du vendredi 31 octobre et furent rapidement aperçus par un autre jeune adolescent, grand délinquant et considéré psychopathe, lequel habitait à quelques kilomètres de là. Roberto Aparecido Alves Cardoso, dit Champinha, de 16 ans également, est né à Embu-Guaçu en 1986. « Il avait eu une enfance pauvre et, depuis assez petit, il présentait déjà les signes d’une psychopathie. Une enseignante a rapporté qu’elle l’avait aperçu en train de maltraiter froidement des animaux. Il a également été accusé d’avoir tué un sans-abri, mais le crime n’a jamais été prouvé » (Baranyi, 2018).

Champinha et un complice un peu plus âgé qu’il avait appelé entretemps se sont décidés à les attaquer pour les voler dès le lendemain, le 1er novembre. Constatant que les jeunes Liana et Felipe n’avaient rien de valeur sur eux, les jeunes assaillants changèrent alors d’objectif et passèrent à rechercher d’autres avantages, d’autres bénéfices, cette fois-ci en nature. C’est ainsi qu’entre le 1er et le 5 novembre, il s’en est suivi une série frénétique de séquestrations avec traitements sadiques, violences verbales, tortures, viols individuels, viols collectifs et assassinats d’une grande violence.

Après que son complice soit parti, faute de valeurs matérielles à voler, Champinha s’est occupé de ses séquestrés de la façon suivante. D’abord, il s’est rapidement aperçu qu’il n’obtiendrait rien d’intéressant du pauvre garçon, Felipe venant d’une famille plutôt dans le besoin. Il a ainsi décidé de raccourcir son temps de séquestration et, après s’être payé la jouissance sadique de lui infliger quelques tortures physiques, il l’a froidement assassiné d’une balle dans la nuque tout en abandonnant son corps au milieu de la forêt.

Dans la seconde nuit de séquestration et après déjà avoir abondamment violé Liana, Champinha l’a emmenée dans une autre maison non habitée où attendait un autre complice. Plusieurs autres “invités” sont passés à la maison pour violer Liana sous les horribles auspices de Champinha. Deux autres jours et deux autres nuits se sont écoulés suivant le même rythme effréné de violences physiques et sexuelles. Mais alors que la police était déjà au courant de la disparition des jeunes et s’approchait du lieu des faits, à l’aube du 5 novembre, Champinha a emmené la victime au même endroit où Felipe avait été tué. Il a essayé de l’égorger mais, puisqu’il n’y parvenait pas, il lui a frappé plusieurs fois le dos et le thorax avec un grand couteau de cuisine. S’apercevant néanmoins qu’elle était encore vivante, Champinha l’a achevée par des coups exécutés avec le manche du couteau jusqu’à obtenir un traumatisme crânien irréversible. Les corps des victimes n’ont été retrouvés que cinq jours plus tard et les suspects seulement arrêtés le 10 novembre (Baranyi, 2018).

Le problème pénal et éthique posé par ce crime affreux se trouve dans le fait que le criminel principal n’avait, à l’époque des crimes, que 16 ans. Il était donc mineur selon la loi brésilienne et, de ce fait, il ne pouvait pas être tout à fait considéré responsable de ses actes comme l’est un adulte. À ce titre, il n’était pas susceptible d’aller en prison mais en maison de correction éducative pour des jeunes délinquants pour un maximum de trois ans et, quoi qu’il arrive, il était libérable à ses 21 ans, selon l’article 121, paragraphe 5, du Statut de l’Enfant et de l’Adolescent (Lei 8069, 1990).

Dévorée moralement par l’horreur indicible de ces crimes aussi bien que par son dénouement pénal concernant Champinha, l’opinion publique brésilienne s’est trouvée profondément divisée. Il y avait une partie de la société brésilienne qui considérait Champinha comme un simple jeune délinquant en conflit avec la loi et l’autorité. Et préconisait des mesures socio-éducatives renforcées, en maison de correction pour jeunes. Mais il y avait une autre partie de la population qui réclamait depuis déjà longtemps une réduction de l’âge de la majorité pénale.

Selon une enquête faite par Datafolha, 87 % de la population brésilienne serait pour une diminution de la majorité pénale de 18 à 16 ans (Estadão, 2015). Entre ces gens se trouvait justement le député Jair Bolsonaro qui, pour lutter efficacement contre les viols et autres crimes commis par des jeunes de plus de 15 ans, voulait réduire l’âge de la majorité pénale. Pour cela, il avait participé de la Commission Spéciale du Statut de la famille (Agência Câmara, 2015). Mais la députée Maria do Rosário Nunes, du PT, était une opposante farouche à la réduction de la majorité pénale de 18 à 16 ans.

C’est lors de ces débats, dans ce cadre historique si chargé émotionnellement pour toute la population brésilienne et alors que Jair Bolsonaro parlait à la presse dans les couloirs de l’Assemblée législative, qu’il y a eu l’altercation entre Maria do Rosário et Jair Bolsonaro et que la phrase dite misogyne a eu lieu.

Contrairement à Jair Bolsonaro, la parlementaire Maria do Rosário considérait que Champinha, n’ayant que 16 ans lors des faits, ne pouvait pas aller en prison car il était, à ce moment-là, « seulement un enfant » (Sarmento, 2016). En 2003, elle s’est immiscée dans une interview que Jair Bolsonaro était en train d’accorder, dans laquelle il défendait la nécessité de diminuer la responsabilité pénale pour mettre en prison les jeunes violeurs de plus de 15 ans, et l’a traité à son tour de « violeur » devant les caméras. Car, selon elle, en défendant de telles thèses, il était en train de « promouvoir ces violences ». Très indigné, Bolsonaro a rétorqué : « je ne suis pas un violeur. Si j’en étais un, je ne vous violerais pas car vous ne le méritez même pas. Vous êtes trop moche » (IstoÉ, 2014).

