German ARCE ROSS. Paris, le 11 janvier 2018.

Référence bibliographique (toute reproduction partielle, ou citation, doit être accompagnée des mentions suivantes) : ARCE ROSS, German, « Libération de la parole et injonctions panféministes », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2018.

Liberación de la palabra y mandamientos panfeministas

En Le Monde, este buen periódico ahora lamentablemente sex-identitario, pudimos leer, con mucha sorpresa, el pequeño texto de un colectivo de algunas mujeres notables de varios horizontes sobre el caso Weinstein y sus consecuencias identitarias en la opinión pública («Mujeres que liberan otra palabra», 10 de enero de 2018). Catherine Deneuve, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Elisabeth Levy y Peggy Sastre son algunos de los signatarios. Este texto nos sorprende porque es raro que el periódico Le Monde abra sus páginas a personas que claramente critican el generismo que nos rodea.

En muchos puntos, podemos estar más que de acuerdo con este texto y debemos saludar la iniciativa de mujeres notables como la gran actriz Catherine Deneuve, Elisabeth Levy y Peggy Sastre, mujeres muy lúcidas que merecen todo nuestro respeto. Pero este texto también tiene el problema de estar compuesto por varias manos que no piensan igual o que no van en el mismo sentido.

Por ejemplo, en mi opinión, cuando este texto critica a los preceptos panfeministas como si fuesen la expresión del «puritanismo» o un retorno a la «moral victoriana», creo que las autoras se equivocan. Si las denuncias “me-tooistas” fueran realmente “puritanas”, no sería muy grave. Un poco de pureza en estos tiempos en el que el goce sexual se vuelve polimorfo, perverso y violento, sería más bien un buen signo.

Me parece que los mandamientos moralistas panfeministas, en vez de favorecer una “liberación” de las palabras de mujeres “puritanas”, son más bien la expresión de un goce identitario que lanza un ataque más a la heterosexualidad.

Freedom of speech and pan-feminist injunctions

In Le Monde, this very good newspaper now sadly sex-identitary, we read, with much surprise, the small text of a collective of some women of various horizons on the Weinstein affair and its identitary consequences in the public opinion («Women Free Another Word», January 10, 2018). Catherine Deneuve, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Elisabeth Levy and Peggy Sastre are some of the signatories. This text surprises us because it is rare that the newspaper Le Monde opens its pages to people who clearly dispute the genderism surrounding.

On a lot of points, we can more than agree with this text and we must salute the initiative of notable women like the huge actress Catherine Deneuve, Elisabeth Levy and Peggy Sastre, very lucid women who deserve all our respect. But this text is also wrong to be composed of several hands that do not think the same or that do not go in the same direction.

For example, in my opinion, when this text criticizes the pan-feminist injunctions that would be the expression of «puritanism» or a return to «Victorian morality», I think that the authors are mistaken. If in the “me-tooist” denunciations it was really “puritanism”, it would not be very serious. A little purity in these times where sexual jouissance become polymorphous, perverse and violent it would be rather a good sign. It seems to me that the pan-feminist moralistic injunctions, far from leading to a “liberation” of the words of “puritanical” women, are rather the expression of an identitary jouissance producing one more attack on heterosexuality.

Libération de la parole et injonctions panféministes

Dans Le Monde, ce très bon journal devenu désormais malheureusement sex-identitaire, on a pu lire, avec beaucoup de surprise, le petit texte d’un collectif de quelques femmes d’horizons variés sur l’affaire Weinstein et ses conséquences identitaires dans l’opinion publique (« Des femmes libèrent une autre parole », le 10 janvier 2018). Catherine Deneuve, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Elisabeth Levy et Peggy Sastre sont quelques unes des signataires. Ce texte nous surprend parce que c’est rare que le journal Le Monde ouvre ses pages à des gens qui contestent clairement le genrisme ambiant.