Ayant une personnalité histrionique et conflictuelle, Maria do Rosário a déjà créé plusieurs scandales avec d’autres élus dont le député Waldir Soares de Oliveira avec qui l’affaire s’est presque terminé en procès (Schreiber, 2015). Également, se croyant au-dessus des lois, Maria do Rosário avait l’habitude de rouler sans les documents de sa voiture, jusqu’à ce que la police l’arrête (Panke, 2015). Mais, surtout, Maria do Rosário est citée comme accusée dans un procès en cours pour l’affaire dite de la Caixa Dois appartenant au dossier de haute corruption Odebrecht (Aires, 2017).

Le problème, à mon avis, n’est pas tellement cette phrase mais, Maria do Rosário s’étant trop rapprochée de son espace vital dans une attitude agressive, le fait qu’il l’ait poussée et l’ait appelée par la suite de « vagabunda » (« salope »). Si cet échange avait eu lieu entre deux hommes ou entre deux femmes, les choses seraient restées là. Mais comme il s’agissait d’un homme contre une femme, les choses se sont envenimées. Mais, reprenons la phrase incriminée.

C’est surtout la relation entre le mot “viol”, ou “violeur”, et l’idée de “mériter d’être violée” qui a fait scandale. Il me semble toutefois que le terme “violer”, dans la phrase, ne se réfère pas spécifiquement à la signification de violer, mais à celle générique de n’importe quel contact sexuel actif (violent ou pas). Cela peut paraître choquant de faire équivaloir “viol” avec “n’importe quel acte sexuel en général”, mais dans certaines tournures langagières cela peut se justifier, sans que l’on veuille pousser vers la signification d’un viol réel. Plus précisément, dans la phrase de Bolsonaro, le terme “viol” renforce le fait que l’émetteur met l’interlocutrice comme objet passif d’un acte sexuel et cela peut avoir son intérêt pour l’attaquer, elle et non pas les femmes en général. Le terme “violer” dans cette phrase serait ainsi un élément auxiliaire de la partie essentielle de la phrase : “vous êtes trop moche”. Le trait est grossier, le propos est vulgaire, mais il se trouve que ce mot d’esprit se veut être injurieux pour répondre à l’insulte reçue.

Notons aussi que le terme “viol” dans cette phrase, comme équivalent d’un acte sexuel générique (et pas uniquement violent), appartient à un langage fantasmatique ou caricatural. On peut retrouver ce type de langage dans les groupes d’hommes, dans les casernes, dans les vestiaires de foot, dans les soirées arrosées, sans que cela ait la moindre signification d’une apologie du viol. Dans ce type d’échanges, on peut s’apercevoir ce que l’histoire de l’art a montré concernant la puissance de l’image véhiculée par certains mots ou la puissance de certains mots véhiculés comme s’ils étaient des images dessinées ou des caricatures.

C’est le cas des figures de style comme l’ekphrasis ou l’hypotypose par lesquelles on essaie de décrire un fait avec des mots presque visuels ou saturés par la puissance d’une image qui se veut visuelle ou caricaturale. Umberto Eco considère que « l’hypotypose est l’effet rhétorique par lequel des mots rendent évidents des phénomènes visuels », de telle façon que l’interlocuteur ait l’impression de voir ou de ressentir la chose dite plutôt que de seulement l’entendre (Eco, 2003), comme si elle pouvait réellement exister. Cela a l’objectif de l’interloquer voire de le paralyser ou de le choquer. En complément, Eco considère qu’« avec l’ekphrasis on traduit un texte visuel en texte écrit » (Eco, 2003), de telle façon à faire émerger chez l’interlocuteur des représentations personnelles fortes, probablement en lien avec son histoire ou avec son psychisme, par des évocations vivaces, provocantes ou choquantes. Ainsi, de par l’inclusion de l’hypotypose (« vous ne méritez même pas d’être violée ») dans l’ekphrasis principale (« vous êtes trop moche »), l’objectif dans cette phrase c’est de pousser la signification jusqu’à ses dernières conséquences pour renforcer le trait émotionnel immobilisant l’interlocuteur. Mais aussi pour faire apparaître, de manière sensitive, théâtrale et allégorique et par un humour noir et extrême, un sens de complicité chez le spectateur. 

Ce type de langage est proche de la narrative visuelle et exagérée de la bande dessinée ou des dessins animés. Dans ces petits films caricaturaux, comme chez Tex Avery, Bugs Bunny ou Bip Bip et Coyote, où il peut s’agir d’un désir très fort d’attraper l’autre ou de le persécuter jusqu’au bout du monde, il y a des images hyper violentes qui se veulent humoristiques. Ces dessins volontaristes mettent en scène une imagerie forçant le trait d’un corps dépecé, morcelé, troué par les balles, coupé en deux, réduit en cendres, non pas comme une apologie du crime, mais comme un exutoire artistique. Il s’agit d’un exutoire sublimatoire pour satisfaire la violence des émotions et des affects négatifs que l’on peut ressentir envers quelqu’un qui nous agresse ou qui nous contraint. Ces films courts ou ces contes, comme ceux de Hans Christian Andersen ou de Charles Perrault, ayant toujours des représentations violentes présentées parfois de manière crue ou non raffinée, aident les enfants à gérer leurs émotions négatives en provenance des déceptions, des frustrations, des privations et des injustices subies.

Si on peut convenir que la phrase est grossière et vulgaire, elle ne semble pas pouvoir être assimilée à une apologie du viol. Il s’agit plutôt d’un mot d’esprit injurieux et outrageant pour tenter de paralyser son interlocutrice et la déstabiliser.

La représentation langagière de la violence, de la haine, de la colère, du désir d’agression, n’équivaut pas à leur apologie mais à une satisfaction psychique ayant, en plus, comme utilité première celle d’éviter le passage à l’acte. Insulter de la sorte quelqu’un vient à la place de l’agression physique. Voilà l’utilité  psychique du langage fantasmatique dans sa version violente et caricaturale. Et c’est pour cette raison que ce langage est souvent utilisé dans le mot d’esprit de l’humeur noir, très prisé dans des pays comme l’Angleterre, où il s’agit d’inviter le tiers à éprouver une explosion de rire à partir de notions agressives et violentes travaillées de façon exagérée ou absurde. 

La vie en société et familiale nous impose, à travers le refoulement, des restrictions très fortes concernant les pulsions sexuelles mais également les impulsions hostiles envers les autres, et notamment envers nos ennemis. De ce fait, selon Freud, « l’hostilité violente, interdite par la loi, a été relayée par l’invective en parole » (Freud, Le Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, p. 121) et notre colère peut de préférence passer par les injures, par les jugements hostiles, par les caricatures méchantes, par les propos affreux plutôt que par les actes violents.

Les pires injures peuvent ainsi prévenir des réelles agressions. « Depuis que nous avons dû renoncer à exprimer notre hostilité par l’action […], nous avons développé, tout à fait comme dans l’agression sexuelle [je souligne “comme dans l’agression sexuelle”] une nouvelle technique d’outrage qui a pour but d’enrôler [le] tiers contre notre ennemi » (Freud, pp. 121-122). L’explication de Freud est très lucide car elle nous indique que le pire outrage verbal, équivalent par exagération absurde à une agression sexuelle, c’est-à-dire à un viol, a le but d’utiliser notre ennemi comme un instrument de la jouissance humoristique d’un tiers lequel peut accéder ainsi plus facilement à notre cause. Le problème c’est qu’il faut absolument rabaisser l’ennemi, le rendre « bas, méprisable, comique » voire ridicule de telle façon que l’ennemi, ou l’interlocuteur, “se fait baiser”, ou se fait verbalement “violer”, et en plus en publique, par l’outrage dont il est l’objet. 

Le mot d’esprit à capacité hautement outrageuse exploitera les traits les plus personnels appartenant à l’interlocuteur avec l’objectif de libérer les impulsions hostiles de celui qui parle mais également du tiers, tout en rendant l’interlocuteur victime de la joute verbale. Les injures ou les jugements de valeur rabaissants et violents ont ainsi ce triple objectif. Comme le dit Freud, il s’agit de « mettre les rieurs de son côté ».

Cependant, aujourd’hui, après des décennies de matraquage genriste et sex-identitaire, on est venu à développer une pudeur exagérée, une nouvelle honte hypermoraliste, une phobie restrictive à traiter de certains sujets comme les défauts corporels, les infirmités, les difformités, les comparaisons des êtres humains avec des animaux, les références aux statuts des femmes et des “minorités communautaires”. Un humoriste tel que Coluche se verrait aujourd’hui probablement inondé de procès ou de disqualifications idéologiques. C’est l’air du temps et on pense qu’en agissant de la sorte on devient plus civilisé. Le problème est qu’en réduisant considérablement la richesse des ressources gestuelles, linguistiques et relationnelles des injures, on tombe de plus en plus dans les violences par les actes, non seulement sexuels contre femmes et enfants, mais aussi racistes ou contre les homosexuels ou contre les transsexuels. Sans possibilité d’insulter ou d’injurier, l’agression physique devient dangereusement plus proche, plus “parlante”.

À notre époque, on fait semblant de croire qu’insulter, injurier ou outrager verbalement est mauvais ou appartient aux profils d’extrême droite. On fait semblant de croire, comme les dames hyper-catholiques d’une époque vis-à-vis des discours sexualisés, qu’énoncer des injures violentes est opposé à la démocratie. Comme si celle-ci ne pouvait être pensée ou vécue que par des êtres finement policés et, à la limite, sans passions ni états d’âme. On robotise, au contraire, le citoyen. On le robotise de manière idéologique en lui gommant le piquant, le nerf vif de la joute verbale et en valorisant donc, de manière sous-jacente mais involontaire, le passage à l’acte. À savoir qu’entre citoyens d’une même société, la jouissance ludique n’est plus dans le verbe mais dans l’acte. Tout comme dans la guerre civile.

Ainsi, on préfère des femmes qui mettent en acte, dans les églises, des injures raciales et sexistes inscrites sur leur poitrine dénudée, plutôt que d’entendre des injures ou des blagues salaces sur les femmes. On préfère regarder des films pornographiques d’une grande violence, plutôt que d’entendre des outrages verbaux à connotation sexuelle. On gomme le contraste nécessaire à la caricature verbale pour lui opposer une bienséance identitaire. Pendant ce temps, les actes pédophiles sont de plus en plus acceptés à un âge en dessous de 16 ou 15 ans ; pendant ce temps, on préfère des parades de fierté remplies de personnages à moitié nus, dansant comme dans les peepshows, habillés en cuir et avec des chaînes en métal, tout en mettant en acte des scènes sadiques et sadomasochistes ; pendant ce temps, la misère sexuelle et amoureuse se répand dans les couples sans que les hommes comprennent les femmes qui, à leur tour, se méfient des hommes.

Et le monde européen dit développé et démocratique perd les valeurs du lien de civilisation, périclite tout en le niant, faisant involontairement ou inconsciemment pousser en son sein la frange noire des époques crépusculaires.

Jair Bolsonaro est-il “homophobe” ?

Si les accusations abusives de misogynie ont provoqué une réaction paradoxale dans l’électorat féminin, on a pu observer le même phénomène pour ce qui est des accusations d’“homophobie” dans l’électorat homosexuel.

En septembre 2018, les manifestations de femmes anti-Bolsonaro ont été suivies d’autres manifestions aussi importantes de femmes pro-Bolsonaro. Et, paradoxalement, au discours très anti-Bolsonaro généralisé par les principaux médias brésiliens, dominés encore par des gens idéologiquement de l’extrême gauche du PT, de Lula et de Dilma Rousseff, l’intention du vote féminin pour Bolsonaro n’a cessé de croître. Par exemple, juste après la manifestation des femmes contre lui, le vote féminin pour Bolsonaro est passé « de 21% à 27% » (Machado & Franco, 2018).