Sur pas mal de points, on peut être plus que d’accord avec ce texte et il faut saluer l’initiative de femmes notables comme l’énorme actrice Catherine Deneuve, Elisabeth Levy et Peggy Sastre, des femmes très lucides qui méritent tout notre respect. Mais ce texte a également le tort d’être composé à plusieurs mains qui ne pensent pas pareil ou qui ne vont pas dans le même sens. Par exemple, à mon avis, lorsque ce texte critique les injonctions panféministes qui seraient l’expression d’un « puritanisme » ou d’un retour à la « morale victorienne », je pense que les auteurs se trompent.

Si dans les dénonciations “me-tooïstes” il s’agissait vraiment de “puritanisme”, ce ne serait pas bien grave. Un peu de pureté dans ces temps de jouissances sexuelles devenues polymorphes, perverses et violentes ce serait plutôt un bon signe. Mais, il me semble que les injonctions moralistes panféministes, loin de mener vers une “libération” de la parole de femmes “puritaines”, sont plutôt l’expression d’une jouissance identitaire produisant une attaque de plus envers l’hétérosexualité.

D’un côté, il est très important non seulement de critiquer mais aussi de se mobiliser pour changer les violences du lien sexué, qu’elles se présentent sous la forme de violences contre les femmes ou contre les hommes. Ces deux violences, qui existent différemment soit de façon spectaculaire, soit de manière discrète, sont au fond des violences contre le lien sexué. Il n’y a alors ni à nier ni à minimiser les violences et les agressions contre les femmes, ni non plus à ne pas voir les grandes souffrances des hommes dans leurs relations aux femmes aujourd’hui. Et je pense que le texte de Catherine Deneuve et d’Elisabeth Levy ne nie ni minimise les agressions contre les femmes. Simplement, il marque, de façon maladroite peut-être, que la galanterie masculine et les politiques de conquête des femmes par les hommes ne sont pas forcément des agressions contre elles.

D’un autre côté, il faut dire que les panféministes n’ont pas le monopole, loin de là, de la défense des femmes. D’ailleurs, on ne peut pas parler des femmes, ni les défendre le cas échéant, sans parler des hommes, et sans les défendre également, car les deux sexes — les seuls qui puissent exister – sont forcément associés et mutuellement dépendants de leur destin commun, même si leurs univers psychiques et physiques sont très différents l’un par rapport à l’autre. Outre le fait qu’il n’existe pas un syndicat ou un ensemble unique qui englobe les femmes, étant donné que le signifiant de La femme n’existe pas et que, prises une à une, comme il le faut, les femmes sont vraiment très différentes entre elles. En effet, si pour Lacan, l’acte d’amour est la « perversion polymorphe du mâle », de son côté, une femme ne peut y intervenir qu’en tant qu’elle est unique et surtout pas-toute dans la perversion phallique du mâle, puisque « il n’y a de femme qu’exclue par la nature des choses qui est la nature des mots ». Pourquoi ? Parce que « il n’y a pas La femme » (Lacan, 1972-1973). Et c’est cela même la richesse du magnétisme et le pouvoir de l’attirance qu’elles procurent chez le sujet du désir.

C’est pour cela qu’en termes d’évolution, ce sont les femmes qui constituent la locomotive humaine de la civilisation, les hommes ne venant toujours qu’à la traîne sauf dans les avancées technologiques et éventuellement scientifiques. Et c’est pour cela également que, s’il l’on peut penser en termes de pouvoir civilisateur, malgré que les hommes peuvent jouer un rôle éminent dans les ressources de sécurité et de défense, ce sont plutôt les femmes qui exercent le rôle de domination émotionnelle et affective vis-à-vis de la vie psychique et intime.