De la même façon, il y a beaucoup d’homosexuels, dont certains très connus, qui indiquent qu’ils voteront pour Bolsonaro car ils ne le considèrent pas du tout comme homophobe. Certains d’entre eux ont été d’ailleurs la cible d’agressions odieuses de la part de sex-identitaires d’extrême gauche. C’est ainsi que le maquilleur professionnel, Agustin Fernandez, homosexuel non-identitaire, qui ne cherche pas à être reconnu en tant qu’homosexuel mais en tant que personne, « a utilisé son Instagram pour manifester son positionnement politique où il a déclaré son soutien au candidat à la Présidence du Brésil, Jair Bolsonaro, du PSL » (Fernandez, 2018).

Voici une vidéo sur ce que beaucoup d’homosexuels pensent sur Jair Bolsonaro. Beaucoup d’entre eux vont voter pour lui parce qu’ils ont compris que Jair Bolsonaro n’est pas contre l’exercice de l’homosexualité mais contre l’activisme identitaire qui manipule ces sexualités :

Si Jair Bolsonaro était vraiment d’extrême droite, s’il était vraiment homophobe ou raciste, Fernando Holiday, noir, homosexuel et militant reconnu du Mouvement Brésil Libre ne manifesterait pas, comme il l’a fait juste avant le premier tour, son soutient et son vote pour Bolsonaro (Holiday, 2018). Et ceci malgré les quelques discordances politiques qu’il a avec le candidat Bolsonaro. La raison est qu’il faut sauver le Brésil de la catastrophe communiste, laquelle constitue la pire régression de l’histoire avec le nazisme et le fascisme.

Jair Bolsonaro est l’objet cause du désir politique brésilien

Quelques sociologues et politologues considèrent également, comme je le pense, que les propos dits “misogynes”, “fascistes” ou “homophobes” ne sont que des provocations rhétoriques faites exprès par Jair Bolsonaro pour marquer sensiblement l’opinion publique et exercer ainsi le droit à un autre marketing politique que celui de l’extrême gauche totalitaire.

N’oublions pas que les mêmes insultes de “misogyne”, “fasciste” ou “homophobe” étaient lancés contre Donald Trump, alors qu’aujourdhui les médias sérieux ne le considèrent plus comme étant réellement d’extrême droite. D’ailleurs, ces insultes sont aussi utilisés contre tout penseur, blogger ou essayiste qui ose critiquer l’idéologie du genre, l’égalité entre hommes et femmes, les normes sociétales ou les sexualités identitaires.

Différemment à Trump, toutefois, Jair Bolsonaro, étant de classe moyenne, n’a pas de fortune personnelle, n’a pas de média affiliée à son programme, a tous les adversaires politiques contre lui, est attaqué de tous les côtés par la plupart des artistes et des intellectuels, a été il y a à peine un mois victime d’un attentat où il a failli mourir… et, pourtant, la grande majorité du peuple brésilien le soutient de manière spontanée et sincère.

Dans un passé assez récent, être considéré de droite, au Brésil, était une grande insulte. Aujourd’hui, l’insulte suprême est d’être indiqué comme d’extrême droite. Cependant, à chaque fois qu’un journaliste lui pose la question, Jair Bolsonaro se situe lui-même dans la droite et non pas dans l’extrême droite, en disant qu’il est un amant de la liberté et un démocrate convaincu (Bolsonaro, 2017). D’ailleurs, le programme de son parti, le Parti Social Libéral, prône une société libre, des citoyens autonomes, un gouvernement efficient avec des attributions limitées, un État de droit, un pouvoir non centralisé, une défense de la famille traditionnelle, une promotion des valeurs conservatrices et un engagement de la société civile comme étant les principaux moteurs pour dépasser la pauvreté et pour développer le pays (Partido Social Liberal). Donc là il n’y a rien qui fasse penser à un programme d’extrême droite mais plutôt à un parti libéral tout en étant également conservateur, à la mode des politiques de Ronald Reagan ou de Madame Thatcher. Cela voudrait dire que, tout comme Donald Trump, Jair Bolsonaro est conservateur concernant les mœurs mais libéral en termes économiques. 

Si Jair Bolsonaro est rapidement devenu l’objet cause du désir politique d’un peuple brésilien qui aspire à la paix, c’est surtout, à mon avis, à la suite de l’attentat au couteau qui a failli lui couter la vie un mois avant le premier tour. 

L’assaillant, un ancien militant d’un parti d’extrême gauche, vivant de petits boulots, semble bien ne pas avoir agi en solitaire. Car, selon les quelques données apportées pour l’instant par l’enquête, il aurait bénéficié d’appuis financiers, logistiques et juridiques qu’il ne pouvait pas assurer tout seul. Toutes les suppositions indiquent que ce crime affreux aurait été commandité par l’extrême gauche totalitaire. Mais, pour les preuves ou pour les indices matériels, il faut attendre la fin de l’enquête policière.

Devant les yeux étonnés du peuple brésilien, souffrant au quotidien d’une délinquance et d’une criminalité endémique et impressionnante de violence, laquelle s’est accélérée lors du premier gouvernement Lula, le coup de couteau dans l’abdomen de Bolsonaro est la métonymie de ce que personne n’en veut plus. De là, il y a eu un petit pas, constitué par des nouveaux scandales de corruption touchant encore et encore le PT, pour considérer Bolsonaro comme un miraculé et comme le Messie, lequel est d’ailleurs son second prénom. C’est une ironie du destin que celui qui est accusé cyniquement d’être violent ou d’extrême droite est en réalité la victime d’un crime affreux commis par un militant d’extrême gauche.

Voici ce qui serait le discours de « haine » de Jair Bolsonaro selon l’extrême gauche identitaire. Dans son programme de gouvernement, Bolsonaro cherche, veut ou affirme « défendre les valeurs de la famille, une immigration contrôlée, un État social durable, un ordre et une discipline durables, une école sans parti, de lourdes peines pour les criminels, une lutte sérieuse contre la corruption, le désir d’un Brésil prospère, la condamnation de l’enseignement de l’idéologie du genre dans les écoles à des enfants de 4 ans, ne pas objecter au choix sexuel de chacun tant qu’il ne conditionne pas la liberté d’autrui, défendre que l’on combat la pauvreté avec davantage d’éducation et non pas avec plus d’allocations sociales, vouloir un pays sans divisions entre hétérosexuels et homosexuels, entre blancs et noirs, entre hommes et femmes, entre riches et pauvres, un pays uni, non violent et sécurisé » (Miranda, 2018).

Racines idéologiques de l’appellation abusive d’extrême droite

Passion idéologique et système de persécution de l’Autre supposé méchant

Il va sans dire que je ne défends personne. Je n’appartiens à aucun mouvement social, à aucun syndicat ou parti politique, à aucune religion. Je m’oppose à tout exercice politique qui soit extrémiste, qu’il soit coloré de rouge, de brun, de vert ou de rose. Ce n’est aucune couleur isolée ni même toutes le couleurs de l’arcanciel qui doivent régler nos actes, mais la prise en compte du totalitarisme comme référence infranchissable. Les couleurs sont trompeuses et elles peuvent être perçues de manière différente selon les filtres illimités de la perception. Le totalitarisme prend la couleur de chaque siècle, de chaque époque, de chaque version possible, naziste, fasciste, communiste, socialiste, genriste, pour se maquiller et avancer comme une entité inoffensive. C’est pour cela qu’il faut apprendre à le saisir véritablement plutôt que se laisser tromper par des apparences gestuelles, relationnelles ou linguistiques. C’est, en quelque sorte, l’apprentissage nécessaire pour établir correctement des diagnostics et des pronostics.

Je ne fais qu’analyser une situation, une affaire, un cas comme si c’était un fait clinique appelant tout d’abord à un diagnostic. S’il y a quelque chose à défendre, je défends mon diagnostic, quitte à agacer le monde entier, plutôt qu’à défendre le sujet que j’étudie car je ne suis ni son avocat ni son représentant. Pourquoi je fais cela ? Parce qu’il y a des cas où l’opinion publique se construit une conviction en s’appuyant sur quelques indices, tout à fait réels mais insuffisants, trop rapidement intégrés à un système émotionnel de croyances, de pensées et de sentiments prêt à l’accueillir. On appelle cela juger la réalité d’après l’idéologie et non pas selon une analyse presque mathématique ou logique, comme c’est le cas dans la déduction rationnelle lorsque l’on joue aux échecs. Si votre Roi et votre royaume sont en grand danger il n’y a aucun intérêt à trouver des solutions par l’idéologie, par le sentiments, mais par la logique. Le problème, en outre, est que la conviction sur un fait obtenu à partir de l’idéologie peut être néfaste pour la compréhension de la réalité et peut nous pousser à commettre des injustices.

J’étudie la politique non pas comme un historien traditionnel ou comme un sociologue ou politologue, mais en termes de ce j’appelle les troubles de civilisation qui composent, à mon avis, la nouvelle psychopathologie. J’étudie la politique comme un fait psychique. Ou macro-psychique, si l’on préfère. La psychanalyse doit être sensible à ces manifestations pour comprendre l’avenir actuel de l’homme.

Dans le phénomène idéologique parvenu à son stade identitaire, on passe à éprouver de la passion pour ses convictions, on les élève à la dignité d’une religion individuelle comme si l’identité que l’on porte se réduisait à des figures narcissiques. À ce stade, à la moindre contradiction des croyances que l’on aime d’un amour passion, on risque de ressentir un frisson rationnel, un secouement émotionnel, un frémissement phobique et parvenir à l’idée que l’on vous ébranle la structure de votre identité. Ou que l’on vous la vole. Ou que l’on veut vous descendre, vous réduire à néant. Ou que l’on vous méprise. C’est que la croyance idéologique autour de ce noyau hyper sensitif risque de vous amener à un sentiment persécution où l’Autre est toujours forcément méchant et vous êtes toujours forcément la victime.

Être prêt à perdre ses convictions, ne pas les aimer, toujours les regarder avec une certaine distance est, au contraire, salutaire et payant. Et cela arrive également en termes macro-psychiques. On peut penser que c’est inconfortable de vivre sans croyances passionnelles mais, en vérité, c’est le contraire.

Il y a des cas où une majorité peut se tromper, jusqu’à ce que cette majorité commence à se fissurer de l’intérieur. À ce moment-là, la structure du réel qui était voilée par l’idéologie, commence à apparaître causant de l’horreur et du dégoût tout d’abord. Personne n’aime perdre ce qu’elle croyait dur comme fer, personne n’aime d’emblée perdre ses convictions car cela lui sert comme filtre pour comprendre le monde. Refaire ce système semble en même temps être une tache trop fastidieuse et, à la limite, ennuyeuse, inintéressante, anti-jouissive, car le filtre aura entretemps perdu de sa brillance. Dans ces états-là, le sujet reste coi, abasourdi, perplexe, jusqu’à ce que le réel pénètre à nouveau par les interstices de l’idéologie la pacifiant de sa jouissance identitaire. C’est la version positive de la chute de l’idéologie. Et je pense que des peuples, des pays, comme le Brésil sont en train d’expérimenter cet état psychique hautement intéressant pour la psychanalyse. 

Mais, avant que cela n’arrive, il faut bien que quelqu’un ou que quelques uns se manifestent contre la tromperie idéologique ou contre le diagnostic d’une majorité. Comme je viens de dire, si je défends le diagnostic que j’établi d’un sujet ou d’un fait politique ce n’est pas que je défends le sujet du diagnostic que je fais. C’est la même chose qui arrive vis-à-vis d’un patient ou d’un fait clinique.  