Malheureusement, en suivant le mythe de la domination masculine, mythe véhiculé par quelques idéologues sex-identitaires — dont certains, comme Michel Foucault, les instrumentalisaient pour établir une apologie de la pédophilie —, le panféminisme est une idéologie extrême qui obture le champ de perception ou le libre arbitre et qui véhicule, en outre, tout à fait involontairement peut-être, la haine ou le mépris identitaire de l’Autre. En effet, au fil du temps, le féminisme fondamentaliste est devenu une croyance fanatique, à caractère complotiste, que j’appelle panféminisme, développant non seulement une véritable misandrie mais également une terrible misogynie. Nous savons très bien que les femmes n’ont pas besoin d’être féministes pour se défendre des agressions réelles qu’elles peuvent subir. C’est même le contraire : plus on est féministe et plus on risque de perdre sa féminité et donc on devient plus susceptible d’entrer en guerre contre les hommes. Une femme féminine qui a appris à se respecter en tant que sujet du désir hétérosexuel qui l’habite, comme il se doit, et qui, pour cela même, sait respecter les hommes aussi bien que le lien qu’elle construit avec l’un d’eux, n’est pas obligée de considérer que toutes les attitudes des hommes à son égard sont des agressions.

À rebours du lien sexué et en instrumentalisant les réelles agressions et violences commises par quelques hommes contre certaines femmes, l’idéologie panféministe tend à faire croire aux femmes à une sorte de complot sexuel que les hommes en général exerceraient contre elles. Ce système complotiste est le noyau de la construction et du développement d’une idéologie identitaire appliquée aux affaires du sexe, ou au lien sexué, au point de rejoindre les normes sociétales d’aujourd’hui dans une sorte d’aplatissement ou de réduction exagérée du désir hétérosexuel. En effet, le développement des normes sociétales, comme le mariage pour tous, la GPA, la PMA, le “changement” de sexe, l’abaissement de l’âge légal pour les relations pédophiles ou hébepédophiles (Arce Ross, 2017), toutes des normes sociétales qui légalisent les perversions et les déviances sexuelles, se fondent sur une attaque constante contre le désir hétérosexuel.

Comme nous l’avons souligné dans un texte que nous avons présenté, en 2006, à l’Évolution psychiatrique, il y a dans la société occidentale actuelle — une société remplie d’individualisme affectif et de surconsommation érotique à la limite de la pornosexualité—, une masculinisation du comportement des femmes, ainsi qu’une féminisation ou une victimisation passive de quelques hommes (Arce Ross, 2006). Ce mouvement sociétal et civilisationnel va cependant ensemble avec une réaction violente, automatique, primaire, de quelques hommes, mais aussi de quelques femmes, contre leurs objets de désir. Je dis bien de quelques femmes aussi parce qu’il n’existe pas un monopole des hommes comme agents des violences contre les femmes. Elles sont aussi réalisées par d’autres femmes avec qui elles maintiennent des relations passionnelles (Arce Ross, 2016). Les violences mises en acte et les crimes du lien sexué sont venus progressivement à la place de la violence psychique du désir sexuel, accompagnant la misère sexuelle des relations entre hommes et femmes aujourd’hui. Les hommes et les femmes du XXIème siècle ont perdu la boussole de l’amour pour calmer la violence intrinsèque au désir sexuel.

Nous constatons que si l’être sexué d’aujourd’hui désire et idéalise l’amour, il s’en détourne avec stupeur et angoisse comme d’une richesse qu’il ne mériterait pas ou qu’il aurait peur de perdre aussitôt gagnée. Mais, vis-à-vis de ces angoisses amoureuses au fond identitaires, hommes et femmes ne réagissent pas de la même façon dans leur confrontation avec le sexe opposé. En outre, en tant que civilisation, nous avons perdu le règles du jeu de l’amour et, aussi bien les hommes que les femmes, restons pétrifiés dans l’impossibilité d’en écrire des nouvelles. Mais, qui peut écrire les nouvelles règles du jeu de l’amour et comment ?

Nous savons que le discours amoureux a toujours été une affaire de l’initiative des hommes en tant qu’issue créative pour mieux réussir la performance de conquête des coeurs et des corps féminins. D’ailleurs, si un homme gagne le coeur d’une femme, il peut aussi en avoir son corps ; mais s’il n’a que le corps, comme aujourd’hui, c’est bien plus difficile voire parfois impossible pour lui de conquérir le coeur ou de s’en satisfaire. Il peut plus facilement s’en détourner pour aller le chercher ailleurs. Pour sa part, elle peut nier sa déception amoureuse en favorisant la jouissance identitaire de la célibataire, ce qui relance le supermarché des échanges où les hommes les plus osés, les moins scrupuleux ou les plus violents en tirent les bénéfices. C’est pour empêcher cette errance sexuelle, entre autres raisons, que l’amour est devenu au fil du temps de la civilisation — et est toujours resté malgré tout — la grande instance réelle et symbolique des politiques de conquête.