Prenons l’exemple d’un crime. Partant de quelques indices qui semblent incontestables, une majorité de gens peut se former une conviction sur le fait qu’un sujet donné est convaincu d’un crime affreux. On le cherche, on l’emprisonne, on le condamne. Tout le monde est satisfait de cette série de convictions et d’actes. Jusqu’à ce que quelqu’un s’aperçoive que le diagnostic de départ pouvait avoir de réelles inconsistances. Et il accuse donc. Il dénonce la conviction populaire en récoltant sur sa personne cependant l’incompréhension, l’incroyance, l’agressivité ou la perplexité de la majorité. Parce que celle-ci est secouée dans son idéologie “convictionnaire”. Mais, s’il réussit à faire libérer cet homme injustement condamné, c’est qu’il a fonctionné avec la logique et non pas avec le système de pensées, d’idées et sentiments, c’est-à-dire qu’il ne s’est pas laissé mener par les préjugés qui appartiennent à l’idéologie. On aime l’idéologie à laquelle on croit comme on aime son identité ou sa personnalité. C’est un phénomène purement identitaire.

Dans le cas qui nous occupe ici, il ne s’agit pas de condamner quelqu’un qui a commis un crime mais de condamner en avance quelqu’un parce qu’on croit dur comme fer que, parce que s’il a dit ceci ou cela, il peut ou il va commettre sans doute un crime. Alors, je vous dis que, ayant écouté beaucoup cet homme, ayant lu sur lui, connaissant le contexte culturel, social et politique où s’insèrent ses dires, n’étant pas d’accord avec ce qu’il dit ou comme il le dit, mais connaissant également ses adversaires politiques et jaugeant tous ces éléments pour évaluer un risque éventuel, je vous dis que non, qu’il n’est pas le criminel que vous croyez qu’il sera s’il est élu.

Héritage de l’extrême gauche totalitaire et nostalgie de la dictature militaire

L’état dans lequel se trouve le Brésil actuellement, après 16 ans d’une politique très corrompue commise par l’extrême gauche totalitaire, à savoir par Lula da Silva, Dilma Rousseff et les dirigeants du Parti des Travailleurs, est très inquiétante. Le pays risque de sombrer dans une situation proche du Venezuela, lui-même géré par des politiques de l’extrême gauche totalitaire. Les conditions y sont données. On observe une grande crise économique et sociale, une crise de l’emploi, une crise morale et éthique impressionnante, des attaques contre la famille bio et à faveur de la famille identitaire, une augmentation sans précédents de la délinquance et de la haute criminalité dont le trafic de drogues, l’enseignement de l’idéologie du genre dans les écoles et les universités et même chez les tout petis.

Pour mieux voiler les problèmes et manipuler la population, l’extrême gauche corrompue a tenté et a largement réussit à créer des divisions dans la population. Elle vit de cela. L’extrême gauche totalitaire cherche à créer la division de la population entre noirs et blancs, entre indiens et blancs, entre populations sans terre et fermiers, entre employés et entrepreneurs, entre femmes et hommes, entre homosexuels et hétérosexuels, entre enfants et parents, entre brésiliens du nord et brésiliens du sud, et, ainsi, de suite, pour créer des blocs de victimes en guerre contre des blocs de méchants agresseurs. Au dessus de tout cela, l’extrême gauche genriste et sociétaliste se place comme arbitre et comme Grand Législateur persécutant les méchants hommes blancs, mariés, professionnels, pères de famille et citoyens du sud du Brésil. Cohérente avec sa mauvaise foi , elle appelait récemment les gens du sud par le qualificatif de « nazis » parce qu’ils ne votaient désormais plus à gauche.

Je fais exprès d’appeler l’extrême gauche de totalitaire même si c’est une redondance, car je considère qu’extrême gauche et extrême droite se rejoignent dans le totalitarisme. Celui-ci ne peut pas exister sans un Etat excessivement puissant et violent géré par une minorité de hauts fonctionnaires hyper-corrompus. L’Etat totalitaire, qu’il soit d’extrême gauche ou d’extrême droite, ne laisse que trop peu d’espaces (ou aucun) aux libertés individuelles, à la liberté d’expression aussi bien qu’à la liberté d’entreprendre. Aujourd’hui, l’Etat totalitaire a compris que, pour mieux dominer, il peut s’attaquer aussi aux libertés sexuelles. C’est pour cela que sa politique sexuelle s’est convertie en idéologie du genre, dont sont issues les nouvelles normes sociétales. D’autres États encore démocratiques l’ont compris aussi et ils appliquent largement cet aspect de la manipulation idéologique qui sont le genrisme et les normes sociétales. Tous ces pays connaissent, en parallèle, des crises économiques, sociales et morales puissantes. Mais, comme ils ont bien plus de moyens que le Brésil, ils peuvent encore s’en sortir plus ou moins sans une intervention solide et thérapeutique.

Pour tenter de résoudre l’état presque catastrophique dans lequel les politiques de l’extrême gauche totalitaire de Lula, Dilma Rousseff et PT ont laissé le Brésil, celui-ci se tourne vers quelqu’un qui a une main ferme, qui propose l’ordre et la discipline. À cet égard, les propos de Jair Bolsonaro sur la dictature militaire de 1964 se veulent être, il me semble, seulement des pétitions de principe pour montrer aux gens qu’il sera réellement ferme et qu’il organisera l’ordre et la discipline dont la société anomique brésilienne a tant besoin. C’est-à-dire qu’une grande partie de la population a commencé spontanément à ressentir la nostalgie de la période de paix et de progrès social et économique qui a, paradoxalement, coïncidé avec la période de ladite « dictature militaire » , laquelle a duré de 1964 au milieu des années 80. Beaucoup d’économistes et d’historiens situent justement les années 60 et 70 comme étant celles du miracle brésilien car le Brésil est devenu le pays le plus puissant, le plus développé et le plus riche de l’Amérique latine.

Lors de ces années-là, qui correspondent à celles de la dictature militaire, « le Brésil est entré dans les années 1970 dans une situation macroéconomique enviable. En les terminant, cependant, il se trouvait dans une situation insoutenable, dont le règlement nécessiterait au moins une autre décennie. Cet article traite des étapes essentielles de cet impressionnant mouvement pendulaire. En 1970, le Brésil était déjà dans la troisième année de ce qui allait devenir le cycle d’expansion le plus important de son économie au XXème siècle. En six ans (1968-1973), le pays a connu une croissance annuelle moyenne supérieure à 10% en termes réels. La croissance de l’industrie dépasse 13% par an et atteint 15% (1968 et 1973). L’inflation est tombée d’environ 25% à environ 15% à la fin de la période. La balance des paiements a été excédentaire pendant chacune de ces six années et a entraîné simultanément l’accumulation de réserves internationales (de 200 millions de dollars à la fin de 1967 à 6,4 milliards de dollars en 1973) et de réserves pour la dette extérieure (de 5,3 à 12,6 milliards de dollars). Les importations de biens d’équipement et d’intrants intermédiaires ont toujours dépassé 75% du total des droits de douane, sans affecter l’industrie installée: la production intérieure de biens d’équipement a augmenté en moyenne d’environ 20% par an en termes réels au cours de la période » (Malan, 2018). Pour compléter ce rapide aperçu du progrès économique du Brésil durant les années 60 et 70, il faut dire que malgré le boom économique, les différences de distribution des richesses se sont pourtant exacerbées produisant des déséquilibres sociaux très importants.

Cela n’a pas empêché que les années de la dictature militaire ont apporté le développement d’une nouvelle classe moyenne de haut rang ainsi que le rayonnement brésilien au niveau international. N’oublions pas non plus que c’est également à cette époque que le Brésil a conquis d’importants titres dans les championnats régionaux et mondiaux de foot et qu’il est devenu un pays reconnu et respecté depuis. En parallèle, ils se produisaient des exactions, des persécutions politiques, des tortures et même des assassinats d’adversaires politiques. Ces actes totalitaires se sont exercé notamment contre quelques groupes armées d’extrême gauche, totalitaires également, lesquels ont commencé à dériver vers des actes terroristes. Quelques uns  de ceux qui ont été aux commandes du pays dans les gouvernements Lula, Dilma Rousseff et PT étaient des terroristes emprisonnés pour avoir été impliqués dans des actes terroristes et même des assassinats. C’est un peu comme si les terroristes d’Action Directe en France étaient devenus des membres du gouvernement français pendant 16 ans. C’est peut-être pour ces raisons qu’une partie de la population brésilienne de classe moyenne, de haut niveau culturel et aspirant à une vie calme, dans un État de droit, peut être aujourd’hui un peu nostalgique de la période de la dictature militaire quand elle voit que ceux qui étaient les terroristes d’une époque viennent de saccager le pays.

Sources universitaires des médias français

Voici quelles sont les sources que les médias français ont consulté pour établir le diagnostic d’extrême droite concernant Jair Bolsonaro.

Très bonne connaisseuse de la période de la dictature militaire brésilienne mais presque seulement de la dictature militaire brésilienne, Maud Chirio n’a toutefois malheureusement pas la distance ou l’indépendance nécessaires pour établir une analyse un minimum dépouillée d’idéologie de la situation brésilienne actuelle.

Il se trouve que Maud Chirio a un regard partiel car, à la lire, on s’aperçoit qu’elle s’identifie à l’argumentaire des militants brésiliens de la gauche radicale et de l’extrême gauche. À ce titre, elle écrit dans l’Humanité et Libération, médias hautement idéologiques véhiculant, respectivement, des thèses de l’extrême gauche totalitaire et de la gauche sex-identitaire. 

Cette enseignante à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée  est aussi chercheuse au CNRS un endroit où les sciences humaines sont clairement contaminées par les idéologies d’extrême gauche. C’est ainsi qu’elle défend le PT de l’accusation de corruption ! Elle dit ceci : « depuis deux ans et demi, une grande opération pour faire exploser le PT (Parti des travailleurs) en perpétuant qu’il a initié la corruption et que c’est le communisme, avec un grand matraquage médiatique pour convaincre la population. (…) On estime à environ 5000 fake news depuis une semaine pour convaincre toute une partie de la population que la PT est un parti corrompu » (Chirio, 2018). Donc, selon elle, le PT ne serait pas corrompu ou le serait autant voire moins que les autres. Cela s’appelle une négation de la réalité politique passée et actuelle. La corruption initiée par le système communiste de Lula, Dilma Rousseff et PT n’ont pas eu de précédents dans l’histoire républicaine du Brésil. La corruption n’est pas que politique. Elle est aussi morale, éthique, sociale et psychologique.

Mais le point de vue de Maud Chirio est également partiel et non indépendant parce que, compte tenu de son intérêt presque obsessionnel pour le seul thème de la dictature brésilienne (la grande majorité de ses travaux en témoigne), elle ne perçoit la situation brésilienne que par ce prisme historique aujourd’hui dépassé. En effet, la réalité est que la situation est tout autre que celle de la période de 1964-1985.

Un compte rendu sur sa thèse témoigne de ce biais hyperspécialisé au point où l’auteur reste enfermé dans son sujet du passé sans percevoir la complexité du fait global actuel. En analysant le livre dont sa thèse a été la base, Christophe Brochier parle du « principal défaut du livre » de Maud Chirio dans les termes suivants. « Ce qui représente une découverte pour certains est sans doute banal pour d’autres lecteurs qui connaissent bien la période. On pourrait ajouter que la plongée dans le cœur des sous-groupes militaires fait courir au lecteur le risque ne pas saisir complètement les liens entre la petite politique et la grande. Pour le dire autrement, l’auteur n’explicite peut-être pas complètement les enseignements historiques à tirer des disputes internes du corps militaire. Ainsi la conclusion de l’ouvrage fait sans doute insuffisamment la liste des enseignements qu’apportent ces explorations des méandres de la politique interne au sein de l’armée » (Brochier, 2017).