Presque toutes les chansons, les poésies, les philosophies, les premiers romans, les tableaux, les chansons ou les bijoux, ont été faits par des hommes qui élevaient les femmes à la dignité d’un objet sur-idéalisé (Gilson, 1951). Sublimant le désir sexuel, l’être viril est celui qui aime, l’être féminin est celui qui est aimé et qui surtout sait se faire aimer. Un homme ne sait pas toujours comment une femme sait se faire aimer, mais il peut l’aimer et, par là, il a la possibilité d’accéder non pas tant au savoir qu’à la vérité du féminin. Et peut-être bien qu’elle ne sait pas non plus comment elle sait, sans savoir, se faire aimer.

Maintenant, cependant, les femmes (surtout celles non pas réellement masculines mais celles qui sont identifiées à une position “masculine” et inconsciente de désir, c’est-à-dire celles qui agissent comme les hommes agissaient autrefois) risquent de ne plus du tout incarner l’amour. Et si elles ne l’incarnent plus ou si elles ne le retrouvent pas d’abord en leur coeur, il est vain de le chercher ou de l’espérer en leur corps. Les femmes — certainement pas toutes, donc uniquement certaines —, ont perdu la capacité à être des objets d’amour, ont perdu le vrai désir ou le savoir-faire inconscient de se faire aimer par les hommes. Et cela, à mon avis, a été malheureusement l’oeuvre des idéologies fanatiques du XXème siècle, comme c’est le cas de l’idéologie panféministe. Mais que dire du côté des hommes ?

Il se trouve qu’un homme ne peut aimer que des femmes qui sachent aimer, qui sachent se faire aimer et surtout qui supportent la difficulté affective ou la richesse émotionnelle, le poids moral ou la joie immense (c’est selon) d’être aimées par les hommes. Cela ne doit en aucun cas être confondu avec le sexe et c’est pour cela que la jouissance sexuelle ne peut jamais être ni une preuve ni une garantie d’amour. Si, depuis toujours, les femmes gardaient sagement le foyer pour le bien des enfants, de la famille et donc de la civilisation, et les hommes seuls avaient la possibilité de travailler à l’extérieur, cela n’a pas obligé ces derniers à se projeter et à se réaliser seulement dans la recherche du pouvoir, du sexe et de l’argent, mais aussi et surtout dans la dimension de l’amour. La division du travail humain en fonction de la division sexuelle a toujours favorisé l’émergence et le maintien de l’amour entre les sexes.

De l’amour chrétien à l’amour courtois, des troubadours de Pontus de Tyard (Carron, 1986) aux romantiques allemands, de Shakespeare à Dracula, des stratégies du ravissement des femmes au XVIIème siècle (Haase-Dubosc, 1999) à l’amour vraiment conjugal du mystique Swedenborg (1768), tous ou presque tous les discours amoureux sont le fait des hommes. C’est un constat qui a sa valeur. En revanche, les femmes ont toujours gardé plutôt un rôle de séduction, depuis Eve et sa pomme, en passant par l’Iphigénie de Racine, Lolita de Nabokov, jusqu’à Madame Bovary et quelques femmes encore féminines aujourd’hui. Aux femmes, il a été consacré les manoeuvres qui impulsent la séduction ; aux hommes, il leur est revenu la création des discours amoureux. On sait très bien que, depuis toujours, toutes les femmes n’ont pas joué ce rôle. Et cela a produit la configuration de plusieurs types de femme, dont quelques unes d’exception ou originales sans être forcément exceptionnelles, comme quelques types d’homme dont certains n’étaient que des exceptions atypiques confirmant la règle du jeu de l’amour.