Encore jeune (la trentaine se rapprochant de la quarantaine), on peut se demander si Maud Chirio a une expérience dans le monde professionnel autre que dans les livres et l’enseignement universitaire. Et on pourrait se demander aussi quel vécu peut-elle réellement avoir du Brésil et de sa réalité compte tenu du fait qu’elle le connait seulement en tant qu’étudiante à l’Université de Sao Carlos (intérieur de Sao Paulo). Dans une photo que l’on s’est procurée, on la voit toute souriante avec Lula, plus fan, ou militante, que chercheuse obligée de prendre une certaine distance de l’objet étudié. En tant que croyante et pratiquante de l’idéologie gauchiste, elle ne cache pas qu’elle transfère volontiers ses sentiments militants contre la dictature militaire vers une idéalisation ingénue pour le PT de Lula (en prison pour corruption). Ce transfert de sentiments moraux, lesquels situent forcément Lula, Dilma Rousseff et le PT comme des saints devant le démon d’un retour de la dictature militaire, ne lui permettent pas de percevoir le contexte global où s’insère le vrai risque d’une dictature d’extrême gauche, une dictature à la mode bolivarienne ou cubaine.

De son côté, Armelle Enders, enseignante à Paris VIII, une université hyper idéologisée que je connais très bien pour avoir enseigné au Département de psychanalyse pendant 15 ans, développe une argumentation très superficielle. Elle part notamment de quelques phrases choc de Jair Bolsonaro sur l’insécurité impressionnante où vivent les brésiliens pour faire mousser ses stéréotypes idéologiques. 

Dans un texte de 2017, Armelle Enders défend Dilma Rousseff et critique l’impeachment dont cette dernière a été l’objet. Enders dit ceci : « cette belle rhétorique de l’impeachment masque en réalité un coup d’État qui a permis à la droite brésilienne de revenir au pouvoir, après 4 défaites électorales consécutives, en 2002, 2006, 2010 et 2014 » (Enders, 2017). L’argumentaire de l’impeachment comme un l’équivalent d’un coup d’État est une négation de tous les crimes commis par les gouvernements Lula, Dilma Rousseff et PT.

Armelle Enders tient également à affirmer, de manière cynique, que l’attentat dont Bolsonaro a été victime au couteau « lui a servi pour fuir les débats » (Enders, 2018). Mais quel manque d’humanité dans ses propos ! En réalité, la lame du couteau qui a pénétré le corps du candidat de 15 cm, lui a coupé l’intestin gros et à manqué de lui ôter la vie pour seulement quelques millimètres. La vérité est que ses médecins lui ont interdit d’aller aux débats dans la mesure où, après plusieurs opérations chirurgicales, Jair Bolsonaro porte un sac à l’abdomen où ses excréments sont déposés directement sans passer par les intestins en train de cicatriser et se réformer. On comprend bien que quelqu’un dans ces conditions ne puisse pas se présenter à un débat présidentiel, alors qu’il vient de sortir de l’hôpital et se trouve à peine au début d’une longue convalescence. On pourrait dire qu’Armelle Enders a pris école dans les phrases choc et violentes de Jair Bolsonaro pour se référer à lui. 

On dirait aussi que c’est une militante qui parle et non pas une historienne. On sait très bien que cet argumentaire appartient aux dirigeants corrompus du parti d’extrême gauche. On y voit là encore des points de vues idéologiques uniquement à charge, mais pas du tout un minimum dialectiques et équilibrés. L’objectif est clairement de créer une mauvaise réputation dans le public français du candidat Jair Bolsonaro sans s’intéresser à faire une analyse de son programme politique de base ou de ses propositions de gouvernement. Et dire que ce sont ces chercheuses-là que les médias français consultent pour établir un profil du candidat !

[À suivre…]

Du complexe de persécution dans un Occident communautarisé

En Occident, un espace qui regroupe l’Europe, les USA, le Canada et l’Amérique latine, le lien de civilisation est devenu un système complexe qui regroupe de puissants sentiments d’appartenance communautaire, d’une part, combiné à des réactions sensitives de persécution et de méfiance mutuelles, d’autre part.

On ne veut pas être considéré raciste mais parfois on apprécie plus les animaux que l’être humain, sans pouvoir renoncer, au moins, à être raciste de soi-même. L’homme occidental se déteste et se méfie de lui-même.

On refuse l’appellation misogyne, mais bien souvent les femmes elles-mêmes ne veulent plus être femmes ou détestent la féminité. Sans parler de celles qui rivalisent pour savoir laquelle déteste le plus les femmes complices des hommes. Devant cet état de fait, l’homme qui aime les femmes entre dans une crise profonde sans savoir comment gérer l’amour, le sexe et la sexualité.

On invente un terme comme l’homophobie non pas pour parler de la phobie que les homosexuels peuvent ressentir concernant l’échange charnel avec l’Autre sexe, mais pour situer les violences et même les simples critiques liées à l’apologie sociétale de l’homosexualité identitaire.

On confond la démocratie avec le droit à revendiquer des droits parfois contradictoires. On confond le progrès avec la tendance masochiste à s’inventer une société complètement absurde où les normes sociétales renversent l’ordre symbolique et pacificateur de la puissance naturelle et réelle.

On cherche à dénoncer la lueur du sadisme dans les yeux de l’Autre sans reconnaître la nouvelle pente profondément masochiste de notre civilisation. À ce rythme-là, on peut facilement expliciter celle qui serait la pensée sous-jacente de l’homme occidental : tout homme qui n’est pas d’accord avec moi et avec mon groupe, ou avec ma communauté, qui ne me reconnait pas en tant que victime sublime et remplie de jouissance, est un salaud, un connard, un raciste, un misogyne, un homophobe, un transphobe, une créature d’extrême droite, un moins que rien qui ne devrait même pas avoir le droit de vivre.

À ce rythme-là, on a déjà perdu depuis longtemps la capacité à aimer, à être aimé et à se faire aimer, celle qui ne peut se retrouver que dans le tour du noeud permis par le Père symbolique. À vouloir casser ce Père de la Loi, on reste condamné à céder au pire de la jouissance identitaire en chacun de nous.

German ARCE ROSS. Paris, le 6 octobre 2018

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