Je ne pense pas que la masculinisation des femmes et la féminisation des hommes soit un trait de l’évolution humaine ou un progrès souhaitable de la civilisation occidentale. Au contraire. Il s’agit de l’un des troubles de civilisation d’aujourd’hui, c’est-à-dire un symptôme civilisationnel provoqué par la confluence de deux des plus grands fléaux psychiques et sociaux du XXème siècle : le féminisme identitaire, ou panféminisme, et le déclin de la figure paternelle. Le féminisme, devenu une sorte de fondamentalisme presque religieux, soumet les femmes à une idéologie du mépris ou à la haine des hommes, mais aussi du père (sous la figure du “patriarcat”) et du masculin en général (les attaques contre la virilité des garçons par des mères trop féministes). C’est en cela que le panféminisme est l’un des racismes sexuels des temps post-modernes. De là, qu’il y ait eu des générations perdues (comme le sont, ou l’on été, les filles de mères extrêmement féministes).

Certaines de ces femmes extrêmement féministes, méprisant la maternité et la paternité, ont malgré tout eu des garçons qui, par manque d’amour vraiment maternel, ne peuvent pas, ne savent pas, arrivés à l’âge adulte, respecter les femmes. Autrement dit, comme depuis des décennies, beaucoup de femmes ont délaissé la maternité intense, le foyer, les enfants, la vie familiale, on a fini par créer involontairement des générations de garçons qui, devenus adultes, traitent les femmes comme des objets d’échange en pure surconsommation. Ou, au contraire s’en détournent sans désir, croyant qu’ils ne sont pas des hommes.

À cet égard, il y des garçons adolescents qui traitent leur propre mère de « sale pute » pour des broutilles, sans que le père puisse les sanctionner ou le punir, parce que, d’un côté, il n’y a plus d’autorité paternelle et, d’un autre côté, il est devenu presque illégal de punir ses propres enfants ou même de les menacer. Mais aussi parce que le garçon sent inconsciemment que sa mère castratrice le dévirilise, le rabaisse constamment dans sa masculinité sans se rendre compte et il peut s’en révolter, sans réflexion, tout de suite envers elle ou, plus tard, vis-à-vis des femmes. D’autres adolescents ont comme mode d’emploi pour l’intimité, ou comme première initiation précoce, des films pornographiques (Arce Ross, 2015) et sont bombardés par des discours officiels qui soutiennent que “les femmes sont les égales des hommes”.

Eh bien, s’il n’y a plus d’autorité paternelle, si le père est devenu une simple instance imaginaire sans véritable transmission masculine, si une femme ne tient pas à être aimée en tant que mère par son propre fils, c’est-à-dire si la mère ne sait plus se faire respecter par son propre fils ou si elle le dévirilise, si la sexualité initiale est réduite à la pornographie ou si, selon les discours officiels,  “les femmes sont les égales des hommes”, alors, comment espérer que des garçons adolescents soumis et surdéterminés par ce système sociétal qui domine idéologiquement les familles puissent, à l’âge adulte, respecter les femmes ou le lien tissé avec elles ?

Pour vraiment respecter une femme tout en la désirant, il faut déjà avoir fait l’expérience d’un amour primaire avec une femme-mère aimante et rassurante, il faut avoir reçu du père-homme le respect et le désir du féminin par le masculin, et il faut la considérer comme ce qu’elle est, à savoir un être très différent des hommes. Car une femme n’est pas et ne peut pas être un homme comme un autre avec qui on puisse se mesurer ou entrer en guerre.

Mais, un adolescent soumis à un système qui manque cruellement de transmission du lien sexué homme-femme, qui vit pratiquement sans paternité chez le père-homme et sans maternité chez la mère-femme et qui est habitué à subir les idéologies sex-identitaires sur “l’égalité hommes-femmes” dans la famille, à l’école et dans les discours officiels peut, au contraire, développer des actes violents contre une femme s’il ne comprend pas ses négatives comme différentes des “autres” hommes dans les relations de rivalité ou de pouvoir.

La violence en provenance de la Révolution, en passant par sa connexion avec la sexualité pédophile du XIXème siècle, se cristallisant de façon sex-identitaire lors des mouvements de Mai 68, a fini par créer aussi bien des hommes hétérosexuels violents que des hommes qui se détournent radicalement de l’hétérosexualité. Ces deux mouvements de la masculinité vont bien ensemble.

Si certains hommes ne respectent pas les femmes, il se trouve également, et cela est ahurissant, que certaines femmes ne se respectent pas elles-mêmes non plus. Profondément attachées à des fantasmes sadomasochistes, ou dépendantes de jouissances nymphomanes, elles ne respectent ni leur corps ni leur sexualité ni leur féminité (Arce Ross, 2014). Dans ces conditions, il devient plus difficile que ces femmes se fassent respecter dans leur lien sexué aux hommes.

Ces deuxièmes, troisièmes ou quatrièmes générations de femmes post-panféminisme sont exposées à deux types d’hommes. D’une part, ceux très féminisés ou neutralisés, considérés comme “des amis”, très gentils, trop même, mais inutiles comme partenaires sexuels ; d’autre part, ceux trop machos, figurant une caricature grotesque du masculin, sous la figure controversée mais apparemment payante des “bad boys”. Ces femmes-là, se trouvant elles-mêmes identitairement “libérées”, sont dans l’impossibilité de construire une véritable vie de couple. Et l’on parvient ainsi à la dichotomie amoureuse d’aujourd’hui entre l’amour de couple et “l’amour” de la célibataire.

Devant cet état de fait, les hommes jeunes et les moins jeunes profitent ainsi de ce gros marché hyper-libéral et inattendu de femmes disponibles. Ces femmes, au fond fragilisées, soufrent en secret d’une perte d’amour réel mais foulent le spectacle du monde avec une soif de sexe comme palliatif à la tendresse manquante. Et leurs âges varient entre la femme de trente ans sans enfants à la femme de quarante ans divorcée. Hommes et femmes deviennent ainsi en général des échangistes dans le sexe, mais tristes et profondément violents en amour.

Le grand mensonge de la libération sexuelle, mythe sex-identitaire du XXème siècle, préfigure la civilisation d’aujourd’hui dont la sexualité et l’amour restent prisonniers d’un caractère pervers et violent.

German ARCE ROSS. Paris, le 11 janvier 2018

Références

ARCE ROSS, German, « Le Nouvel Ordre de l’intime. À propos de « la Transformation de l’intimité. Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes » d’Anthony Giddens », in : Évolution psychiatrique, Vol. 71, 3, Elsevier, Paris, 2006, pp. 592-59

ARCE ROSS, German, « Sadomasochisme, perversion extrême et forclusion de la féminité dans Nymph()maniac, Livre 2, de Lars Von Trier », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2014

ARCE ROSS, German, « Gradation du normal au pathologique I. Masturbation et pornomanie », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2015

ARCE ROSS, German, « Normes sociétales et phénomène Trumpsexuel», Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2016

ARCE ROSS, German, « Quel âge psychique pour le consentement sexuel ? », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2017

CARRON, Jean-Claude, Discours de l’errance amoureuse. Un lecture du Canzoniere de Pontus de Tyard, Vrin, Paris, 1986

DENEUVE, Catherine, LEVY, Elisabeth & Collectif des 100 femmes, « Des femmes libèrent une autre parole », Le Monde, le 10 janvier 2018

GILSON, Étienne, L’École des muses, Vrin, Paris, 1951

HAASE-DUBOSC, Danielle, Ravie et enlevée. De l’enlèvement des femmes comme stratégie matrimoniale au XVIIème siècle, Albin Michel, Paris, 1999

LACAN, Jacques, Le Séminaire, Livre XX : Encore (1972-1973), Texte établi par Jacques-Alain Miller, Seuil, Paris, 1975, p. 68

SWEDENBORG, Emmanuel, L’Amour vraiment conjugal, Sapientiae de amore conjugiali (1768), Cercle Swedenborg, Meudon, 1974

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